‹ Jacques de TourreilChapitre 87 sur 153 · Tourreil (1721), t. I. Préface, p. xxiv · texte numérisé non relu

Tourreil (1721), t. I. Préface, p. xxiv

de rétablir des ternies que le traducteur de 1701 jugeait vagues et insignifiants, comme xzitj-.o. mis à la fin d'une énuméralion, estimant sans doute qu'il pouvait faire abstraction en français d'un mot qui lui semblait représenter une simple habitude du langage grec ; ou de rétablir des termes dont il n'avait pas senti d'abord toute la valeur, comme sayât-^ç, aÙTo?, ;svoic. Twv XcYÎvTwv du passage précédemment étudié ; c'est surtout de restituer au texte des propositions entières dont l'importance lui avait échappé ou qu'il avait omises on ne sait trop pourquoi, par exemple dans le même passage : « o vuv ojy. îq-.v) » et (( ~y.'/j.0L 7:âv6' da' è/, tou 5(i)po§oy.£tv v^prrjxa'. )>.

Ainsi, la pensée de Démosthène se retrouve exacte et intégrale dans la dernière version du traducteur ; mais s'y retrouve-t-elle avec la forme et la physionomie qui lui sont propres ? A-t-il vraiment bien attrapé le caractère et le style de son auteur ? Assurément il s'en approche le plus qu'il peut. Il est très vrai « qu'il ne manque pas de prendre les tours, les figures, le nombre même et la cadence de l'original, toutes les fois que le génie de notre langue le comporte ' ». 11 a cherché à rendre la véhémence de ce grand orateur qui fut pendant trente ans le cœur, la raison, la voix de sa patrie, et cette qualité maîtresse de Démosthène était celle qu'il admirait le plus en son modèle, celle qu'il croyait retrouver en lui-même. D'ailleurs il rencontre assez bien l'expression forte et le mot énergique, et c'est par ce côté que le traducteur ressemble le plus à l'orateur. Cependant il outre quelquefois cette force de Démosthène, franche et simple, mâle et nerveuse, irrésistible enfin : souvent il forge et martèle son mot là où le mot part d'un jet des lèvres de l'orateur ; souvent aussi les figures hardies qui éclatent spontanément dans la bouche de l'homme de la tribvme, ont je ne sais quoi de forcé et de peu naturel dans la prose de l'écrivain. Ce défaut d'exagéra-

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