‹ Jacques de TourreilChapitre 90 sur 153 · Ihid. Préface, xviii · texte numérisé non relu

Ihid. Préface, xviii

5. Rollin, Traité des Études, liv. V, cliap. i'', art. i", p. 233. G. Ibid.

ait applaudi au langage des halles ' », car c'est aller trop loin que de renvoyer aux halles des expressions telles que celles dont Millot ou Rollin se sont effarouchés ; mais il est vrai cependant que les orateurs antiques, dans la chaleur de l'action, et sous l'empire d'un sentiment violent, lançaient aux oreilles de leurs auditeurs des termes d'une vigoureuse brutalité, de ceux que la bienséance interdit à la tribune moderne : le mot 7ropvc(iO(j/.ta sortait, sans la blesser, de la bouche d'Eschine, et le traducteur français qui voulait rester fidèle sans manquer à la décence, ne pouvait-il pas dire : c son maquignonnage pour les plus illicites commerces » ? Nous lui savons gré au contraire d'avoir voulu conserver autant que possible non seulement cette énergique simplicité, cette familiarité un peu brutale de l'expression, mais même ces apostrophes risquées, ces invectives ordurières et quasi monstrueuses, qui ne blessaient point des oreilles attiques. Bourgoin de Villefore, traducteur de Cicéron, fit de même et « poussa cette fidélité d'interprétation jusqu'à traduire à la lettre certaines expressions injurieuses, que les honnêtes gens parmi nous n'emploient guère en public, même dans les plus fortes invectives : telles sont celles de « Helluo », de « bellua », de <' carnifex », que Cicéron met en œuvre contre Verres, contre Pison, contre Antoine, et que M. de Villefore rend tout simplement par celles-ci: brutal, bête féroce, bourreau ^ ». Que si ces expressions ne s'accommodent pas aux mœurs de son siècle, M. de Villefore répond « que c'est justement cette différence de mœurs qu'il faut sentir dans une version; que, quand on n'est que l'organe d'un ancien auteur, il ne faut pas, pour adoucir ce qui nous blesse dans son langage, lui prêter le nôtre qu'il n'avait pas '^ ». Tourreil partageait ce sentiment : si Démosthène usait quelquefois de locutions emprun-

1. Millot, Harangues de Démosthène et d'Eschine sur la Couronne. Préface, xviii.

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