‹ Jacques de TourreilChapitre 91 sur 153 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

tées au lang-ag-e commun, d'expressions populaires, même triviales et grossières, le traducteur (( croyait devoir en tenir compte à ses lecteurs ' », encore qu'il les considérât comme des fautes et des négligences. y

Voilà donc à quoi se réduit cette bassesse de langage tant de fois reprochée à Tourreil depuis Rollin jusqu'à Auger.

Qu'est devenue enfin sous sa plume délicate et raffinée cette simplicité attique, faite de lumière, de concision et d'élégance contenue ? Qu'est devenue de même cette grandeur que Démosthène alliait si bien à cette simplicité de son langage? Si Tourreil, dans les passages qui n'exposent que des faits matériels, exprime littéralement, sans bassesse comme sans emphase, ce que l'original exprime tout uniment, il cède par ailleurs aux tendances de sa nature et prête au sublime harangueur des foules la langue polie du xvii*^ siècle. S'il n'abuse plus autant des faux brillants et du bel esprit, du moins laisse-t-il voir fréquemment dans son style trop d'apprêt, visant encore à la noblesse et courant après l'expression. A en croire Auger, la grandeur de Démosthène devient chez Tourreil de l'enflure, ce qui est vrai dans bien des cas, nous ne saurions y contredire. Dans quelle mesure toutefois conAÙent-il d'accepter cette critique ? Stiévenart pouvait dire sans conteste de la première des trois traductions de Tourreil « que l'emphase et le faux goût y dorninaient » ; il pouvait dire aussi de la seconde que « l'or du bon sens, suivant l'expression de Boileau, était encore converti en clinquant ^ ». Mais il va bien au-delà de la vérité quand il affirme péremptoirement que Tourreil était compatriote de La Calprenède, et qu'il ne comprit jamais la simplicité de son modèle. Il n'avait nul besoin de rapprocher ainsi le romancier et le traducteur, et d'emprunter deux vers à Boileau pour exécuter d'un seul coup l'œuvre entière d'un estimable prédécesseur :

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