‹ Jacques de TourreilChapitre 95 sur 153 · Ibid., p. XXXI · texte numérisé non relu

Ibid., p. XXXI

traces d'affectation deviennent plus rares en ces discours ; le traducteur s'y approche davantage de cette simplicité relative dont nous parlions précédemment ; sa parole y est vigoureuse et saine, son style correct, net, aisé ; et, si nous faisons quelques réserves là où Massieu n'en ferait pas, si nous reprochons encore à Tourreil d'allonger sa phrase, quoique moins fréquemment, et de rechercher l'expression choisie, nous croyons cependant qvie dans l'ensemble cette traduction des deux discours de la Couronne serre de plus près le texte, qu'elle le rend en un style dont la franche allure et le caractère éminemment français ne lui sont guère préjudiciables, et qu'il s'en faut de peu qu'elle puisse soutenir la comparaison avec les meilleures des traductions modernes. Qu'on en juge d'après le passage cité au bas de cette page, qui nous servira en même temps pour l'examen de la seconde cjuestion.

Péroraison du discours d'Eschine :

'AÀX' £iç TYjV aXaÇovei'av aTtoêXé'j/avxeç, ô'xav <ar\ Bu^avxt'ouç [xàv èx Twv ytiOMV TTpeaêsûtra; à^eXécOat Tojv <i>LX''7t7roi», à7ro(7TTiTat 0£ 'Axaovavaç, sxTrXTjçai oà Hriêatouç By,[ji.TjyopYidaç" oc'exat yàc Oaaç sic TOffou- Tov £ÙY,6£''a!; Yj8t| 7:oo6£6T|X£vat, (ô(îT£ xai Taura àva7r£'.56'/j'j£r;6ai, (tjiT7r£û Il£i6w TpÉ^ovraç, àXX' où

(T'JXOCpaVTT,V àvOpCOTTOV £V TYj TZOlzC OXaV Ô' £7:1 T£)£'JTT|Ç "JjOTj TOC AO^OU iTUVY|YÔSOUÇ TO'JÎ XOtVtOVd'JÇ TWV 8oj-

poooxY|acr.Tojv oluto) TtapaxaXvi. ûtto- Xa[xêàv£T£ ôpav Itt! tou pYj[Jt.aTOç, O'j vuv c'îTYiXojç èyfo Xiyd), avttTrxoaTETayaÉvouç ttooç ty,v to'jtojv à(j£Xy£'.av, Toùç tyi? 7:6X£(-)ç £Ù£py£raç' i]oXwva ixèv, tov xaXX^Txotç

vôlJ.O'.Ç XOTp.Yi'TXVTa TYjV OY^U-OXpa-

Voiis donc à la vue dns fanfaronnades insolentes du personnage, quand il se vantera qu'avec le titre de votre ambassadeur il arracha Byzance des mains de Philippe, qu'il souleva les Acarnaniens et que par ses discours pathétiques il frappa détonnement les Thébains; (car il vous croit parvenus à ce point de simplicité, que vous avalerez toutes ces fables, ni plus ni moins que si en sa personne vous nourrissiez, non un calomniateur de profession, mais la déesse Persuasion ellemême); lors, dis-je, qu'à la fin de sa harangue il invitera les confidents et les complices de sa corruption à se ranger autour de lui:

vous, de votre côté, Messieurs, figurez-vous voir autour de cette

Tt'av, ûtvoca cp'.Xôdocpov y.où vojxoOé- TYjV àyaô^v, (jojcppôvwç, wçTrpocYixev

aUTCO, OeÔ[JI,£VOV ÛJJLCOV, IXT|5£v\

toôttco toÙç Ati^-OcOÉvou; Xôyouç TTEol 7rX£''ovoç TroïK^ffaffOat ttov oûxojv xat Twv vo[/.a)V Aût(îT£''o'^v oà, tôv roùç cpdpouç rà^avra toTç "EÀXr|mv, ou T£X£UTYj'javTOç xàç OuyaTEpaç È^ÉSoiXSV ô OT|[j.oç, iTy£TXt(xCov- Ta £7rl T<p TYi? otxaioffûvriç 7rp07:Y|- XaxiTfXoj, xa\ £7:£oa)T(J5vTa, ei oùx al(T/ûve(îO£, £t q\ aàv TraxÉpEç Oij.wv Ao6;xtov TOV Z£X£''tïiv, xoaîffavxa E'.ç T71V 'EXXàoa TÔ £x MV)8cov /pu-

(JtOV, £7tt8T||J.7](7aVTa etç TYjV ttôXiv,

Trpôçevov ovra tou orj[/.ou twv 'A6y|vat'wv, Trap' oùoàv ixèv t,XOov auo- XTE'tvai, £^£xvipu;av o ' âx ttiç ttoXeioç xat £^ à7rà(7T|; -^ç 'AÔYjvatot àcp^^ou-

(7CV U[J.£ÏÇ Sa A/)[J1.0(ï'3£V7|V, ûÙ XOp.(-

(lavra tô èx i\I-»]8(i)v ypua;'ov, aXXà Scopoooxv^iravTa xai Ixt xa\ vïïv x£x-

T-f|[JL£VOV, /pUffOJ ffT£'^OtVW [X£XX£T£

TTEsavouV 0£[i.i(îTOxX£a 0£, xat Toùç £v MaoaGwvt TEXEUTYjaavTaç, xat Toù; £v IlXatatatç, xa\ aÙTO'jç Toù; xâcpouç roùç tcov TTpoyôvojv,

OÙX Orc'76£ àvaCTTEVOCÇat, £1 ô [XExà

ToJv Papêâpojv ô[/.oXoYwvTO!; 'EXXtjrjtv àvTi7cpàTT£tv '7T£cpavto6Y,(î£Tat ; 'Eyoj (jikv oùv, w y-?! xa"t Y|Xt£, xa'. xpeT-f] xat '7Ûv£(jtç, xa\ 7ratO£ta •/■j otaYiyvojc7XOjX£v xà xaXa xat xà atT/py., p£6o>i67]xa xat £!'p7^xa. Ka\ £t [JI.ÈV xaXw? xat à;toj; xou aotxT,- [xaxoç xaTY,yôo"f|xa, £t7rov coç âêou- Xô[JLYjV £t 0£ èvoeesxépoj;, wç £0uv(X|j.T,v. 'V(Ji.£tç 0£ xat £X xwv £tpY|[X£vwv Xôywv xa\ èx xwv Trapa- X£t7toa£vojv, aùxot x"/ ôtxata xat

tribune où je pai'le, les anciens bienfaiteurs de la République, rangés en ordre de bataille, pour repousser cette troupe audacieuse.

Imaginez-vous entendre Solon, qui par tant d'excellentes lois prit soin de munir le gouvernement populaire, ce philosophe, ce législateur incomparable, vous conjurer avec un douceur et une modestie dignes de son cai'actère, que vous vous gardiez bien d'estimer plus les phrases de Démosthène que vos serments et vos lois. Imaginez-vous entendre Aristide, qui sut avec tant d'ordre et de justesse répartir les contributions imposées aux Grecs pour la cause commune, ce sage dispensateur, lequel en mourant ne transmit à ses filles d'autre succession, que la reconnaissance publique qui les dota ; imaginez-vous, dis-je, l'entendre déplorer amèrement l'outrageuse façon dont nous foulons aux pieds la justice, et vous adresser la parole en ces termes : Eh f[uoi! parce qu'Arthmius de Zélie, cet Asiatique qui passait par Athènes, où il jouissait même du droit d'hospitalité, avait apporté de l'or des Mèdes dans la Grèce; vos pères se portèrent presque à l'envoyer au dernier supplice et du moins le bannirent, non de la seule enceinte de leur ville, mais de toute l'étendue des terres de leur obéissance ; et vous à Déinosthène, qui véritablement n'a pas apporté ici de l'or des Mèdes, mais qui de toutes parts a touché tant d'or pour vous trahir, et qui maintenant encore jouit du fruit de ses forfaits ; vous, dis-je, vous ne rou-

Ta (j'JjJKpEpOVTa uTzeo ttjç ttoaeojç

']/Y,'^l(Ta(TÔ£.

(Edition de Tauclinitz, Leipsick, OEschinis oratoris opéra, p. 247-

girez point d'adjuger à Démosthène une couronne d'or? Pensezvous que Thémistocle et les héros qui moururent aux batailles de Marathon et de Platée ; pensezvous que les tombeaux mêmes de vos ancêtres n'éclatent point en gémissements, si vous couronnez un scélérat, qui de son propre aveu ne cessa de conspirer avec les barbai-es à la ruine des Grecs ?

Pour moi, ô Terre, ô Soleil, ô Vertu! et vous, sources du juste discernement, lumières naturelles et acquises, par où nous démêlons le bien d'avec le mal, je vous en atteste ; j'ai de mon mieux secouru l'État, et de mon mieux plaidé sa cause. Que si j'ai bien établi l'accusation, si j'ai parlé avec toute la force que comporte la qualité du crime : j'ai rempli mon ministère selon vos désirs; sinon, selon mes forces. Vous, Messieurs, et sur les raisons que vous venez d'entendre, et sur celles que suppléera votre sagesse, prononcez en faveur de la patrie un jugement, tel que l'exacte justice le prescrit, et que l'utilité publique le demande.

(Tourreil (1721), t. II, p. 140- 142.)

(( Il s'attache principalement, dit Massieu, à bien prendre le caractère de ses deux orateurs. En quoi il réussit de telle sorte, qu'encore que ce soit toujours lui qui parle, on reconnaît sans peine, quand c est d'après Démosthène ou d'après Eschine ; et qu'on croit entendre successivement les deux hommes du monde les plus éloquents, quoique d'une éloquence très différente K » Nous avons vu dans ([uelle mesure Tourreil

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