Fgger, L'Hellénisme en France, t. II, p
2. Tourreil (1721), t. II : " Je dirai quEschine trace délicatement, qu'il chatouille l'oreille, et qu'une fois admis, il se joue autour du cœur : que Démosthène grave fortement, qu'il parle moins à l'oreille qu'à l'esprit: et qu'après l'avoir pénétré, il y commande en maître. Je dirai qu'Eschine jette beaucoup de lueurs et d'étincelles, que Démosthène lance une infinité de feux et de rayons. Quand j'écoute Eschine, il m'émeut et m'ébranle. Je suspends avec peine mon jugement ; et peu s'en faut que sans garder une oreille pour Démosthène, je ne le condamne sans l'entendre... » (P. 35.)
" Eschine, selon l'ordre judiciaire, ouvre la scène, jouit de l'agrément d'une audience toute neuve, pose les faits à sa mode, et les ajuste au théâtre, embrouille librement le fil de la nairation, prévient la réplique, et s'empare de l'esprit du Juge, et le dispose au dégoût pour l'apologie... » (P. 39.;
« Eschine pèse les crimes dans des antithèses curieusement recherchées, parcourt superficiellement chaque chef, allègue des faits équivoques, en tire des conjectures qui ne le sont pas moins, met volontiers des hors-d'œuvre, ou des lieux communs, que leur vague convenance à plus d'un sujet dégrade dans l'application au cas présent, supplée avec toute la dextérité imaginable aux bonnes raisons à force de belles paroles, insinue des probabilités, et glisse de spécieuses inductions... » (P. 40.)
(' Je conviens qu'Eschine n'a pas cet air de droiture, ce style impétueux, ce ton de vérité suprême, qui entraîne l'esprit parle poids de la conviction... » (P. 41-42.)
d'Eschine qu'il repi^oduil le mieux dans sa copie. Dans cette péroraison que nous citions plus haut, le traducteur se trouve à l'aise pour rendre avec ampleur et avec éclat ce morceau de rhétorique, de la plus belle rhétorique si l'on veut. Il laisse à Démosthène la force et la puissance d'accent qui le caractérisent, il laisse à Eschine cette abondance magnifique qui est un des traits distinctifs de cet orateur auquel il a manqué de pouvoir unir à un art consommé le prestige d'une vie exempte de reproche. Il avait donc quelque raison de dire : (( Rempli des traits originaux que j'avais devant moi, j'ai tâché de prendre le caractère, tantôt de Démosthène, tantôt d'Eschine ^ »
Avant de voir ce que valent les œuvres des successeurs de Tourreil, nous comparerons ici la dernière version de ce traducteur avec celle de son contemporain Maucroix, dont nous avons parlé au chapitre premier et dont nous avions à faire mention dans ce même chapitre, puisqu'elle précéda de six ans celle de Tourreil. Si nous ouvrons la première édition de Tourreil, nous reconnaissons sans difficulté son infériorité sur celle de Maucroix ; mais la troisième réalise un progrès très considérable et qui la met hors de pair. Tourreil vise et arrive à une plus complète intelligence des pensées et des mots : il s'applique à tout rendre, au risque de se laisser entraîner trop loin et de donner inie version qui ne soit pas assez courte, parce qu'elle veut être très fidèle ; sa langue réussit souvent à prendre une forme assez équivalente à celle de l'original. Sous tous les rapports Tourreil ressemble plus que Maucroix à son modèle.
Telle ne fut pas l'opinion de d'Olivet qui crut voir les défauts de ces deux traducteurs et les mit au même rang. « Il