I. Tourreil (1721), t. II. Préface, p
nie paraît que M. de Maucroix et M. de ïourreil, qui ont mis les Philippiques en français, ne s'assujettissent point assez au goût, au génie de Démosthène. Il lui font dire à peu près tout ce qu'il a dit, mais rarement comme il l'a dit ; et dès là ce n'est plus le même orateur. Dans M. de Maucroix, c'est un malade que l'on voit bien avoir été un très bel homme, mais qui est tombé dans un état de langueur, où ceux qui l'avaient vu et connu auparavant, lui trouvent les yeux presque éteints, les traits à peine reconnaissables. Dans M. de Tourreil, c'est un malade d'une autre espèce, d'autant plus incurable qu'il se doute moins de son mal, et qu'il prend pour embonpoint et pour vigueur ce qui n'est au fond que bouffissure et intempérie ^ » Toutefois d'Olivet se rend compte qu'il est bien osé de parler de la sorte de Tourreil, et il cherche un appui à son dire : « Je craindrais de me tromper sur M. de Tourreil qui a encore beaucoup d'admirateurs, si je n'étais fortifié dans mon opinion par deux juges non suspects et d'un grand poids. Je veux dire MM. Rollin et Massieu. Tout le monde ayant lu ce que le premier en a écrit (Rollin, De VEloquence du barreau, article P') je ne citerai que feu M. l'abbé Massieu, dont l'ouvrage n'a point vu le jour (Remarques dont le manuscrit original se garde dans la Bibliothèque du Roi, sur la seconde édition de M. de Tourreil) '^. » Il est curieux de voir ce que disait dans ces Remarques ce bon abbé Massieu, qui dans sa préface des OEuvres de M. de Tourreil nous apparaît avec la plupart des préjugés de son temps et avec une admiration naïve, sinon aveugle, pour l'écrivain dont un pieux devoir lui fit publier tous les travaux, en joignant à ses premiers écrits ceux des dernières années demeurés inédits. « C'est dommage que M. de Tourreil ne fasse pas un meilleur usage de ses talents. Il n'a que trop de génie. Il ne manque ni de fécondité,
1. D'Olivet, Philippiques de Démoslhène et CaliUnaires de Cicéron, Paris, 1736. Prélace, p. 11 et 12.