‹ Jacques Delorme, ou Bonheur et religionChapitre 29 sur 37 · II · texte numérisé non relu

II

( 3x4 ) (lu pliilosopbisme. C'est de Montesquieu lui-même qu'on a su que, « toujours clirétien dans le cœur, pénètre, au fond, de respect pour la religion, le goût du neuf et du singulier, le désir de passer pour un génie supérieur aux préjugés et aux maximes communes, l'envie de plaire et de compter parmi ses admirateurs et ses partisans ces hommes qui, après avoir secoué le joug de toute dépendance, s'arrogent un droit suprême à l'estime publique et semblent distribuer à leur gré la gloire et l'immortalité, l'avaient engagé à tenir le même langage qu'eux ^ »

Le philosophe Toussaint, qui s'était laissé égarer par une semblable vanité, en témoigna un égal repentir : « La veille de sa mort, il invita Thiébault, son collègue, à passer le lendemain à six heures du matin chez lui, pour y être témoin d'une cérémonie religieuse qui y aurait lieu. Avant de recevoir le

' Le Comte de ValmonU letl. 3i, note Y.

viatique des mains du cure', Toussaint, en pre'sence de sa femme et de ses enfans qui e'taient à genoux, ainsi que Thic'Lault, demanda pardon à Dieu du scandale qu'il avait pu donner par sa conduite et par ses e'crits, de'clarant que, si dans ses ouvra^^es et ses discours il s'e'tait montre' peu chrc'tien, ce n'avait jamais e'te' par conviction, mais par vanité et pour plaire à quelques per-

sonnes V

Un pareil exemple fut e'galement donne' par l'impie Boulanger: « Tombe' malade, il permet qu'on aille clierclier le vicaire de sa paroisse; il confère avec lui à plusieurs reprises; il s'instruit; il s'éclaire; il avoue qu'il n'a jamais eu que des doutes, des nuages, plutôt qu'une ve'ritable incre'dulité, et que les pompeux éloges donnés à ses productions manuscrites dans les sociétés philosophiques l'ont plus animé, plus séduit que tout le reste. Il se con-

» Biographie universelle, art. Toussaint.

( 3i6 ) fesse avec les témoignages du plus vif repentir; fait, en recevant les derniers sacremens, une réparation authentique de son irréligion, et exprime de la manière la plus touchante et la plus persuasive ses remords, ainsi que l'unique regret qu'il ressent en mourant de ne pouvoir assez réparer tout le mal qu'il a pu faire *. »

Voltaire lui-même, le trop fameux Voltaire, « durant le séjour qu'il fit en Saxe, tomba dangereusement malade. Dès qu'il connut son état, il demanda un prctre, lui fit sa confession, et le pressa de lui administrer le sacrement, qu'il reçut en effet avec des actes de pénitence qui durèrent autant que le danger ^. » On sait aussi que pendant sa dernière maladie, à Paris, il réclama les secours spirituels d'un ecclésiastique de Saint-Sulpice.

* IjC Comte tJe p^almont, Iclt. 3i, note Y.

* De Luc, Lettre à Jiarruel, imprimée dans ses Mémoires jiour ser^ùr à l'histoire du jacobinisme j par Durand, t. 3.

Vous citerai -je encore, après ces exemples si remarquables, ceux de Bouguer, de Du Marsais, de d'Argens, d'Helvétius, de Lame'trie, de Boulainvilliers, qui tous, ainsi que bien d'autres dont les noms m'échappent, se hâtèrent de rétracter avant de mourir les sentimens irréligieux qu'ils avaient fait paraître pendant leur vie?

Sont-ce là des gens qu'on peut suivre avec assurance? et nos martyrs, qui mouraient, au contraire, dans les supplices les plus cruels et les plus prolongés, plutôt que de démentir leur foi, ne méritent-ils pas évidemment une toute autre confiance? »

Dans l'impossibilité de répondre à une masse aussi accablante de faits positifs, Florville cherchait en vain à déguiser son embarras \ chaque phrase qu'il prononçait le trahissait : M. Vincent, certain d'avoir fait impression sur son esprit, ne voulut pas pousser plus loin son avantage, et changea de

conversation. Comme il avait beau-

coup voyage, il raconta plusieurs particularités de ses voyages, cita plusieurs faits dont il avait e'te' le témoin, et sut inte'resser tellement Florville, que celui-ci, encliante' d'avoir trouve' une telle ressource contre l'ennui qui le menaçait, ne le laissa pas partir sans lui avoir fait promettre de le venir revoir.

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