‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 140 sur 254 · Jodelle, éd. M. L., 11, 94, y · texte numérisé non relu

Jodelle, éd. M. L., 11, 94, y

5. Voir notamment le récit d'un rêve, 1, 63, v. 1-14. Cf. Ronsard, éd. P. Bl., 1, 19, v. 3-12 et I, 392, v. 27-30; Baïf, éd. M.-L., I, 117, v. 21-54.

vnom pour le poète el pour celle qu'il célèbre' ; — je ne suivrai Kiiiit GrévÎD pas à pas dans les détours de ces lieux communs di' la pensée pétrarquiste, où il reprend, avec plus de bonheur ptut-être, je ne crains pas de le dire, avec plus de force et de plL'nitude, la première manière de Ronsard (ceci dit en tenant ctimptfi de la difTérence du mètre : les Amours de Cassandre ne se composent que de sonnets décasyllabiques). Je passe sur le sljle de ces développements, style nécessairement précieui, hérissé d'antithèses et de répétitions, souvent empreint d'exagéralicn, parfois même entaché de mauvais goût (larmes qui foiment une « fontaine » dans laquelle le poète brâle comme au sein d'un brasier'; — soupirs qui deviennent les « soufflets » dont le dieu Amour se sert pour attiser le feu qui dévore sa vielime*, etc.). Après la prédilection de Grévin pour un certain nombre d'idées que les poètes du temps parcourent comme eo cercle, et l'emploi d'un vocabulaire amoureux qui ne se distingue pas <iu leur, je dois insister sur un dernier caractère commun à .'ur inspiration et à la sienne : l'érudition. La diffusion des théories platoniciennes avait trouvé son écho jusque dans la poésie. Antoine lléroet, dans sa Parfaite amie (l-'>42), n'avait fait que mettre en vers les théories du Phèdre, en cluirchant à les combiner avec le spiritualisme chrétien. Aussi Du Verdier l'appellc-t-il un « heureux illustrateur du haut sens rie Platon* ». Le haut sens! Précisément Du Bellay parlait de i'Iaton dans les mêmes termes ; « Bien peu me soucicroy'je de réiégancc d'Oraison qui est en Platon et en Aristote, si leurs Livres sans rayson étoicnl ecriz. La phylosophic vrayment les a iidiiptez pour ses filz, non pour estre nez en Gi-èce : mais pour avoir d'un haull Sens bien parlé et bien écrit d'elle'. » De tels

1. I. s, T. 12-14; [, 36, T. g-ll; t, 38, v. 17, et le wnaet ioliliité l'wu, en lèlcdc YOlinipe.

i. Du Verdier, V° Antoine Heroel.

5. Du Belut, Dtfftnce el lllutlration.... 1. 10; éd. H.-L», 1. 26.

éloges ne doivent pas nous élonner. La Pléiade était trop instruite pour se priver d'un secours qui la servait d'ailleurs dans son désir de réaction contre la frivolité de l'école marotique. Du Bellay ne s'en tint pas à vanter le ce hault Sens » de Platon. Il écrivit ce grave sonnet sur Vidée (titre qu'on lui donne habituellement), où il nous parle d'un amour qui ne saurait se réaliser ici-bas, et qui, pour s'épanouir, a besoin d'une sphère de lumière plus pure, et d'une contemplation de la beauté dans son éternelle essence :

lÀ, ô mon âme, au plus hault ciel guidée,

Tu y pourras recongnoistre l'Idée

De la beauté, qu'en ce monde j*adore^

Ronsard aussi, de la considération des beautés imparfaites, s'élançait « jusqu'aux cieux » vers la possession intellectuelle ce du vray beau ». Un de ses sonnets, moins célèbre que celui de Joachim sur Vïdéej découle comme celui-ci du pur idéalisme platonicien ^ Ailleurs, il appelle Cassandre <c sa fière moitié' ». De nos jours, nous ne verrions là qu'une banalité bourgeoisement amoureuse. Muret, avec raison, y trouvait autre chose, ce Cela, dit-il dans son commentaire, est pris de Platon, dans un dialogue duquel, qui se nomme le Banquet, ou de TÂmour, Aristophane raconte que les hommes estoient au commencement doubles, mais que Jupiter après les partit par le milieu, et que depuis un chacun cherche sa moitié. De là dit-il que l'anwur procède. » Ce qui restait chez Ronsard à l'état d'allusion, Grévin va le développer congrûmenl pour l'édification d'Olympe :

Hé, Haignan, qu'à bon droit Empedocle disoit Que des corps séparez Tune et l'autre partie, Par un plaisant combat désirant estre unie, Au cueur des animaux les flammes attisoit.

1. Du Bellay, éd. M.-L., I, 137, ▼. 15-'i8. Cf. le sonnet précédent.

Page 1