RoïfSARD, éd. P. BL, I, H4, v
5* Ronsard, éd. P. Bl., I, 11, y. 21»
A tort et sans raison ce beau dict desplaisoit A nostre Galien, car je sens une envie, Qui me fait désirer la moitié de ma vie, Comme si ce doux feu encor' me maistrisoit.
Et si je croy, Maignan, que mon amour extrême Vient pour autant qu'elle ha le parfaict de moymesme, Ou mon corps imparfaict recherche une moitié :
Des deux premièrement un beau Tout devoit naistre, Mais ce que le malheur pour lors ne permit d'estre. Ores je le poursuy par nouvelle amitié'.
Et maintenant, nous trouverons un sens à cet autre sonnet, qui paraîtrait incompréhensible à défaut des éclaircissements précédents :
Le Dieu fut trop cruel, lequel premièrement Nous sépara d'ensemble, alors que la nature Engendra les humains, d'une forte ceincture L*un à l'autre attachez le plus estroictement.
Voire il fut trop cruel, il le fut voirement : Car si de l'advenir il eust eu quelque cure. Des l'heure prévoyant le tourment que j'endure, 11 nous eut délaissez, conjoincts ensemblement.
Il nous eut délaissez, plustost que voir ma peine Ne pouvoir addoucir une Dame inhumaine, Qui de son pauvre amant ne veult avoir pitié.
Je faux, ce n'est pas luy qui cause ma destresse, * C'est vous tout seulement, c'est vous, fiere Maistresse,
Qui ne voulez vous joindre avec vostre moitié'.
Ce dernier vers explique le mot de Ronsard et justifie le commentaire de Muret. Je ne sais trop pourquoi Grévin attribue à Empédocle (qu'il connaissait par Galien) le mythe du Banquet. Nous pouvons être certains en tout cas que Platon lui était familier. L'Épître en prose par laquelle il présente VOlimpe h Gérard
rEscuyer, protonotaire de Boulin, nous montre le poète nourri de la doctrine de Platon ; Tallégorie de la Caverne lui sert même d'arme contre ses ennemis, « lesquels plongez dedans l'Antre Platonicien, nesuyvent que les ombres contredisantes à la vérité, et taschent de jour en jour à empescher le louable dessain de ses estudes »• Dans un sonnet de VOlimpe adressé à Platon luimême : ce Platon s'il estoit vray ce qu'asseurer tu oses...* », Grévin résume la théorie de la Réminiscence*. Un peu plus loin, il invoque l'autorité de Diotime', femme philosophe de Mantinée dont Socrate, dans le BatKiuetj rapporte les opinions sur l'amour. Cette Diotime avait mérité l'admiration de Socrate en développant cette thèse qu'on doit s'élever des beautés inférieures d'icibas jusqu'à la beauté suprême, qui existe éternellement et essentiellement par elle-même et en elle-même. « mon cher Socrate, poursuivait l'étrangère de Mantinée, si quelque chose donne du prix à cette vie, c'est la contemplation de la beauté absolue!... » Nous voilà revenus par un détour au sonnet de J. Du Bellay sur Vidée et au sonnet de Ronsard sur le même sujet.
Bien entendu, cette métaphysique amoureuse ne révèle pîis seule chez Grévin l'éducation antique. Sans parler de celte Epître à M. de Boulin dans laquelle l'éloge de la poésie est traité avec le fatras de citations et l'érudition fastueuse que les gens instruits appréciaient tant à cette époque et qu'ils ne jugeaient jamais excessive*, je trouve, dans VOlimpe même, un vers célèbre de Virgile traduit au passage : « le salut du vaincu c'est n'avoir espérance'* » ; et de môme un vers de Lucrèce :
Comme a dict Lucresse, Le mal que je nourris à lousjours devient vieux; La playe se rentame^....