II
d*écolier, une imitation des Regrets (de J. Du Bellay). Grévin entreprend de marier le rire et les larmes : il emprunte à Du Bellay la forme des stances, mais sans reproduire la grâce et l'abandon aimable de son modèle. A peine trouverait-on dans ce long poème, divisé en deux parties, quelques vers dignes d'être cités* ». Tout énigma tique que semble en maint endroit la forme donnée par le poète à ses rancunes d'homme de parti, son œuvre satirique méritait, à coup sûr, une appréciation moins sévère. D'une part, si tout n'y est pas intéressant, tout y est original, fond et forme. Quant à cette prétendue ressemblance qu'on dénonce entre les Regrets de J. Du Bellay et la Gélodacrye, il m'est impossible, après avoir relu les 67 sonnets qui composent celle-ci, de partager l'opinion du savant écrivain. 11 m'est impossible, qu'on me permette de l'avouer, d'apercevoir un rapport quelconque entre la verve fringante, animée, spirituelle dii catholique angevin, traçant des prélats et de leur suite les croquis malicieux que l'on sait, et l'âpre et sourde colère du huguenot qui s'écrie dans un mouvement de résignation rageuse :
Sçais-tu bien ce qu*il fault pour bien vivre aujourdhuy? Voyons un malheureux, ne faisons comme luy, Et jusques à Tautel ensuyvons nostre Prince*.
D'autre part, ces sonnets, où l'on déclare trouver difficilement quelques vers qui vaillent la peine d'être cités, offrent un échantillon très intéressant de la poésie protestante au xvi* siècle. Certains d'entre eux constituent de véritables prières. J'indique à ce titre le sonnet « Souffle dans moy. Seigneur, souffle dedans mon âme'... », et le sonnet « Délivre moy, Seigneur, de ceste mer profonde*... » dont la conclusion respire le plus pur calvinisme,