Ibid., y
iri
avec ce reproche théologique que se fait à lui-même le poète :
J'ay voulu compasser en mon entendement Ton estre, ta grandeur et ta Toute- puissance.
D'autres sûnuels eipriment une satire d'ordre général ou politique, présenlée dans une forme contenue etneneuse qui les rend dignes de ne pas passer inaperçus. Trois sortes d'hommes durent se l'enconhei' souvent sur le chemin du poète et émouvoir sa bile : l'italien encombrant, si semblable à son Fanthalcone; le prêtre ambitieux, si diEférent du bon et pieui abbé de Prong, et le courtisan. J'ai cité, à propos des Esbahis, ta caricature de l'Italien, telle que Grévin l'a donnée dans la Gélodacrye'. Aux coureurs d'av-anlages ecclésiastiques, celle-ci fait entendre aussi de dures paroles :
l.ii plus grand part, helasi le fait pour vivre lieureux. Sans soiag et sans tourment en loisir paresseux, Kaire tousjours grand' chère et s'addonner aux vices.
Mais lors que cest estai ne valloitque des coups, Des [lurseculions, des cliaîsnes et des clous. Lus liommes lors n'estoyent friands de bénéfices'.
Aux gens de cour, Grévin adresse de rudes vérités :
Qu'est-ce de ceste vie? un public eschafault. Ou culuy qui sçait mieux jouer son personnage, Sulon ses passions escbangeant le visage, Est toujours bien venu, et rien ne luy defanlt.
Encor' qui se peult bien dcsguiser comme il Tault, Prest i servir un Roy, représentant un page, Ou luy donner conseil s'il faut faire le sage, Celuj de jour en jour s'advancera plus baull.
Ainsi souvenlesfois l'on voit sur un théâtre Un conte, un duc, un roy à mille jeux s'esbattre, Et puis en un instant un savetier nouveau ;
Et cil qui maintenant banni de sa province iN'estoit seur de soy-mesme» or' gouverner un Prince, Apres avoir passé derrière le rideau ^
Enfin la Gélodaci^e présente pour nous cet intérêt, dans sa seconde partie, de nous renseigner sur les sentiments dans lesquels se trouvait Grévin lorsqu'il la composa. L'amour ne tient plus ce sa jeunesse captive ». La « Raison » l'a délivré, guéri, ce Amour n*est non plus grand que grand on le veult estre' ». Burrhus tiendra le même langage à Néron : ce On n'aime pas. Seigneur, si Ton ne veut aimer' », langage, en réalité, des gens qui n'aiment pas, ou qui n'aiment plus. Mais quel changement dans l'esprit de Grévin ! Quelle tristesse, quel découragement ont envahi son âme ! On sent, dans ces derniers vers de son second volume, comme le poids d'une immense lassitude, à la fois physique et morale :
Que me sert-il, Noyon, de vivre plus long temps, Puis que rien ne me plaist et que rien je n'espère? Noyon, que me sert-il de passer en misère, En souspirs et en pleurs mon désiré printemps?
Plus heureux j'eusse esté, si avec mes parens. Content du peu de bien amassé par mon père.
Content de la doctrine apprise de ma mère, J'eusse attendu le jour qui bornera mes ans :
J'eusse tousjours vescu au pied de ma montaigne^....
Cette montagne, ces sites familiers, loin desquels, dirait-on, il pressent qu'il doit mourir, il ne tenait qu'à lui d'y couler des jours obscurs et paisibles. Dans un autre sonnet, s'adressant à Clermont, ce son pays tant aimé », il répand les mômes doléances et le même chagrin. Lors(|u'un homme a modifié,
U I, 94, v. i-il. Cf* II, 505, v. 23-28.