Anselme, op, cit,, t. IX, p
Liaient les pasleurs et les fidèles, pour chanter les Psaumes de Marot et discuter les intérêts de la cause. Là se reunissaient les représentants de la noblesse protestante des environs, ces Argenlieu et ces Argilière, mentionnés par Grévin dans VEspée, et sans doute aussi les Rantigny. Là enfin se retrouvaient des littérateurs comme Jacques Grévin lui-même, et un poète, ami à la fois de Grévin et de Philippe de Warty, Antoine de Talon. On sait peu de chose relativement à celui-ci. Du Verdier ne le nomme même pas. La Croii du Maine lui consacre deux lignes pour dire qu'il était originaire du Poitou et qu'il fit quelques poèmes français*. Nul doute qu'il ne faille lui attribuer l'ode au lecteur signée A. de T., qu'on lit au commencement du volume des Regretz de Charles d'Aiistriche. Cette pièce de vers, amplification sur l'inconstance de la fortune, seul échantillon peut-être qui subsiste de la poésie de Talon (avec le sonnet dont je parlerai tout à l'heure) , ne doit pas susciter de grands regrets au sujet de la perte du reste. Talon faisait aussi des vers latins. On lit à la fin de ce même recueil des Regretz deux épigrammes, signées en toutes lettres, cette fois, l'une Ad nobilissimum adolescenlem Phitippum de Warty, Tautre à un ami de Grévin demeuré inconnu, Michel Rebier. Enfin, cet opuscule des Regretz, qui nous fournit décidément de nombreux renseignements, contenait déjà la poésie que Grévin adressait à Antoine de Talon, et qu'il recueillit plus tard dans VOlimpe, où elle forme l'ode V. Grévin, dans celle pièce, s'adresse à l'ami fidèle et sûr :
Ami, qui jusqu*au bout du monde Viens ra'ensuyvan, si je le veux*....
Rien ne pourra désunir Grévin et Talon. L'amitié d'ailleurs procède d'un choix. La parenté, la communauté d'origine, même la communauté de goûts, du moins de goûls superficiels,
i. La Croix du Maire, V** Antoine de Talon.
ne suffisent pas à créer un atlachemenl durable. Kiendc tel aussi cnlra les deui poètes :
Mais louB ces allcchemens.
Ces appasU et ceste amorce.
Comme ils sont de vile force, N'engendrcal que changemens :
Jamais aussi n'eurent part Au fort de nostre rem|iart :
Car des pays la distance A recoupd ce moyen.
Comme d'un Grec et Troycn, D'une Espagne cl d'une France'.
I/amitiéde Grévin et de Talon, c'est une « amitié chrcslîeiinc». Va la pièce se termine par une allusion assez enveloppée à des mauï que les deui amis auraient soufferts ensemble, peut-être niL-mc à quelque incai-cération subie soit par eux-mêmes, soil par lies amis visités par eux :
Cil qui par la main de son An;j<!, Assemblant les deux iiicogncus.
Permit par un prodige eslrangc Nourrir les captifs détenus, Demoiistrant la puissance sienne Plus valoir que tout entretien, Nous fcit jouissans de ce bien Et de ceste amitié cliresIieDDe'.
Inutile de chercher à éclaircir un épisode de la vie de Grcvtn sur lequel il n'a pas plu à celui-ci de s'expliquer davantage. Je remarque seulement que dans le texte de l'ode, tel qu'il le donnait dans les Begrelz, la nature dos tribulations supportées en commun