Ibid., V
Les poètes ont dit qu'avant sa dernière heure En sons harmonieux le doux cygne se pleure.... Je suis un cygne aussi; je meurs, je puis chanter* !
La bonté de la reine Elisabeth détourna Grévin de ces funèbres sentiments :
... Je sentis vostre parolle humaine Alenter doulcement ma doulleur et ma peine Lors qu*il vous plust me voir me faisant cest honneur
D*avoir pour agréable ung mien petit labeur*.
Grévin entreprend donc les louanges de « la Royne Elisabet princesse bien aymée ». Et d'abord, éloge par prétermission des ancêtres delà reine : il n'a pas à s'occuper d'eux, il ne veut louer qu'elle. Venant à elle, il esquive assez habilement une difficulté du sujet dont Ronsard se tirera péniblement lorsqu'à son tour (1567) il adressera ses hommages poétiques à Elisabeth*. Il est malaisé de célébrer un souverain sans parler de la gloire de ses armes. Passe encore pour Henri VIII, <c tant connu des Gaulois », qui se révéla tantôt l'ennemi, tantôt l'ami de la France. Mais Grévin ne peut, même pour se montrer courtisan, oublier qu'il s'est réjoui de la prise de Calais (dans les Regretz de Charles d'Âmtriche) et qu'il a chanté la paix de Cateau-Gambrésis. Que fait-il? De même qu'il ne loue pas Elisabeth des aïeux dont elle est issue, de même il ne la louera pas de sa puissance,
Car fortune est caduque et la prospérité
Est pleine d'impuissance et de fragilité.
La louange est à nous, la louange d'estime*...
Ce qu'il exalte, ce sont les mérites personnels de la reine, ses vertus politiques, sa prudence. Il la félicite de faire tout par elle-