‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 21 sur 254 · Chant du Cigne, t · texte numérisé non relu

Chant du Cigne, t

môme, compliment qui doit sembler encore plus flatteur à une souveraine qu'à un souverain :

Vous voyez, entendez, et jugez promptement Par rœil et par l'oreille et par le jugement De vos subjectz, qui sont fidelles en couraige Et promptz a bien servir une princesse sage^

Enfin, il admire en la reine d'Angleterre une princesse d'esprit cultivé. Ce qu'il disait à cet égard n'avait rien d'hyperbo lique :

Vous parlez promptement nostre langue françoise, L*espagnoIIe, et thustonne, et latine, et grégeoise, Vous scavez la vulgaire, et si avez cest heur D'entendre et de respondre a tout ambassadeur, Car vous n'avez besoing de mandier la bouche De ceulx a qui de droict vostre affaire ne touche. Et qui mallicieux ou bien maladvîsez Rendent le plus souvent les princes abusez '•

Cette poésie ne vaut pas sans doute les brillantes allégories par lesquelles Spenser méritera un jour la faveur d'Elisabeth. Je reconnais même qu'elle est assez médiocre. Au moins elle ne manque pas d'une certaine adresse, et pouvait d'autant mieux plaire à la souveraine qu'elle venait d'un poète étranger. Une dernière remarque pour finir. Grévin nous dépeint

ces roys misérables Qui trop mal asseurez, et possible coulpables, Haynnes de leurs subjectz et n'estant point aymez. Dedans leurs vieux pallais se tiennent enfermez*.

Il est curieux de trouver la même idée traduite par deux vers de Racine :

Au fond de leurs palais leur majesté terrible Affecte à leurs sujets de se rendre invisible*....

!• Chant du Cigne, v. 155-138.

2. Ihid., v. 169-176. Cf. Ronsard, éd. P. BK, III, 324. ▼. 11-24.

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