I. Cf. Du Bellay, éd. M.-L., H, 257, v
De Dcnry, le grand Roj dont la gloire enlendue La faict mesinc advouer d'une commune voii Le plus grand qui Jamais porta le sceptre angloix; L'aultre dira le nom de voie villes puissantes. De vos fleuves coullans et isles verdoyantes. De vos pallais dorez, de vos principaultez, 100 De voslrc grand rojaulnic liabondant en citez. Et bref il vous louera en voyant l'abondance Du peupit; qui vous rend entière obeyssance.
Pour toutes ces grandeurs scullement je diray Que le prcmyer bon lieur par les Roys désiré Acfompaigne voz jours, mais en ces biens estranges Je ne veuli appuyer voz heureuses louanges.
Car fortune est caduque et la prospérité Est pleine d'impuissance et de fragillilé.
La louange est à nous, la louange j'estime Mo Oui est des vertueux la lille légitime.
Et qui tousjours demeure, eiicor que le bon heur Uu la prospérité face place au malheur.
Ainsi, Madame, ainsi cesle louange est née Des premyeres vertus dont vous estes ornec.
Pour publier h tous et chanter en naissant Que par vostre conduicte ung roynulme puissant Demeure pacilique, et que la pai\ esleue Depuis que vous régnez s'est lousjours maintenue Contre l'espoir de ceulx qui se rompent de dueil ', 120 Pour ce que Dieu vous a regardé de son œil. Pour ce qu'il a voullu d'une main libcralle Revestir vostre esprit d'une vertu royalie, Kt pour ce qu'il vous a conduiete tellement Que chascun peult juger que bien et dextrcment Vous avez jusque icy maintenu par prudence Cella que vos ayeiiU acquirent par vaillance.
Par la niesnie vertu vous vous accommodez A l'honneur de tous cculi ausquels vous comniandez. Vous prévoyez de loing que mal ne leur advienc; iôO Vous vouliez que la Iny entière se maintiene; Vostre voulloir s'accorde avecciue re(|uité,
, Cii'vin ilil iiitluui's (II. ftit, ï. 22) : Sans lant se meurtrir <le saucï.
Car vous donnez la reigle a vostre vouUunté, Laquelle se conduict d*une si sage addresse Qu*on y peult remerquer la prudence maistresse Vous voyez, entendez, et jugez promptement Par Toeil et par loreille et par le jugement De vos subjectz, qui sont fidelles en couraige Et promptz k bien servir une princesse sage.
Ainsi vous conduisant, desja vous surmontez
140 Les roys qui ont esté en armes redoubtez,
D'aultant qu'il est meilleur et beaucoup plus honneste De laisser ung bien faict qu'une chère conqueste ; Et d'aultant que la paix est ung don précieux, Qui nous est envoyé tant seuUement des cieulx. Pour lequel acquérir tant et tant de gensdarmes Sont mortz piteusement au meilleu des allarmes.
De là doncques on peult juger asseurement Que Dieu vous meist en main ung tel gouvernement, Et qu*apres vous avoir la plus digne trouvée,
150 Miraculeusement vous fustes réservée
Pour porter la couronne et le sceptre croissant. Qui doibt en vostre main estre le plus puissant Et le plus redoubté qu*onques il ne peult estre En celle du vainqueur vostre premyer ancestre, Ou de ceulx qui jadis furent aymez de Mars, Les huict princes Henris, et les six Edouards, Bref, qu'ayant pour ayeulx tant de roys vénérables, Vous trouvastes naissant les Muses favorables. Qui vous vindrent baiser, et qui depuis ce temps
160 De leurs perfections compagnerent voz ans. Car le Roy (se disoit le vieil poêle d'Ascree*) Par prudence et vertu gouverne sa contrée,
i. Cf. HésioDE :
"OvTiva Ti|xi^a(i>a( Aibç xoOpat p-cydcXoio Yeiv6p.ev6v t' iaiàtùat StoTpeçéoAV paaiXrjCov, t6> iièv iizt yXwdffy; YXuxep7}v xeio^ioiv èipart^, TOO ô* Ire' ex aT6{xaToç ^eT puiXi/a* ol 6é vu Xaol TcàvTc; èç aÙT^v 6p(bai ÔiaxpivovTa OépitaTaç lOeÎ7]ai StxYsaiv* ô à^ àaçaXécoç àyopeû(i)v a(<];a Te xal \kiya veTxoç éictaTa{X6vo>ç xaieTCauaev.
{Tkeogon., v. 81-87.)
— 33G — Lequel heureusement les neuf sçavanles seurs Abreuvèrent jndis de leurs sainctes douiccurs.
Depuis, continuant h sujTre leur escliolle.
Vous sceutcs tellement façonner la parolle Et les doctes discours de vostre douice voit, Que chacun vous admjTe entre les aullres Itoys. Vous parlez promptement noslre langue françoise, 170 L'espagnolle, et thuscane. et latine, et gregeoyse. Vous sçavez la vulgaire, et si avez cest heur D'entendre et de respondre à tout ambassadeur. Car vous n'avez besotng de mandier la bouche De ceuh h qui de droict vostre aiïaire ne touche. Et qui, niallicicux ou bien maladviscz, Rendent le plus souvent les princes abusez.
Vous gardez la doulceur avecque la puissance; Vous tenez près de vous la mesme reverancc (Jui se sied sur te frond et pénètre •■ tous coups ISO Dans le cueur de celiuy qui se présente à vous; Vous ae ressemblez point à ces roys misérables Qui trop mal asseurez, et possible coulpabics, Hapeurs de leurs subjectz et n'cstans |>oint aymez,- Dedans leurs vieux pallais se tiennc'nt enfermez*. Mais ainsi qu'une [toyne aymee et bien voullue. Vous contentez cliascun de vostre heureuse veue, Comme le beau solle[i]l, lequel bien que tousjours Entrant dans l'Oriant il allume les jours.
Bien que nous ne voyons chose plus ordinaire 190 Que son feu joumallicr duquel il nous csclere, Sy est il admiré et d'un cliascun nommé Père conservateur et père bien aymé.
Cella l'aict que les grands et ceuli de la commune Admyrent vostre esprit plus que vostre fortune, Et qu'on veoit aujourdhuy les peuples affligez Dessoubz vostre faveur heureusement rangez.
Rangez et deffcnduz d'une peine servilie, Comme cstoient les Gregeoys soubz la largue d'AdUlle. Madame, ecs vertuz dont Dieu vous est autheur, 200 Feircnt jadis nommer le Roy prince et pasteur
. Cf. PuME u iBONB, Panegyr., XLYIII.
De maintz peuples puissans ; celles mcsmes encore
Font qu'aujourdhuy chascun vous ayme et vous honnore ;
Elles font que desja vostre nom précieux
Paroist entre les roys, ainsi que, dans les cieulx.
On veoyt au point du jour ceste estoille connue,
Qui du sol leil levant anonce la venue.
Elle donne la vye à ceste grand clarté,
Qui sort comme ung solleil de vostre magesté.
Et à ce sceptre angloix que l'Europe contemple,
210 Qui sert aux mieulx apris de modelle et d exemple, D*addresse aux afOigez, et qui m*a faict ce bien De me conduire ainsi qu*un phare aegiptien.
Alors qu'abandonné aux ondes popullaires.
Je navigeoys la mer des civilles misères, Et que gaugnant la terre enfin je m'arresté Dans le havre esperd de vostre grand cité.
Là si tost je ne fuz que, de douleur esprise, * Mon ame ne pleuroyt au bord de la Tamise, Et, comme le futur compagnon des oyseaux
220 Qui congnoissent le flux et reflux de ses eaux.
Je sentis mes deux bras, mes flancs et ma poictrine Se diarger peu à peu du plumage d*un Cigne, Non pour nager les eaux ou, quictant les citez. Chercher du hault des lacs les cours inusitez, Non pour laisser la terre ou, trop loing de la France, Je faictz pour le jourdhuy ma longue demourance, Mais bien pour degoiser sur cest humide bort Le lamentable chant de ma prochaine mort.
Toutesfois je sentis vostre paroUe humaine
230 Alenter doulcement ma douUeur et ma peine.
Lors qu*il vous pleut me veoir, me faisant cest honneur D'avoir pour agréable ung mien petit labeur.
Ainsi donc, recouvert de ces plumes estranges. Je laissay ma chanson pour dire voz louanges, Pour anoncer au peuple et aux hommes sçavans Qui vivent aujourdhuy et seront survivons.
Bref pour escripre au doz de vostre renommée : La Rovne Elisabet, prlncesse bie^n aymee.
B. — Vingt quatre sonnets de Grevin sur Romme
A Madame de Savoie^.
Je ne veux imiter la fureur de Pétrarque', Lors qu'espris justement d une juste douleur. Jadis il escrivoit la ruine et malheur Dont toute Romme encor porte la juste marque.
Je ne veux contrefaire un sçavant Âristarque, Ni masquer mes escrits d une belle couleur, Hais bien je veux montrer que la grandeur et heur Furent assujetis au temps et à la Parque.
Comm* un grand pin fueillu plus gros et plus puissant Fait un bruit plus hautain alors que périssant Le foudre a déterré sa racine profonde,
Ainsi Romme, qui fut le chef de Tunivers, Par son bruit ruineux porté dedans mes vers.
De merveille et d*eiïroi remplira tout le monde.
Madame vous verrez en ce papier descrile Et peinte de couleurs ceste grande cité.
Dont le nom est plus grand que n'est sa vérité, Cité qui maintenant est en poudre réduite.
C*est celle qui tenoit et captive et séduite La mondaine grandeur par sa principauté, C'est Romme qui fut grande en pompe et majesté, Et ores n'est plus rien qu'une ville destruite.
1. Voir plus haut, p. il et 71. Los présents sonnets sont transcrits ici d*après le ms. 845 de la collection Dupuy, et pour la première fois, ce texte, le seul digne de foi, étant demeuré inconnu à M. Ed. Tricolel et aux éditeurs des Mémoires-Journaux de Pierre de VEstoile.