‹ Jacques Grévin, 1538-1570: 1538-1570Chapitre 232 sur 254 · Ibid., p. 44 et · texte numérisé non relu

Ibid., p. 44 et

quelques traits conventionnels, s'applique bien à Tépouse du médecin Liébault*.

Il nous reste à donner le texte des sonnets que M. Léon Dorez appelle très justement : Soniiets d'Angleterre et de Flandre.

Je \ivoys sans ennuy et plain de liberté Entre ceulx que la France aime, chérit et prise, Quant leur langue faconde et docle et bien aprise Parloit de la vertu et de Thonnestelé.

Maintenant que je suis à Londres a r resté, Pour tromper les ennuys dont mon anie est surprise, Ores dans ung basteau je rame la Tamise Et voy de mains pallais rexcellante beauté;

Je voy ore ung toreau, ore ung ours qui se dresse Contre Tassault mordant des dogues plains d*adresse. Je les voy conbattant leurs forces emploier'.

Mais Tonde qui est sourde et la pierre muette, Les bcstes sans raison ne me font qu'ennuyer Depuis qu'il me souvient de ceulx que je regrette.

Anne, je le confesse et ne le puis nier, Et bien que je voulusse en après m'en desdire, Sy est-ce qu'aisément chaiscun le pourroit lire Au langoureulx discours de mon humble prier;

Je confesse qu'Amour sceut sy bien employer Vos regards au besoing, et sy bien les conduire, Pour me fraper au cueur et mon ame séduire, Qu'ores je ne me puis guérir ou deslier.

1. I, 40, V, 15-28. Cf. Il, 228, v. 9 : 11 verra detix sourcils en croissant revoUez...,

2. Les combats d'oors ou de taureaux contre des chiens se donnaient dans un lieu situe le long de la Tamise, sur la paroisse de Southwark, appelé le Jardin de Paris, C'était le rendez-vous de la populace. Voir Shakespeare, trad, François-Victor Hugo. Paris, 1859-1866, t. XllI. p. 426 et 472.

Je pense toutcsfoys, alors que je vous baise A Tentour doulcement la pointure et la braise, Qui me point et consume et me remplit de deuil :

Vostre bouche rentame et trompe ma blessure*, Tellement qu'il me fault au tourment que j'endure Acuser vostre bouche aussy bien que voslre œil.

Tu fus faict, Bridouel', aultresfois pour acquerre La bonne vollonté, la grâce, la faveur Et le cœur amoureulx de ce brave empereur.

Qui fut en son vivant des plus grands de la terre;

Et ores que lu sois faict de brique et de pierre, Sy est-ce qu'on t'estime aujourdhuy la terreur, La redoutable mort et l'enfer plain d'horreur, Qui sert d'espouventail aux dames d'Angleterre.

De par moy loutesfoys tu ne seras nommé Que le saint purgatoire oîi leur corps enferme Purge les doux mesfaitz qu'il commit en cachette.

Et où en peu de temps se sentant desvetu De touttc crainte et honte, il aquiert la vertu De vivre au paradis où l'on court l'csguillette.

paisible refus et rigueur abondante En douce et chaste amour jointe à la piété ; Desdaing brave et acord, par qui fut arresté Mon voulloir inporlun et plein de flamme ardante;

i. Cf. Il, 241, V. 7; 251, v. 2-5.

2. Bridewell, palais bàli par Henri VllI j»our recevoir Cliarles-Quint, et converti par Edouard YI en workhouse et en prison pour femmes. C'est au palais de Bridewell que Shakespeare a placé le 5" acte de son Henri VIU,

Gentil parler «jui eus clercment rcluisanle La grande courtoisye avec l'Iionnesletc ; Belli! fleur de vertu, fonlainfî di; beitiiti^, l'or (jui l'abject penser loing de mon cœur s' absente ;

P toy, regard divyn pour faîr; un homme hurculx. Ores lier |iOur brider l'esprit nvnnlurcuh.

Oui trop fol entreprend l:i eliose mcscanle.

Ores donne à nin vye unj^ prompt allégement : Cesie variété et gentille et plaisante Fut racine au saint qui fut mort aultrement.

Le pacifique cdil, comme argent monnoyc Qui delivoil prendre cours es pais de la France, Fut forge sur le 1er d'une gueirière lance.

Et merqué souhz le coing d'un boulet foudroyé.

Pour monstrcr qu'il n'esloit ny faulx ni descrjé. Il eust le nom du Itoy qu'il jiorlu pour seuibinncc, Tellement que cliuiscun peult avotr assurance Qu'onqucs il ne fut faitt d'nlloy falcifyé.

Mais les faulx monnoicurs qui soudain l'enpoignèrent. Pour faire leur [iroJlit peu à [icu le roignèrent. Tant qu'il tut mesconnu pour monnaye de lloy.

On l'a mis au billon, la fournaise s'ulume.

On a pris de reciief et le coin et l'enelume Pour luy donner sa forme cl son premier alloy.

faulee opinion, combien tu nous tourmente.

Nous faisant désirer le faux pour vérité ! Tu es le masque feint couvert de faueelé, Dont l 'a prebention aisément s'epouvenle.

faulce opinion, cruelle et inconstante, Tu donnes mille assaux a nostre infirmité, Tu nous fais mille ibys changer de vollonté Et croire de léger à ce qui se présente.

Tu as les yeulx bandez, et chaiscun toutesfoys Te suit inconlinant quelque par[t] que tu soys; Quelque par[t] que tu sois, tu chasse la s[c]ience.

Gelluy là qui sera de te sui;'v]re contant.

Deviendra faux, masqué, cruel et inconstant, N'aiant de vérité aulcune congno[i]ssance.

Crestien, en ce pendant qu*éloignc de la France, En Hainault, en Brabant, en Flandre et en Artois, Pensif et espérant et craintif, je portois Les rcgretz envieulx d'une fascheuse apsence.

Le penser me tenoit la langue, et Tesperance Emporloit mon esprit au lieu où je n'estois ; Pour partir d'heure en iieure a cheval je montois, Mais la crainte soudain chargeait ma patience.

Dy moy, qu'eussé-je faict k ce sourt pensement, A ce trompeur espoir, à ce craintif tourment, Sy je n'eusse adressé aux Muses ma complainte?

Elles chassèrent loing ces trois boureaulx divers, Sy bien que ce pendant j'ay fasonné ces vers Pour charmer mon penser, mon espoir et ma crainte.

J'escrivois la plus part de ces miens pensemens Ce pendant qu'en la France une civille guerre Pour la seconde foys, ainsy com' un tonnerre, Foudroioit à Tenvy mille morts et tourmens.

Lors un oraige espais de roistrcs allemans Plouvoit à gros torrens pour noier nostre terre ; Mais nioy, loing des malheurs j*habitois l' Angleterre, Ennemy de discords et de ses remuementz.

Là je fus retiré du meilleu de mes peines, Receu et bien-vollu par les faveurs humaines D*un grand enbassadeur, Thonncur des Bouchetelz,

Lequel à ses biens faic-tz adjouste daventaige : Car l'oiant discourir, je me donne couraige De rendre par son nom mes eâcriptz immorlelz.

Je n'ay pas entrcprins de donner en estrenne A vostre Magesté chose qui soit à moy.

Car donner apartient scullement à ung Roy Et à ceulx là qui ont puissance souveraine.

J'ay pour vous honnorer d'une voix plus qu'humaine Discouru les vertus qu'en vous je reconnoy, Vertus qui sont à vous et qui peuvent de soy Hériter le beau nom de princesse et de Reine.

Et bien que je me sente indigne à vous louer, Sy seray-je aujourd'huy, s'il vous plaist m'advouer. Le peintre qui rendra la mémoire animée,

Et qui par mes escriptz voz vertus desduisant, Auray ceste faveur de vous faire un présent Du portrait immortel de vostre renommée.

Tu n'as veu seullement que le port et le trait De Grévin esloigné des rivages de France ; Car me voyant icy faire ma demourance Ce n'est que veoir ung cors dont l'esprit est distrait.

Janet, qui aultresfoys en tira le ])orlrait.

Représenta si bien de mes yeulx la semblance, Que celluy qui l'a \eu et ores me voit, pense Voir de cest euvre grant seullement ung extrait.

Je n'ay pour le jour d'huy qu*une longue pensée, Qui par milles discours est à demy lassée Et augmente tousjours le mal que mon cœur sent.

Ces vers froidz et pesans te portent tesmoignaige Que je n'ay que le cœur, la voix el le visaige, Et qu*entre les Françoys mon esprit est absent.

Tout ce peuple ignorant, sot et prosunptueulx. Qui ne trouve rien bon, à qui rion ne peult plaire Que cella qu'il a fait, ou qu'il prétend de faire. Et qui pense tout aultre estre défectueux,

Ce peuple, de Yulcob, est, dict-iU vertuculx; Mais sa vertu nouvelle à toute aultre contraire. Tant grande qu'elle fut, ne me pouroit distraire Du pensement que j'ay qu'il est tumultueux.

Car ses perfections me paroissent semblables Aux remuemens divers des ondes c[f]froiables Qui menacent de loing un rocher grant et fort,

Et qui, pleines d'orgeuil et d'audace venteuse. Après avoir rendu la mer impétueuse.

Se viennent en la fin froisser contre le bort.

Avoir le parler bon et la langue faconde, Sur ung propos divin discourir doctement, A maintes questions respondre promptement, Et desveler * en bricf les affaires du monde ;

i . Dévoiler. Voir Godbfrgt, Dictionnaire de Vancienne langue française^ V* Desvoiler»

En CCS perfeclions la sagesse se fonde, Et là chasque mo[r]tel prétend soigneusement; Mais rhorame toutefois n'en vit plus saintement, Et moings pour tout cella en justice il abonde.

Toute ceste sagesse est dicte vanité, S'elle n'a pour conpagne et grâce et charité, Admirables eflfectz de toute sapience!

Oir il vault beaucoup mieulx pour œuvres et bienfaitz D'un vray amendement resentir les effectz.

Que savoir proprement parler de pénitence.

France*, ma douce mère, hélas! je t'ay laissé, Non sans ung grand regret et une longue plainte, Non sans avoyr au cœur une douleur enprainte, Et un long pensement mille foys repensé,

Ce n'est point pour avoyr ton repos offencé'. Ou plain d'esprit vange[u]r et de cholère feinte Avoyr dedans le cœur d'une poitrine attaincte Trop inhumainement ung glayve outrepassé.

Onques je ne fus tel de fait ny de pensée, Je n'ay point pour cella ma maison délaissée, Pour aller demourer en ung estrange lieu :

Mais voiant le repos, o France, te desplaire, Voiant jointe au ccfusteau la parolle de Dieu, Pour cella j'ay choisy ung exil voUontaire*.

Quiconque veult savoir combien grande est ma peyne. Qu'il contemple le mal que l'homme est esprouvant. Lors que plain de desdain il accuse souvent Et les jours et les nuiclz de paresse(s) inhumaine(s).

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