Les Portraicts anaiomiques^ p. 5, col
Guillaume Postal prit également ses degrés dans cette condition servile.
IV. Le Meuble commun de la salle et de la chambre (p. 70). Charles^ Martin et Simon. — Le maître étant absent, un écolier veut dormir. Les autres, pour l'en empêcher, bouleversent tout le mobilier du logis : encore des pages curieuses pour la terminologie de la vie pratique à celte époque.
V. — De ne laisser l'estude (p. 80). Pierre, Estienne. — Récit édifiant des tribulations d'un jeune écolier qui a voulu courir le monde, et qui, ramené d'un village voisin à son père, se voit sévèrement corriger.
VL — De bien estudier (p. 94). Jacques, Pierre, Estienne. — Conception morale des avantages de l'instruction et de son utilité pratique pour la direction de la vie, idée familière à l'époque. « L'étude, dit Técolier Pierre, nous fait entendre le bien et le mal. Le bien de soy-mesme nous invite à le suivre, et nous monstre comment il faut fuir le mal, à cause des inconvénients qui en adviennent. . . . » Les enfants du comté d'Anvers, auxquels les Dialogues s'adressaient, n'étaient pas destinés à lire les Essais de Montaigne ; ils y auraient retrouvé des maximes semblables : « Le gaing de nostre estude, c'est en estre devenu meilleur et plus sage*.... »
VIL — U ingratitude (p. 102). Antoine, Pierre. — VIII. Lin^ gratitude encore (p. 108). Antoine et Jacques. — Deux dialogues d'un caractère purement moral. L'auteur note la mauvaise volonté de Pierre qui refuse à Antoine, malgré les services qu'il en a reçus, de lui prêter son livre. Antoine serait en peine d'apprendre sa leçon, si Jacques ne venait de bonne grâce à son secours. La conclusion que tirera Antoine de cet incident sera sévère à l'égard de son camarade Pierre : « L'homme n'est plus homme, depuis qu'il a laissé et contemné les liens d'humanité »•
Deuxième Partie. — L Promesse fait estudier (p. 112). Le . pédagogue, Antoine et François. — Antoine a hâte de déjeuner
i. MoNTAioni, Essais, I, 25.
(ces écoliera qui ont toujours faim semblent traduire la rancune des fringales de quelque Montaigu ou de quelque collège de Beauvais). Le maître veut que ses élèves travaillent d*abord, et promet de donner ce quelque chose de bon à celuy qui esludira le mieux ».
IL De faire le commandement du maistre{p. 114). Robert, Antoine et François. — Antoine et François se mettent donc à l'œuvre. Leur tâche est d'apprendre par cœur quelques lignes de maximes morales tirées de Platon* et Robert survient à temps pour les faire répéter.
III. Des divers noms imposez aux parties du corps (p. 122). Alexandre, Denis et Louis. — Ce dialogue était bien de la compétence de Grévin. Les écoliers, pour se distraire, repassent les noms de toutes les parties apparentes du corps de l'homme. Aucune expression technique : pur exercice de conversation pour apprendre le français aux jeunes Flamands. Les noms énumérés sont les appellations de la langue usuelle. Aucune omission d'ailleurs. Alexandre s'en permet une, que nous aurions pu mettre sur le compte de la pudeur, sans une rectification consciencieuse de Denis, faite en termes qui nous montrent que les enfants du xv!*" siècle apprenaient à désigner les choses par leur nom.
IV. Le livre (p. 134). Jacques et Pierre. — V. Vécritoire (p. 138). Estietine et Denis. — Encore deux dialogues intéressants pour l'étude de la langue courante au xv!"" siècle. Les mots dont il s'agissait d'apprendre aux jeunes Flamands l'équivalent français, et inversement, ont trait à la reliure et à la confection du livre, et aux divers objets nécessaires à l'écriture manuscrite.
VI. La Prononciation et les Accens (p. 148). Antoine, Pierre et Jaques. — Les écoliers s'exercent à bien parler. Pierre récite un quatrain français :
Bien heureux est quiconques Sert à Dieu volontiers, Et ne se lassa caques De suivre ses sentiers.
• Antoine se récrie. « Il semble, dit-il, que ta bouche soit pleine de bouillie ». Au tour de Jacques de se soumettre à Tépreme. Il fait choix d'un vers d'Horace : Speme wlupMem^ nocet empta dolore voluptas. Pierre, cette fois, triomphe. Non seulement Jacques parle entre ses dents, mais il n'a pas observé la quantité, il n'a pas fait la différence des brèves et des longues. Jacques lui répond bien qu'il n'a pas prononcé autrement lui-même; mais c'est que Pierre parlait en français, et le français n'a pas de syllabes longues ou brèves; le français est une langue sans accent. Sans prolester contre cette affirmation (dont nous laissons la responsabilité au jeune Antoine), Jacques fait à son camarade une objection : si le français n'a pas d'accenty pourquoi a-t-il des acceiitsl A quoi ceux-ci servent-ils?
Ici, nous devons nous étendre quelque peu sur le cours d'accentuation •que l'écolier Antoine improvise devant ses jeunes condisciples. Les idées d'Antoine, c'est-à-dire de Grévin (ou même de Grévin et de Plantin, car le savant imprimeur a pu échanger ses vues avec Grévin sur un sujet qui touchait de si près à son art), ces idées sept des plus intéressantes pour une époque où les questions de cette nature, depuis Geoffroy Tory, et, plus récemment, depuis Meigret, prenaient tous les jours de l'importance. Antoine a répondu avec justesse que les accents en français ne sont pas un signe de la quantité; ils diversifient la signification du mot, ou servent à indiquer la prononciation. Un exemple : l'auteur des Dialogues considère l'accent aigu ou, comme il l'appelle, Tacut. Que signifie ce petit trait? Que la lettre sur laquelle il est mis doit sonner pleinement. Les mots donne et donnée h part l'accent, s'écrivent de même; ils se prononcent différemment. Les poètes français distinguent aussi les sons masculins (quand Ve final est prononcé pleinement) et les sons féminins (quand Ve final est v my-rompu, prononcé à demi-ton » et au besoin « mangé par la voyelle suivante »). De suite des exemples, qui sont en vers, parce que évidemment Grévin,
en parlant de sons, pense surtout à la rime. Sons masculins :
Qui au conseil des malins n*a esté, Qui n*est au trac des pécheurs arrestë.
Sons féminins :
Qui des moqueurs au banc place n*a prise :
Hais nuict et jour la loy contemple et prise.
On le voit, c'est une conférence. Avait-elle un grand intérêt pour un auditoire flamand? En tout cas, elle trahit les préoccupations du poète français et montre aussi avec quelle attention on s^inquiétait à l'étranger de tout ce qui touchait au progrès de la poésie française. Mais voici où elle devient originale. L'accent aigu, dit Antoine, ne se place pas seulement à la fin des mots; il se place quelquefois aussi au commencement ou au milieu. On emploie communément le mot escrire. Mais des auteurs ont adopté la forme écrire (c'est celle que Ronsard venait de recommander en propres termes dans VAbbrégé de VArt poétique ; « Tu éviteras toute orthographie superflue et ne mettras aucunes lettres en tels mots si tu ne les profères.... Tu escriras écrire et non escripre... »*. Avec cette nouvelle forme, on supprime Vs comme inutile el on marque Ve d'un accent aigu. Eh bien! selon Grévin, cet accent aigu n'aurait pas de raison d'être. Qu'il se trouve ou non accompagné d'un «, Ve initial ne peut que se prononcer pleinement : esté ou été, eslendre ou étendre. Mais où l'accent aigu est nécessaire, c'est dans le corps des mots, quand il faut que Ve soit prononcé pleinement; sinon, on le prononcera « my-rompu ». On doit écrire doctement cl prévoir. Il s'en fallait que cette idée fût admise par tous. Gi^évin y tenait. J'ai déjà noté qu'il écrivait son nom avec un accent, et que c'était, sinon une innovation, du moins une hardiesse. Hardie aussi, la théorie de l'accenl circonflexe. Les « vulgaires écrivains » emploient les