RoKSARD, éd. r. Bl., VU
mots lempeste^ teste^ « lesquels estans ainsi écrits, se peuvent, voire se doivent prononcer à Titalienne, c'est asçavoir faisant sonner Ys. Mais ceux qui ont observé les choses de plus près ont obvié à cest inconvénient, et au lieu de cest 5, ils ont mis dessus Ye un accent, que les Latins ont nommé circumflexe. ...» Cet accent se met aussi sur Ya quand Ya est long. Il faut écrire théâtre et non theastre comme font « les vulgaires ». Grévin reconnaît bien que ce ne sont pas là les formes admises par tous; la raison n'a pas encore triomphé partout de Tabus, et il n'y a que trop de livres imprimés d'après de mauvais principes. Pour lui, il se tient avec ceux qui veulent « ôter la superfluité des lettres en l'écriture », avec ceux qui s'efforcent « de reformer les abus de l'écriture en l'ortographie ». Sans doute, il ne pousse pas cette vue jusqu'au bout, et, au moment même où il parle ainsi, plus d'une forme lui échappe qui sent encore la mode condamnée. Bien des réformes restent à réaliser, tant sur les accents que sur les signes de ponctuation, auxquels est consacrée la fin des Z)mlogues. Mais l'effort de Grévin pour simplifier l'orthographe est intéressant et ses idées sont justes : il faudra encore bien du temps pour que les changements désirés par lui s'accomplissent. A cet endroit du livre, Plantin, dans un avis daté du 18 décembre 1566, déclare qu' « à la suasion de quelques siens amis », il ajoute quatre Dialogues aux premiers. En réalité, les dialogues ainsi annoncés se trouvent au nombre de trois. Ils sont, je crois, l'œuvre personnelle de Plantin. C'est en ce sens qu'on peut parler d'une collaboration de Plantin et de Grévin dans la rédaction des Dialogues française Ceux de Plantin ne ressemblent pas aux autres. Plus étendus, ils portent sur des matières plus importantes. Ils ont pour sujet : les Nombres^ la Mmiquej l'Écriture et rimprimerie. Ce dernier chapitre, rempli de détails techniques, relevait au premier chef de la compétence de l'imprimeur anversois : il nous fait connaître le nom et
!• Max Rooses, Chrittophe Planttn..., p. 105.
remploi des outils de la typographie et nous apprend comment on pratiquait cet art au ivi"^ siècle.
Mais quelle différence au point de vue du style avec les Dior lognes que la plume de Grévin a écrits I On reconnaîtrait ceux-ci à leur saveur gauloise. Rien de moins flamand, à coup sûr, rien de plus vraiment français, que ces dialogues français-Flamands. La langue est vive, imagée, familière, pleine de saillies, de dictons, de brocards, de proverbes. C'est le parler de l'Ile-de- France. Par instants, c'est presque du picard. Si les écoliers .veulent dormir, ils « s*acagnardent » dans leur lit*. S'ils veulent manger, ils risquent de « se brusler le gavion* ». Nous pouvons dire à Tauteur ce que dit un de ses personnages : « Tu sentiras tousjours ton terroir'».
Divers ouvragés de Grévin parurent pendant son séjour à Anvers : la traduction poétique des Emblèmes de Sambucus, celle des Emblèmes d'Adrien le Jeune, celle des Œuvres de Nicandre, impressions commencées ou projetées depuis un certain temps déjà, et qui attendaient leur achèvement*. Grévin dédie les Emblèmes d'Adrien le Jeune à « Monsieur de La Forest, ambassadeur en Angleterre pour la Majesté du Roy de France ». Le personnage est inconnu, mais, celte fois encore, cet usage des dédicaces, cher aux écrivains du xvi^ siècle, aura pour effet de nous renseigner; celle-ci contient deux particularités intéressantes : une allusion, la seule que Grévin ait faite, à son séjour en Angleterre, et une indication précise relativement à l'époque de son séjour à Anvers. Elle est datée : ce D'Anvers, ce XX d'octobre 1567 »•
Après ces ouvrages poétiques, Plantin imprima le Traité des