RoNSABD, éd. P. Bl., Vin
— iOi —
Pourquoi cette indulgence? Je l'ai dit : Riveaudeau était protestant :
Si devois-tu devant que faire aucune chose T'enquerir de Grevin, tu te fusses tenu D*escrire pour Launay : tu Teusses recogneu Pour estre compagnon en une bonne cause.
Avec Florent Chrestien, Thomme de parti reparait toujours. Rien que son style est compromettant. Donnant à antimoine une rime trop prévue, il termine en appelant les amis de Launay, autres que Riveaudeau :
Peste autant a chasser comme est un meschant moine.
Et voyez comme la passion égare les hommes! En attaquant si furieusement Launay, Chrestien se doutait-il qu'il tirait peut-être sur un allié? Si Launay ne comptait pas à La Rochelle parmi les coreligionnaires de Florent Chrestien et de Grévin (ce que j'ignore), sa femme avait donné des preuves de son dévouement à la cause protestante, dans des circonstances dont les fastes locaux ont conservé le souvenir. En 4562, après la défaite de Duras par Montluc, un certain nombre de prisonniers calvinistes, que les geôles de la ville ne pouvaient contenir, avaient été logés chez les habitants, en attendant un sort plus cruel. La femme du médecin Launay fit évader le huguenot qu'on avait placé dans sa maison : c'était le pasteur Odet deNort*. Launay mourut en 1568*.
L'oracle de Launay, c'était Mattioli, traducteur de Dioscoride.
Grévin lui opposait Nicandre : « Ne pensez pas jamais rien
i. L. Delhas, LÊglUe réformée de La Rochelle. Toulouse, 1870, p. 74. 2. Bibliothèque de la Ville de La Rochelle, Manuscrits, a*" 352 (Biographies de Jourdan)«
entendre en là matière des venins, si vous n*avez leu et entendu Nicandre : et si vous ne l*avez collationné avecques Dioscoride, qui delà a transcrit la plus part de ses livres pour les enrichir* ».
Nicandre, grammairien, poète et médecin grec, né à Claros, près de Colophon, en lonie, vivait dans le second siècle avant l'ère chrétienne, au temps d'Attale, dernier roi de ce nom. Par ses nombreux ouvrages, dont Suidas rapporte le catalogue*, il s'était acquis une grande réputation. Une épigramme de l'Anthologie félicite Colophon d'avoir donné le jour à Homère et à Nicandre'. Ce dernier faisait partie de la Pléiade, Grévin, qui termine sa traduction par un <c Abbrégé de la vie de Nicandre », rappelle cette particularité, et la remarque est curieuse sous sa plume : « Il fut Médecin et Poète très excellent, mis au nombre des sept, lesquels à cause de la gentillesse de leur esprit furent nommés les poètes de la Pléiade, ou de la Poussinière, comme excellents et apparoissants entre tous autres, ainsi que sont les sept estoilles lesquelles composent au ciel l'astre de la Poussinière ». Cicéron* parle des Géorgiquet de Nicandre comme d'un ouvrage remarquable par sa richesse poétique. On suppose que ces Géorgiques de Nicandre ne furent pas inutiles à Virgile ; ses Métamorphosée ont peut-être inspiré Ovide. Comme savant, il n'obtint pas un moindre renom : Pline lui doit de nombreux emprunts.
Deux de ses écrits seulement sont parvenus jusqu'à nous : un poème intitulé Biopiaxx, qui traite, comme l'indique ce titi*e, des blessures causées par différents animaux venimeux et des remèdes qui leur conviennent (958 vers) ; — un poème intitulé 'A\6$i?ap[iLaîti, c'est-à-dire les contrepoisons, petit traité des poisons et de leurs antidotes (630 vere). Plutarque, qui com-