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tromper le simple populaire ». Inutile de suivre plus loin Grévin sur ce terrain où les détours qu'il prend pour hasarder son opinion ésotcrique n'empêchent pas celle-ci d'apparaître, croyonsnous, assez clairement. Risquer cette interprétation extensive des doctrines empruntées à Wier, et, après avoir traduit l'ouvrage du docteur allemand sur l'imposture de ceux qui font enchantements et sorcelleries, ranger, môme à mots couverts, la messe parmi les sorcelleries, la consécration parmi les enchantements, et le dogme de la présence réelle parmi les impostures, c'était là, on en conviendra, atteindre d'un coup les dernières limites de l'audace, et Genève ne pouvait pas en demander davantage au jeune écrivain. Heureusement pour celui-ci, il parlait de loin à la Sorbonne. Le bourreau a parfois brûlé livre et auteur pour des pages qui n'en disaient pas plus, et même qui n'en disaient pas tant.
En somme, Jacques Grévin, à un âge où d'autres ont à peine quitté les bancs de l'école, sut conquérir une noloriélé brillante. Sa véhémente intervention dans la querelle de l'antimoine décida du sort de la bataille et dicta l'arrêt du Parlement. Ses confrères rendaient hommage à ses mérites, et il avait pénétré chez les grands. A l'étranger on traduisait ses livres, on citait son nom avec éloge. Plantin l'appelait erudilmimm Grevinus: le traducteur des Venim va lui donner le titre de prxstantissimm philosophus (celte appellation désignait tout médecin qui s'occupait avec dislinclion des sciences naturelles; c'est à ce titre que Lenglel-Dufresnoy a compris Grévin dans son catalogue des philosophes hermétiques)*. 11 y eut bien aussi quelques déboires et (juelques dégoûts. Grévin connut, précisément parce cju'il
4. LE.Nf.LKT-DupuESNov, Hîstoirc de la Philosophie hermétique. Paris, 1742, t. HI, p. 179.
devint célèbre, ces inimitiés qui semblent, en toute carrière, la consécration du succès. S'il eut des amis comme Jean de Gorrîs, il eut aussi des ennemis comme Charpentier, et des adversaires très acerbes, comme Louis de Launay et Jean Le Bon. Ce dernier a pourtant compté parmi les opposants à la doctrine antimoniale. Mais il était médecin du cardinal de Guise (Louis de Lorraine, archevêque de Sens, frère du cardinal de Lorraine et de François de Guise). Comme tel, c'est-à-dire comme fomilier de la maison de Lorraine, il devait exécrer tout ce qui touchait au calvinisme. Lié avec Jean Liébault, l'ancien rival de Grévin, il lui dédia un de ses ouvrages*. Nous possédons deux témoignages relativement aux démêlés de Jean Le Bon avec notre auteur. Je rencontre le premier dans le plus humble des biographes de Grévin, h (|ui il ne consacre que quelques mots, le seul d'aulœ part qui ait louché ce point; il est vrai qu'il s'agit d'un compatriote, Denis Simon, président du bailliage de Beauvais, continuateur de Loisel et de Louvet. Simon s'exprime ainsi dans sa très courte notice sur Jacques Grévin : « 11 eut pour antagoniste Jean Le Bon, médecin de Monsieur le duc de Guise*. » (Simon veut dire : du cardinal de Guise.) Le second témoignage est celui de La Croix du Maine, qui, dressant la liste des ouvrages de Jean Le Bon, écrit cette mention : « Poèmes contre Jaques Grévin Médecin. Je ne sais s'ils sont imprimés'. » Bien de tel ne figure dans les écrits de Jean Le Bon parvenus jusqu'à nous. Et pourtant, caché dans un coin de l'un de ces derniers, voici le curieux souvenir que je rencontre de cette haine de Jean Le Bon pour Grévin. 11 existe un opuscule extrêmement rare de Jean liC Bcm, sous ce titre : Aduges et Proverbes de Solon de Voge. Par l'Hétropolitnin (c'est-à-dire par Jean Le Bon, né à Autreville, près de Chaumont en Bassigny, dans les Vosges, aujourd'hui Haute-Marne), A Paris, par ISicolas