VoLTAïuE, Commentaires sur Corneille» — Les Horaces
employer. Il cherchait. Le prologue de Cléopâtre est en vers de dix syllabes, à rimes masculines ou féminines indifféremment ; l'acte I tout entier en alexandrins à rimes féminines; les actes II et III en vers décasyllahiques à rimes féminines et masculines se succédant au hasard; l'acte IV en alexandrins; Tacle Y en décasyllabes, tous deux sans alternance des rimes. Seuls, les chœurs respectent cette alternance. Même incertitude dans Didon (qui du reste parut peut-être après César) : une tendance à observer Tordre des rimes, mais indécise, et des actes entiers en rime féminine. Ne rions pas de ces tâtonnements. Le goût de la bizarrerie ne les inspirait pas, mais la recherche des véritables bienséances de notre poésie. Pasquier avait donc raison de remarquer que Jodelle suivait, pour sa versification, « l'exemple de Marot... et la manière des anciens Poètes françois* ». Eh bien ! cette « nonchalance », pour parler encore comme Pasquier, ce mépris de la distinction des rimes, Grévin les répudie dans sa tragédie. Les rimes masculines et féminines se succèdent régulièrement dans César, Nous verrons, quand nous parlerons de la versification des poésies de Grévin, l'importance qu'il attachait à l'observation de cette pratique, imposée par l'exemple de Ronsard, qui en fera bientôt une loi dans son Art poétique^, et considérée désormais comme une obligation fondamentale de la prosodie. Voilà pourquoi Grévin se regardait comme le premier qui ait donné une tragédie française. Il ne se trompait pas : Grévin est le premier auteur qui fit paraître une tragédie en vers français y ni imitée, ni traduite de Vantiquité, dans laquelle se trouve observée r alternance des rimes masculines et féminines. Donc, la tragédie de César montre réellement le premier modèle de la tragédie française. Veut-on maintenant la preuve que telle était bien la pensée de Grévin? Il nous en a fourni lui-même le commentaire. Relisons le Discours sur le Théâtre : « Je suis encores à voir tragédies et comédies françoises, disail-il, excepté celles