‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 121 sur 262 · Jodelle, éd. M.-L., I, 14, v · texte numérisé non relu

Jodelle, éd. M.-L., I, 14, v

que Teffort qu'il fit, et avec succès, pour élever notre comédie française ne fut pas soutenu par ses successeurs, on ne tient aucun compte de cet effort, pourtant heureux. Chaque fois qu'on parle des origines du théâtre, on cite Jodelle. Prononce-t-on le nom de Grévin, c'est pour le mettre d'un mot au-dessous de Jodelle. Ses deux comédies passent pour de faibles copies d'Eugène. Je n'exagère pas; j'ai déjà cité l'opinion de M. Chasles relativement à la Trésorière; M. Lenient met les Esbahis sur le même plan : « Alix, dit-il, revit dans la Trésorière et dans l'Agnès des Esbahis: M. Guillaume n'est guère plus sot que son confrère du Pont-au-Change ; l'abbé Eugène vaut le Protonotaire amoureux.... A peine citerait-on deux ou trois types qui offrent un certain mérite de nouveauté : le messere Panthaleone et le valet Julien * — » C'est entendu et admis, il n'y a pas à s'occuper de Grévin : voyez Jodelle. Sur ce point cependant, où, les modernes se montrent si ti-anchants, sur cet article de foi, veut-on savoir ce que pensaient les contemporains? Je prends un ouvrage du temps, auquel on reconnaît une grande autorité : Y Art poétiq^te de Yauquelin de La Fresnaye (ouvrage publié en 1605, mais qui appartient au xvi^ siècle, puisque nous savons qu'il fut commandé à l'auteur par Henri III sur la recommandation de Desportes). Yauquelin retrace l'origine de la comédie. 11 avait assisté, il nous l'apprend lui-même', à la représentation de Clcopâtre, par conséquent à celle d* Eugène; il pouvait comparer Jodelle et Grévin. Quel jugement porte-t-il? Le théâtre, dit-il, eût continué d'appartenir aux Italiens... sans Grévin et Remy Belleau!

Mais les Italiens exercez d'avantage,

En ce genre eussent eu le laurier en partage,

Sans ([ue nos vers [)]aisants nous représentent mieux

Que leur prose ne lait cet argument joyeux....

I. C. Lbnibnt, La Satire en France ou la litléralure militante au xvi« siècle^ 5' éd. Paris, 188(i, t. II, j.. 273.

"2. Vauquelln de la Fuesnaye, Art poétique, liv. II, v. 1035.

{sans que a ici le sens de niai. La plirase veul dire : les Italiens eussent gardé le laurier, si des poètes franrais ne se fussent révélés plus habiles). Vauquelin ajoute :

Grevin nous le tesinoigne : et cette Reconnue Qui des mains de Belleau n'aguercs est venue*.

La Reconnue de Belleau ne parut qu'après la mort de Grévin. Vauquelin ne mentionne même pas Jodelle. A ses yeux, le père de la comédie en France, c'est Grévin.

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