‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 147 sur 262 · JODELLK, éd. M. I.., Il, 1)4, V · texte numérisé non relu

JODELLK, éd. M. I.., Il, 1)4, V

5. Voir notamment le récit d'un rêve, 1, 65, v. 1-14. (".f. Rons.vhd, éd. P. Ml.. I. j'.t. V. 5-12 el I, 392, v. 27-50; Baïf, éd. M.-L., I, 117, v. '21-54.

— :226 — renom pour le poète et pour celle qu'il célèbre' ; — je ne suivrai point Grévin pas à pas dans les détours de ces lieux communs de la pensée pétrarquiste, où il reprend, avec plus de bonheur peut-être, je ne crains pas de le dire, avec plus de force et de plénitude, la première manière de Ronsard (ceci dit en tenant compte de la diflerence du mètre : les Amours de Cassandre ne se composent que de sonnets décasyllabiques). Je passe sur le style de ces développements, style nécessairement précieux, hérissé d'antithèses et de répétitions, souvent empreint d'exagération, parfois même entaché de mauvais goût (larmes qui forment une « fontaine » dans laquelle le poète brûle comme au sein d'un brasier' ; — soupirs qui deviennent les « soufflets » dont le dieu Amour se sert pour attiser le feu qui dévore sa victime', etc.). Après la prédilection de Grévin pour un certain nombre d'idées que les poètes du temps parcourent comme en cercle, et l'emploi d'un vocabulaire amoureux qui ne se distingue pas du leur, je dois insister sur un dernier caractère commun à leur inspiration et à la sienne : l'érudition.

La diffusion des théories platoniciennes avait trouvé son écho jusque dans la poésie. Antoine Héroet, dans sa Parfaite amie (1542), n'avait fait que mettre en vers les théories du Phèdre, en cherchant à les combiner avec le spiritualisme chrétien. Aussi Du Verdier l'appelle-t-il un « heureux illustrateur du haut sens de Platon* ». Le haut sens! Précisément Du Bellay parlait de Platon dans les mêmes termes : « Bien peu me soucieroy'je de l'élégance d'Oraison qui est en Platon et en Aristote, si leurs Livres sans rayson étoient ecriz. La phylosophie vrayment les a adoptez pour ses hlz^ non pour estre nez en Grèce : mais pour avoir d'un hault Sens bien parlé et bien écrit d'elle''. » De tels

1. I, 6, V. 12-14; I, 36i v. 9-H ; I, 58, v. 17, et le sonnet intitula Vœu, en tête de VOlimpe.

A. Du Verdier, V° Antoine Heroet»

5i Du Bellay^ De/fence et Illustration..., I, 10; éd. M.-L., I, 26»

éloges ne doivent pas nous étonner. La Pléiade était trop instruite pour se priver d'un secours qui la servait d'ailleurs dans son désir de réaction contre la frivolité de l'école marotique. Du Bellay ne s'en tint pas à vanter le <c hault Sens » de Platon. 11 écrivit ce grave sonnet sur Vidée (titre qu'on lui donne habituellement), où il nous parle d'un amour qui ne saurait se réaliser ici-bas, et qui, pour s'épanouir, a besoin d'une sphère de lumière plus pure, et d'une contemplation de la beauté dans son éternelle essence :

Là, o mon âme, au plus hault ciel guidée,

Tu y pourras recongnoistre l'Idée

De la beauté, qu'en ce monde j'adore'.

Ronsaid aussi, de la considération des beautés imparfaites, s'élançait « jusqu'aux cieux » vers la possession intellectuelle c< du vray beau ». Un de ses sonnets, moins célèbre que celui de Joachim sur Vîdée, découle comme celui-ci du pur idéalisme platonicien ^ Ailleurs, il appelle Gassandre « sa fière moitié^». De nos jours, nous ne verrions là qu'une banalité bourgeoisement amoureuse. Muret, avec raison, y trouvait autre chose, ce Cela, dit-il dans son commentaire, est pris de Platon, dans un dialogue duquel, qui se nomme le Banquet, ou de l'Amour, Aristophane raconte que les hommes estoient au commencement doubles, mais que Jupiter après les partit par le milieu, et que depuis un chacun cherche sa moitié. De la dit-il (jue l'amour procède. » Ce qui restait chez Ronsard à l'état d'allusion, Ciévin va le développer congrûment pour l'édification d'Olympe :

Hé, Maigiian, qu'à hou droit KiiiprilorU' ilisuit Que dos corps séparez Tune et l'autre partie. Par un plaisant combat désirant estre unie» Au cuGur des animaux les flammes attisoit.

1. I)i: Bellay, éd. M.-L., I, 137, v. 15>i8. Cf. le sonnet précédent. !2. R..NSARD, éd. P. Bi., 1, 114, V. M5* 5. Ro>sAUD, éd. P. IH., I, 11. V. 21*

A Uni el >ans raison ce beau dict desplaisoit A iioslrc Galion, car je sens une envie, Qui me fait désirer la moitié de ma vie, (lomrae si ce doux feu encor' me maistrisoit.

Va si je croy, Mai^^nan, (|ue mon amour extrême Vient pour autant (lu'elle ha le parfaict de moymo^nio. Ou mon corps imparfaict rechen-he une moitié :

Des deux premièrement un beau Tout devoit naistrc, Mais ce que le malheur pour lors ne permit d'estre. Ores je le poursuy par nouvelle amitié*.

Et maintenant, nous trouvefrons un sens à cet autre sonnet, qui paraîtrait incompréhensible à défaut des éclaircissements précédents :

/ Le Dieu fut trop cruel, lequel premièrement

Nous sépara d'ensemble, alors que la nature

/ Engendra les humains, d'une forte ceincture

L'un à l'autre attachez le plus estroictement.

Voire il fut trop cruel, il le fut voirement : Car si de l'advenir il eust eu quebpie cure. Des l'heure prévoyant le tourment que j'endure, Il nous eut délaissez, conjoincts ensemblement.

11 nous eut délaissez, plustost que voir ma peine Ne pouvoir addoucir une Dame inhumaine, Qui de son pauvre amant ne veult avoir pitié.

Je faux, ce n'est pas luy qui cause ma destresse, C'est vous tout seulement, c'est vous, fiere Maistresse, Oui ne voulez vous joindre avec vostre moitié'.

G' (ItM'iiicr \('i> i'X[)li(jue le mol de lluiis.ird cl jtislilic le commentaire de Muret. Je ne sais trop pourquoi (jrévin attribue à Empédocle (qu'il connaissait par Galien) le mythe du Baïujuet. Nous pouvons être certains en tout cas que Platon lui était familier. I/Éi)ître en prose par laquelle il présente VOlimpe à Gérard

TËscuyer, protonotaire de Boulin, nous montre le poète nourri de la doctrine de Platon : l'allégorie de la Caverne lui sert même d'arme contre ses ennemis, « lesquels plongez dedans l'Antre Platonicien, nesuyvent que les ombres contredisantes à la vérité, et laschent de jour en jour à empescher le louable dessain de ses estudes ». Dans un sonnet de VOlimpe adressé à Platon luimême : « Platon s'il estoit vray ce qu'asseurer tu oses...* », Grévin résume la théorie de la Réminiscence \ Un peu plus loin, il invoque l'autorité de Diotime% femme philosophe de Mantinée dont Socrate, dans le Banijuet, rapporte les opinions sur l'amour. Cette Diotime avait mérité l'admiration de Socrate en développant cette thèse qu'on doit s'élever des beautés inférieures d'icibas jusqu'il la beauté suprême, qui existe éternellement et essentiellement par elle-même et en elle-même. « 0 mon cher Socrate, poursuivait l'étrangère de Mantinée, si quelque chose donne du prix à cette vie, c'est la contemplation de la beauté absolue!... » Nous voilà revenus par un détour au sonnet de J. Du D«dlay sur Vidée et au sonnet de Ronsard sur le même sujet.

Bien entendu, cette métaphysique amoureuse ne révèle pas seule chez Grévin l'éducation antique. Sans parler de cette Epîti'e à M. de Boulin dans laquelle l'éloge de la poésie est tiallé avec le fatras de citations et l'érudition fastueuse que les gens instruits appréciaient tant à cette époque et qu'ils ne jugeaient jamais excessive*, je trouve, dans VOlimpe même, un vers célèbre de Virgile traduit au passage: « le salut du vaincu c'est n'avoir espérance"' » ; et de même un vers de Lucrèce :

Comme a dict Lucresso, Le ma! que je nourris à lousjours devient viouv; La plnye se ront.inie •'....

'2. Cf. HoNSARi), éd. P. m.. I, 1»2, V. .V5; If, 208, v. 2i-23.

-4. Cf. réloge (!«• la \\ovs\r dans !•• <'■'•"■"! h^r,,,,,-^- '^m- I' \iftntioiiic.

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