Ibifl., V. 1.v
par Grévin et Talon apparaissait plus clairement encore par cette première rédaction :
Demonstrant la puissance sienne Plus valloir que pouvoir mondain.
Dans VOlimpe et dans la Gélodacrye, Grévin ne dédie pas à Talon moins de cinq sonnets, soit amoureux^ soit satiriques', sans parler d'un sixième où il est fait allusion aux amours de Talon\ Mais ce qui montre bien en quelle estime Grévin le tenait pour son caractère, sinon pour son talent, c'est que dans les liminaires de VOlimpe, après des sonnets de Ronsard, de J. Du Bellay et de Rémy Belleau, c'est-à-dire des patrons les plus glorieux, il rapporte un sonnet composé à sa louange par son ami Talon : « Tu sçais si bien chanter, lu sçais si bien escrire... », morceau encomiastîque d'une venue vraiment assez heureuse.
C'est encore à ce genre de littérature, si en honneur au xvi° siècle, que nous devons de connaître les relations de Grévin avec un des protestants de distinction que comptait la ville de Clermont à cette époque : Jean de Filleau, jurisconsulte, magistrat, traducteur, poète, au demeurant tombé aujourd'hui dans un oubli complet, ou peu s'en faut. Il est vrai que ses titres littéraires consistent en quelques mauvais vers français et en deux traductions, réunies en un seul opuscule. Mais celui-ci présente pour nous de l'intérêt, puisque nous allons y trouver le nom de Grévin. En ce qui concerne la vie de Filleau, force nous est de nous contenter de renseignements très élémentaires. Du Verdier et La Croix du Maine le disent natif de Clermont en Beauvaisis, qualification qu'il prend en effet dans son ouvrage. C'est donc une
2. 1,96, V. l-U; 107), v. I-U; II. 7.0:,. v. l.V'ib. :,. I, 105, V. i-U.
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erreur (fiic de le confondre, comme on l'a lait ', avec son homonyme Jean Filleau, de Poitiers, le célèbre arrètislcdu siècle suivant. Notre Filleau fut président de l'Election de Clermont, et nous savons par l'histoire locale qu'il résida à Étouy, près de (liermont : en 1609, le soigneur de ce village lui inféoda un petit lief dépendant de sa seigneurie, situé tout près du château, sur les bords de la Rresche, et appelé La Motte'. De là le nom de la Motte-Filiaux donné autrefois à un écart, aujourd'hui disparu, du village d'Étouy (on aurait dû écrire la Motte-Filleau).
Le livre de Jean de Filleau est intitulé : La Sainctc Bible re^ duicte en Epitome, par r Histoire divine et sacrée de Sévère Sulpice, commençant dès la création du monde. Translatée fidèlement de langue latine en la Françoise.,, par Jean Filleau, Jurisconsulte de Clermont en Beaiwoisis. De nouveau a esté adjousté vers la fin la Considération de Dorothée, Evesque de Tyr, sur la vie et mort des Prophètes et Apostres. Pour la Roy ne Mère du Roy, sa souveraine Dame. A Paris, chez Jean Pinart, demeurant rue S. Estienne des grecs... 1579, in-12. Du Yerdier indique une autre édition, Paris, Jean Coquerel, 1570, in-8°. L'auteur avait terminé ses traductions plusieurs années avant même cette dernière date : la dédicace à Catherine de Médicis porte la mention suivante : « Dcvostre ville de Clermont en Beauvoisis, ce l"jour de janvier 1562. » Le travail de Filleau mérile-t-il la sévérité avec laquelle l'apprécie La Monnoye, dans ses notes sur Du Yerdier? On peut du moins reconnaître à notre Clermontois cet avantage, qu'il a donné la première traduction française du Salluste chétien^ Le volume se termine par un « Sommaire du viel et nouveau Testament adjousté par le translateur », sorte
1. II. Beauchet-Filleau et Ch. de CiiERcé, Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l'ancien Poitou, Poitiers, 1840-1854, t. H, p. 97. « Quelques auteurs lui attribuent aussi une traduction de Sulpice Sévère. Nous n'avons trouvé aucune trace de ce travail dans ses manuscrits, que nous possédons presque tous. »
2. (A. Pinvert), Etouy, ses origines et ses anciens seigneurs. Paris, 1894, p. 50.
3. Herbert, Œuvres de Sulpice Sévère (roîlection Panckoukc), t. I. p. 137.
d'exposé de la doctrine chrétienne d'après Jean de Filleaii. Ce n'est pas la partie du livre que Grévin et ses amis ont dû le moins goûter. A en croire un avis imprimé au verso du litre, l'ouvrage de Jean de Filleau aurait subi à Paris l'examen de deux docteurs de la faculté de théologie. Ou il faut douter de la sincérité de celte mention, ou ils furent bien distraits, les théologiens, pour avoir laissé passer, dans le Sommaire , des endroits tels que celui-ci : « Jésus-Christ est finalement venu en ce monde afin que... par bonnes œuvres, lesquelles Dieu a dressées et preparées devant nostre vocation pour estre par nous faites, dcmons- Irions que sommes appelez à ceste grâce et don de foy. » N'y a-t-il pas là un écho très net du dogme calviniste de la prédestination et même de celui de la non-justification par les œuvres? Ce passage, d'autres aussi, et encore certaines omissions dans cet exposé doctrinal, tout cela n'autorise-t-il pas à penser que le protestantisme peut revendiquer Filleau comme un des siens? Je n'ai pas parlé des liminaires de l'ouvrage. Après la dédicace à Catherine de Médicis, on trouve une ode de Filleau, puis une assez longue Epître au lecteur. Vient ensuite un avertissement où il est dit que l'auteur « se reporte surtout à la Bible « ; nous nous en doutions bien un peu. On rencontre enfin un sonnet de Jacques Grévin de Clermont à Sévère, jadis aulheur du livre Latin translaté en François.
Ainsi qu*cn un jardin la soigneuse pucelle D'une paillarde main va moissonnant les fleurs, Qui tendent au sentir les plus douces odeurs, Que la terre escauflee en son sein renouvelle ;
Ainsi as-tu, épris d'une saincte estincelle, Severe, recueilly sainctement des douceurs Que lu vas distillant au profond de nos cœurs, Dont l'ame est ensuivant la vertu la plus belle.
C'est cognoistre soy-mesme cl la saincte grandeur De œ grand ouvrier qui du monde est aulheur, Faisant sa volunlé par ses csleuz cognoisire.
Nous le remercions pour un si grand bien luit. Et prisons celuy la qui françois nous t'a l'ail, Kl fait après mille ans ion bel œuvre renaistre.
Au-dessous, ce distique Ad S everum dohé^alemcnl avoir Grévin pour auteur :
Sub tumulo paucis naulus (sic) Severe, rcsurf/is Omnibus in loto lucidus orbe micans.
Un écrivain gentilhomme, soldat-poète dont les œuvres mériteraient une renommée qu'elles n'ont pas, un enfant de Clermont qui y vécut, qui y eut commerce avecJes amis de Grévin et avec Grévin lui-même, qui nous a transmis de celui-ci un curieux souvenir et presque un portrait, voilà un personnage auquel on peut sans hors-d'œuvre consacrer, à l'occasion de Grévin, quelques pages de biographie et de critique.
Simon-Guillaume de La Roque naquit à Clermont (plus exactement, d'après Baillet, à Agnelz-sous-Clermont*) vers le milieu du xvi^ siècle : « J'ay quarante ans passez... », dit-il dans un sonnet imprimé pour la première fois en 1609, mais composé certainement plus tôt, puisqu'un passage du même volume atteste que Tauteur a connu Grévin personnellement. La Roque parle à plusieurs reprises de ses voyages et de ses campagnes. Il fît la guerre en « maints pays >> et pratiqua la vie des cours comme celle des camps. Peut-être suivit-il le duc d'Anjou lorsque celui-ci se rendit en Pologne, en mai 1575, avec une suite nombreuse et brillante. Ainsi s'expliqueraient les vers où il se plaint des glaçons « qui causent à son cœur une froideur extrême », et d'un