‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 200 sur 262 · Baillet, op. cit., t. V, p · texte numérisé non relu

Baillet, op. cit., t. V, p

exil qui « l'esloigne du soleil » et le condamne à vivre en un désert. Dans ce voyage, il se serait trouvé le compagnon d'un homme dont il resta toujours l'ami et le disciple très fidèle en poésie, Philippe Desporles. Comme Desportes, il combattit d'abord Henri IV dans les rangs de la Ligue. Un épisode de cette période de son existence a été rapporté par Racan dans la vie de Malherbe; le passage vaut qu'on le cite : « Les actions les plus remarquables de sa vie et dont je puis me souvenir, sont que, pendant la Ligue, luy (Malherbe) et un nommé de La Roque, qui faisait joliment des vers, et qui est mort à la suite de la reine Marguerite, poussèrent M. de Sully si violemment l'espace de deux ou trois lieues, qu'il en a toujours gardé du ressentiment contre Malherbe.... ' )) Comme Desportes encore, La Roque devint plus tard le partisan très dévoué du Déarnais. « A mon Roy souverain je rend obéissance », dit-il quelque part dans ses Œuvres C lirestiennes. Sully même avait dû oublier toute rancune, si j'en juge par les vers (stances, odes et sonnets) que La Roque lui consacre. Ailleurs, le poète adresse ses hommages au Roi, au dauphin, à la reine Marguerite. Racan nous a appris que La Roque faisait partie, sur la fin de sa vie, de la maison de cette princesse, grande amie de Desportes. En lui dédiant ses œuvres, il lui avouait n'avoir étudié qu'en la conversation des doctes, « comme en la nourriture que j'ay prise, ajoutait-il, chez un Prince remply de sçavoir, de grâce et de mérite, qui jadis eut l'honneur de vous appartenir du costé du père et de celuy de la vertu, qui durant ma plus grande jeunesse ma faict cognoistre la maison des Rois vos prédécesseurs, ou tout ainsi qu'Ulisse, qui n'eut que le monde pour livre, je n'ay eu que ceste Royalle court pour escolle, à qui je dois les fruicts démon apprentissage. » Selon Goujet, La Rocjuc par cette allusion désignerait Henri, légitimé de France, fils naturel de Henri H, qui fut Grand Prieur de France, Grand

\. Cf. Tai.lemant des Hkaux, IHslorieltcSy éd. Paulin Paris cl Monmcrquô, t. I, p. 271.

Amiral, gouverneur de Provence, où La Roque, toujours (l'a|)res Goujel, Faurait suivi, el qui mouriil en 1;)8(), tué par le baron (le Caslellane*. Marguerite témoigna la plus grande bienveillance à La Roque; un sonnet de celui-ci laisserait même croire qu'il était allé très loin, et qu'il n'aurait tenu qu'à lui d'aller plus loin encore, dans la faveur ou dans les faveurs de sa protectrice'. Simon-Guillaume de La Roque mourut en 161 1 ^

Ce courtisan écrivain, ce cavalier ^ui faisait joliment des vers, publia successivement ses poésies, soit à Paris, soit à Rouen, en 1590, 1596, 1597, 1599 et 1602. Plus tard, il donna une édition définitive, réunissant et complétant tout ce qui avait paru isolément, sous ce titre : Les Œuvres du sieur de La Roque de Clairmont en Beauvoisis, Revues, et augmentées de plusieurs Poésies outre les précédentes Impressions. A la Royne Marguerite, Paris, 1609 (pet. in-12 de^8 ff. liminaires, 804 pp. et 14 ff, pour les Tables. On trouve une autre éd., Paris, 1619. D'après Brunet, c'est la même, à laquelle on a mis un nouveau titre après la mort de l'auteur). La place d'honneur dans ce recueil appartient aux Amours, divisées en trois livres : les Amours de Phyllis, les Amours de Charitée, les Amours de Narsize, au total près de 350 sonnets erotiques, entremêlés, suivant la mode du temps, de poésies diverses, stances, complaintes, chansons. Encore de ces éternelles amours! s* écrie avec découragement un des rares critiques qui aient parlé de La Roque*. Il est certain que la monotonie de cette littérature langoureuse peut finir par sembler rebutante. Mais il ne faut pas ne voir que les idées, auxquelles les auteurs eux-mêmes n'attachaient pas tant d'importance, sans le style, auquel ils consacrèrent tant de soins. Il ne faut pas juger

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