Sonnets sur Rome, XI, v. H-lO
L'indiirérence, la sérénité do la nature, devant nos maux et noire disparition, ne le frappe pas. La pillé n'est pas la muse qui inspire les hommes de la Renaissance. Mourons donc sans nous plaindre, puisqu'il faut (jue tout niouie, et consolons-nous parce lieu commun, jusqu'au jour où Cliild-IIarold expirant jettera à la n;ilur(* rinijnvcMlion (1<^ l'Iiuniniiité' î
En passant des idées au style, nous n'hésiterons pas à accorder à Grévin la part d'éloges qui lui revient de droit. Rien à dire de son vocahulaire : comme celui de tous ses contemporains, il reflète très exactement celui de Ronsard. H faut remarquer toutefois que Grévin se montre très sobre de diminutifs, encore plus de mots composés. On en trouvera chez lui un certain nombre et parfois d'assez durs : « l'hironde apporte-esté »', « le grand salémonde' )) pour la mer, « les chevaux porte-feux* » pour le soleil, d'autres du même genre. Mais, en somme, il a su éviter l'abus dans lequel Ronsard est bien un peu tombé quelquefois, et qui rend si agaçante la lecture de certains ronsardisants, adorateurs, comme dit Yauquelin de La Fresnaye, ou imitateurs maladroits du maître, tels que Du Bartas. Ce qui doit surtout arrêter l'attention dans le style de Grévin, c'est l'abondance des images, l'alliance de la noblesse et de la grâce familière, le mélange de la force et d'un certain abandon, la convenance au sujet, le mouvement, l'allure, tout ce qui fait, en un mot, qu'un poète mérite ce nom et prouve qu'il sent du ciel l'influence secrète, pour emprunter une expression de Boileau. Bien entendu, je ne veux pas prétendre que toutes ces qualités existent chez Grévin à un degré élevé et sans défaillance. 11 suffit qu'elles apparaissent quelquefois pour valoir la peine qu'on les signale, vu l'époque. Pour juge?' un j)oè(o du \\f siècle, il faut avoir éiiard à son temps.
1. Ijamakti.ne, Le dernier chant du pèlerinage d'Harold, XLII.