‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 39 sur 262 · Snrni. snr Rome, 1\. v · texte numérisé non relu

Snrni. snr Rome, 1\. v

forment le développement du sonnet XIV des Àntiquitez\ Tout le sonnet XXIV de Grévin est imilé pas à pas, et presque mot pour mot, y compris une fâcheuse pointe qui sent le plus pur pétrarquisme, du sonnet VII des Antiquitez^.

Par la suite, les idées de Joachim Du Bellay prirent un autre cours. Son inconstance naturelle, la pente de son esprit, Fennui de fonctions subalternes, le spectacle des désordres, des ridicules et des scandales qui régnaient autour de lui, causèrent chez le poMe un amer désappointement, qui se répandit dans les Rpfjrets. Avec Grévin, il n'en fut pas de môme. Grévin ne se réveilla pas désillusionné, parce qu'il arrivait sans illusions. Il apportait avec lui ses idées toutes faites, son désenchantement et ses tristesses. N'oublions pas qu'il visitait Rome en exilé, et que l'idée des luttes civiles de sa patrie ne cessait d'assombrir sa pensée :

Je voulus voir les arcz, les tlieatres prisez, Ces colonnes aussy et portiques brisez, Car puisque j'estois nay en saison malheureuse, J'aimois mieulx aller voir les ruines d'aultruy Et m'en esmerveiller, que tousjours plein d'ennuy Voir de mes propres yeux la France ruineuse''.

I.a différence entre les Sonnets sur Borne et les Antiquitez tient ;i hi pensée satirique qui éclate dans les premiers et pour laquelle ils ont été faits. Grévin n'écrit pas une méditation, mais une diatribe. Son idée préférée, c'est que Rome n'existe plus. Rome lui apparaît comme une ville

Dont le nom est plus grand que n'est sa vérité*. Mnqni nominis nmbra ! Ce n'est pas lui qui dirait qu' « encores

<. 1)1.! IUllvv, ('il. M-L., Il, 270 : Comme on passe en esir l<> loîicnf <an>^ «liirii;*'!- .. 2. Ibid., 267 : Sacrez costaux, et voussainctes ruines... ?}. Sonn. sur Hnm(\ VU, v. \)-\\.

\. Ibid., Il, V. :,.

rclient-elle an liiniheau des marques et images d'empire * ». 11 vcMil <]e ses mains lui arracher son diadème :

0 palais enterrez dessoubs vos profondeurs, Tombeaux ensepvelis en voslre propre cendre, Colonnes que le temps en poudre laict espandre, Tbealres all'aissez soubs vos propres hauUeurs'... Asyle autborizë, chevaulx, braves guerriers, Fils d'Apelle et Phidie, antiques pyramides, Braves ponts estendus sur les ondes liquides Que le Tybre conduit des grands lacs montaniers... Vous n'estes rien que cendre'....

Rome ne présente qu'un amas de ruines, qui, elles-mêmes, périssent d'heure en heure. On cherche Rome, on ne la trouve pas. Voilà ce que le poète iépète à satiété, et sous toutes les formes, sans paraître s'apercevoir de l'exagération manifeste où l'entraîne son inspiration protestante. C'est qu'au fond il s'irrite surtout de cette appellation de Ville-Éternelle que les catholiques aiment à décerner à Rome. Pour un protestant, il n'y a pas de' Ville-Éternelle : il n'y a d'éternel que le Très-Haut. Témoin Rome elle-même.

Qui crie en déclarant sa ruine publique,

Que rien n'est éternel que la grandeur de Dieu'.

C'est pourquoi elle subira la loi commune, et disparaîtra. Dans son orgueil, elle s'est « forgé une principauté ». Elle a voulu devenir « des Ames l'Emperière "^ ». Cette domination-là <( ruine et empire » tous les jours et passera comme l'autre. On le voit, les Sonnets sur Rome procèdent du plus sévère calvi-

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