‹ Jacques Grévin, 1538-1570; étude biographique et littéraireChapitre 49 sur 262 · llAAfi. np. cii., I. I, p. 110; t. Mil, p · texte numérisé non relu

llAAfi. np. cii., I. I, p. 110; t. Mil, p

personne ». f/auteur expose en terminant les observations de sa pratique personnelle et les cures qu'il a obtenues.

Nous ne possédons aucune compétence pour hasarder notre avis dans une conlrov(M'se médicale. Qu'on nous permette toutefois de répéter, parce que c'est un lieu commun, la remarque toujours faite à ce sujet : c'est que la question, dès l'origine, se trouvait mal posée, parce qu'on lui donnait une forme absolue. On ne recherchait pas si le nouveau remède pouvait produire des modifications salutaires dans l'économie, administré rationnellement, dans de certains cas et à de certaines doses. (On ignorait d'ailleurs que le minerai d'antimoine contient une certaine proportion d'arsenic.) On voulait qu'il fût ou toujours nuisible ou toujours bienfaisant. On discutait : Si rantimoine est un poison. Les uns y voyaient une panacée, les autres un agent de mort, drévin partageait ce dernier avis. Il répondit à Launay par son Discours de Jaques Greviyi de Clermont en Beauvaisis, docteur en Médecine à Paris, sur les vertus et facultez de V Antimoine. Contre ce quen a escrit maistre Loys de Launay, Médecin de La Rochelle (1556). Ce n'est pas sans peine que Grévin a pu se procurer le livre de Launay. Ceux qui le possèdent le gardent comme « un reliquaire » et refusent de s'en dessaisir, « ce qui fut cause, dit-il, que je visitay par sept ou huit jours toutes les boutiques des imprimeurs et libraires de ccste ville ». Enfin, on lui en préla un exemplaire pour dix ou douze heures. Grévin foit d'abord un « extraict sommaire » de la monographie de Launay, puis il la réfute en forme. Trois points : 1° ce que c'est que l'antimoine; 2° l'antimoine est un poison ; 3'' les antidotes de l'antimoine, ou moyens de se préserver des effets de « ceste drogue dangereuse ». Quant aux observations personnelles de Launay, Grévin n'en prend pas souci, refusant de le suivre sur ce qu'il appelle, avec une ironie confraternelle, « le champ spatieux de ses expériences ».

La dissertation de Launay et le discours de Grévin ne constituent pas de simples spécimens de cette littératuie anlimoniale qui va pendant un siècle produire une véritable bibliothèque

d'écrits de tout format et de toute nature. La Faculté et vertu admirable de r Antimoine, venant après l'éloge de ce remède par Paracelse (éloge extravagant, dit un médecin)*, avait contribué à en propager l'usage bien au delà du cercle de la clientèle que visitait le médecin rochelais. Grévin lui-même porte témoignage de l'idolâtrie qui s'attachait à ce manifeste des antimoniaux. Grévin voyait dans la diffusion de la dangereuse substance un péril pour la santé publique. Il voulait que « le magistrat, lequel a l'entretien de la police en la charge », proscrivît la vente de l'antimoine, puisque c'est un poison. « Que vous servira donc- (jues, Messeigneurs, s'écriait-il, d'avoir défendu aux apothicaires de bailler du sublimé ou de rArsenicle, si vous permettez, et si par connivence vous donnez la main à cestuy-ci^? ». On dirait (ju'il avait deviné la véritable composition du métal incriminé. Son cri d'alarme ne fut pas le seul. D'autres médecins associèrent leurs efforts aux siens. Le 5 août 1566, peu de temps par conséquent après le Discours de Grévin, la Faculté de médecine décrétait solennellement que Fantimoine est une substance délétère, et, comme tel, doit être classé parmi les simples de nature vénéneuse : « Stibium deleterium esse, et inler ea simplicia, qux cenenata qualitate pollent^anuumerandum. » A son tour, le bras séculier intervint : un arrêt du Parlement, rendu cette même année, interdisait, non l'emploi de Tantimoine dans la thérapeutique, mais son usage sans avis ou ordonnance de médecin. Voilà l'action du « magistrat », réclamée par Grévin! L'influence de Grévin, alors âgé de vingt-huit ans, avait été décisive; c'est à elle, Eloy le déclare formellement, qu'il faut attribuer la délibération de la Faculté et Tarrêt du Parlement. Ce point devra être mis en évidence lorsqu'on fera l'histoire, qui mérite bien qu'on récrive, de cette querelle de l'antimoine. « Tout jeune qu'il étoit, dit Eloy, cette compagnie (la Faculté) adoj)ta ses opinions au sujet de certains remèdes qu'il croyait pernicieux. 11 regardoit l'usage

I. M. Haynaih, Les Médecins au temps de Molière. Paris, 1805, p. 175. 'J. Discours sur l'Antimoine, M. 26. Cf. fol. 53 v*.

inlerne des préparations d'antimoine comme une pratique dangereuse.... On eut égard à ses remonlranccs; Tanlimoinc fut hanni do la médecine par un Décret de In F.iciiltr de Paijs (jue le Parlement confirma' ».

Launay ne se tint pas pour liatlu. II lit paraître, à la fin de l'année 1566, la Responce au Discours de maistre Jacques Greviuj Docteur de Paris, qu'il a escript contre le livre de maistre Loysde UÂunay, Médecin en La Rochelle, touchant la faculté de r Antimoine. Il dédiait celle Responce à Jean-Baplisle du Mesnil, avocat du roi au Parlement à Paris. Ce magistrat, dont Loisel fait le plus grand éloge, avait occupé le siège du ministère public dans le procès de l'antimoine, et nous apprenons par la dédicace de Launay qu'il avait conclu à un renvoi de l'affaire pour un supjdément d'information. Enfin, les poêles du cru viennent cette fois encore à la rescousse dans les liminaires du volume. Il en est d'inconnus : Petrus Renaldius, déjà nommé ; le poète latin qui signe : I. L. U., et un poète français nommé Bessart. Deux autres ont laissé quelque trace ; le sieurdeLa Guillotière, « gentilhomme bas poictevin », et Pierre Bouchet. Robert Ribaudeau ou Rivaudeau, seigneur de La Guillotière, était un protestant anobli sous Henri II par une charge de valet de chambre du roi. 11 épousa Marie Tiracjueau, fille du célèbre jurisconsulte, et en eut un fils, André Rivaudeau, auteur d'une tragédie d'Aman. Pierre Bouchet, qui fut lié avec le père de Ronsard', a traduit en vers français la Pandora, poème latin du saintongeois Jean Olivier, évéque d'Angers, traduction (|ui parut à Poitiers en 1548. Connus ou inconnus, ces amis de Launay rivalisent de violence envers Grévin. 11 ne suffit pas à Bessart de lui reprocher d'être hérétique. Les ignorants, ajoute-t-il.

Comme pourceaux souillez en leurs bourbiers treshords Mesprisent d'Orient les plus riches tliresors : Ce que tu fais, Grevin....

i. Eloy, op. cit., t. II, p. 58i).

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