II
Le doc de Berwick réfléchissait avec attention sur tout ce qu'il entendait; il n'était pas dévoué au papisme, comme son père; mais il sentait l'impossibilité d'obtenir du roi et de la reine , à Saint- Germain, qu'ils fissent élever le prince de Galles dans les maximes de la religion anglicane.
c II est important, James, continua la princesse Anne, que vous voyiez le roi Guillaume; je viens de lui écrire pour lui demander un sauf-conduit pour vous et vos amis. Demain Guillaume vous entendra ; songez que de cette entrevue dépend peutêtre le sort de la restauration; demeurez dans ce palais, vous y serez plus à l'abri que dans le club de Tom.
— Est-on jamais tranquille, répliqua le pu-
ritaîn, dans te» mains royaks et k ooté de cette cour infectée de traîtres et de courtisans! V
Marlborough fit un signe négatif à la prwçe^sici» et continua :
« Que pourra faire le prince d'Orange pour la restaura,<ia» , eiigagé coRkine il l'est avec k Hcdknd^? Qui m $ait qwi Gm&yuœe ^st un ambitieim, un homme qui caleule froidement ^s intérêt* ert son avenir? nuwi^ sentiment du cogur^ poi^t d'^ntrainevaeikt pour les nobles choses; digne époux de Marie 9 la plus ingrate des filles. Berwick, dites au roi Jacques qu'il ne peut arriver qu'avec les wighs et la liberté : je réponds de tout s'il s'engage foi de chrétien, car pour sa foi de prince, j'ai quelque raison de me méfier de lui.
— Les wighs sont bien exigeans, MUord.
— On peut l'être quand on donne une couronne.
— On peut trafiquer d'une couronne, mais le peuple ne se vend pas, s'écria Tom.
— Je persiste dans mon idée, reprit la princesse Anne. Rien n'empêche que l'accommodement se fasse par les wighs. En tous ces cas, une conversation avec Guillaume peut être utile : je lui écris ! »
jT^trtrnittr.
c Voici un bien singulier message , Sunderland! dit le roi Guillaume , le visage enflammé de colère.
— Et de quoi s'agit-il , Sire?
— Impossible! continua le roi sans prêter la moindre attention à la question de lord Sunderland; donner un sauf-conduit, à qui ?
au duc de Berwick ! au bâtard de Jacques !
l'homme qui naguère a voulu m'assassiner de compagnie avec une troupe d'aventuriers ; et qui demande cette faveur ? la princesse Anne ! qui peut la pousser à cette démarche? Mariborough, sans doute. »
Lord Sunderland écoutait sans interrompre; et il étudiait toutes ces passions pour saisir le côté favorable et répondre k ces idées impétueuses qui s'entre-choquaient.
« Sa ^fet^ Sir^i la d^arche €ist un peu hardie} mais, eu toui les cas^ la réponse dépend de vous.
— Eh bien^ écrivea à la princesse Anne
que James Stuart est dûment condamné par les légitimes tribunaux d'Angleterre , et qu'il n'est permis à aucun sujet anglais de lui donner asile.
— C'est votre dernier mot, Sire ? »
£t Guillaume laissa échapper une de ces affirmations faibles et timides qu'un honune habile sait deviner.
«c Vius je réfléchis , Sire , plus il me paraît qu'une entrevue secrète avec le duc de Ber* wick ne peut avoir que de bons résultats; il est toujours utile d'interrc^er un ennemi en face. Que pouvez^vous craindre ? le duc de Berwick est presque captif et désarmé; il peut nous indiquer les projets des partisans du roi Jacques : un geste , un regard sont bons à recueillir.
— • Et si l'on vient à savoir cette entrevue , Sunderland, roe répondrez-vous des lords et des communes? comment vous-même, secrétaire d'Etat, couvrirez-vous votre responsabilité ?
— Je la subirai volontiers par la conviction d'être utile au service de Votre Majesté. »
Lord Sunderland avait besoin pour diriger sa conduite politique d'étudier profondément les idées et la situation de Jacques ii ; et il croyait que rien ne lui révélerait plus cette situation et les caractères des deux partis qu'une conversation intime entre le roi Guillaume et le duc de Berwick.
« Et comment cette entrevue pourra-t-elle se tenir secrète? continua le roi.
— Cinq personnes seulement devront la connaître : Votre Majesté , la reine, la princesse Anne , le duc de Berwick et moi ; le jeune Stuart n'est connu de personne à votre cour ; les deux dames d'honneur de la reine, et qui , selon l'étiquette, ne doivent jamais la quitter, sont trop jeunes pour avoir vu les grands jours de Jacques ii ; que craindre dès lors ?
— Vous m'en répondez, Sunderland? »
Et le ministre fit un signe de tête.
— Ecrivez donc : « Guillaume roi, engage « sa parole qu'il sera donné aide et protec- « tion au porteur du présent pendant l'es- « pace de vingt-quatre heures , exceptant le « cas de trahison, ou bien si sa personne f< était reconnue et que la protection de Sa « Majesté ne pût le couvrir. »
— Votre Majesté a mis à l'abri ma responsabilité, et je crois au duc de Berwick assez de courage et d'honneur pour accepter ces conditions. »
Lord Sunderland sonna et le message £ut expédié à Hyde*4Parck où il arriva assea k temps pour que la princesse Anne put le re* mettre au duc de Berwick.
(c Mon cher James , dit la princesse ^ le sauf^conduit est conditionnel ; Guillaume a peur de son parlement; il ne vous donne sa parole de protection qu au cas où vous ne seriez pas reconnu ; je vous engage à vous fier à la loyauté du roi; son serment est une loi ! «
Le duc de Berwick parcourut rapiden^nt le sauf-conduit.
« Que signifie ce cas de trahison jeté en «vant? SerftitHce un moyen d'éluder la protection que m'accorde le prince d'Orange?
— Trahison de roi! s'écria Tom, c'est chose commune; mais nous y pourvoirons:
ne crains rien, duc de Berwick!
— • J'irai en effet avec la même confiance que je «uis v^nti me livrer à la princesse Antie.
— Alleï>-y^ James > ajouta lord ChurchilL Yous n'avez rien à craindre, i»
Une voiture sans armoiries était préparée dans la cour de Hyde^-Parck ; ie duc de Berwick y monta avec la princesse, et l'on se dirigea vers Wittehall. Quelques gardes hollanxiaises veillaient encore; ie duc pénétra par
une porte dérobée jusqu'à Tavant-cabiiiet du roi, où il attendit quelque temps avec la princesse ; enfin Guillaume vint lui - même ouvrir la porte et accueillit Anne et le duc de Berwick avec cet air sérieux et impassible qu'il savait si bien prendre, et qui d'ailleurs était le fond de ce caractère.
« Duc de Berwick ! la princesse Anne m'a fait demander une entrevue avec vous ; je ne l'ai point refiisée;je n'avais aucune répugnance à voir le loyal ennemi qui m'a combattu à La Boyne; mais depuis votre dernière entreprise contre ma vie avec cet intrigant de Barclay, j'aurais hésité à vous accueillir, duc de Berwick; le rôle d'un assassin ne vous convenait pas.
— Le rôle d'assassin ! répondit avec chaleur le duc de Berwick : Jamais ! De quoi s'a-
gissait-il? d'une attaque de vive force; d'un même nombre d'hommes contre un semblable nombre d'hommes; ni plus ni moins; vous avez contraint le roi Jacques à l'exil; je voulais vousy forcer ; je respecte ce sang qui coule dans vos veines : je ne vise point au rôle de Cromwel! je ne foule point aux pieds les têtes royales; Votre Altesse est peut-être destinée à accomplir le grand œuvre de la restauration ; la couronne lui est pesante :
mille difficultés lui sont suggérées par le parlement; le peuple est mécontent; quelle plus noble mission peut lui être réservée ! »
Le roi Guillaume , accoudé sur une haute cheminée , répondit sans s'émouvoir :
« Vous jugez mal la situation, duc de Berwick; et portez de ma part ces paroles au roi Jacques : « La révolution qui s'est opérée
« en Angleterre n'est point une réToIntion « de rues que le caprice populaire accom- <c plit et que le caprice détruit. La cour de « Versailles, comme celle de Sainte-Germain, « ne connaissent que très*impar£siitement ce «c qui s'est passé en Angleterre, et prennent <K l'exemple sur quelques unes des révoltes qui a se sont accomplies en France; la Fronde, a par exemple, qui voulait élever un pou- « voir sur les Barricader; la révolution d'An* « gleterre a été fondée sur des élémens plus « durables,, la propriété et la religion. C'est « la terre, c'est l'Eglise qui ont renversé le « pouvoir de Jacques ii; ces intérêts sont « hostiles à une restauration; je voudrais « rendre la couronne , que je ne le pourrais « pas ; un an ne s'écoulerait pas sans ame- « ner une révolution nouvelle : le roi lac- « ques est catholique, et le catholicisme a n'est pas seulement en opposition avec
« la conscience des sujets anglais j mais avec « la propriété ; il &ut être dans ce pays « roi de l'Eglise et de la grande propriéa té; le roi Jacques ne peut pas l'être; je « maintiens donc dans sa famille une cou- <{ ronne qui sans moi tomberait à terre, « pour devenir la proie du premier occuff pant. »
Le duc deBerwick écoutait avec attention les hautes pensées du roi Guillaume.
ce Mais le droit ! s'écria-t-il ; le droit est indélébile, et si le roi Jacques a été privé de la couronne, était-ce une raison d'en dépouiller cet enfant, votre neveu et l'héritier légitime de ce royaume ?
— J'ai souvent réfléchi à cet enfant, et la pensée de lui restituer cette couronne m'a
préoccupé; vous le croirez, car je suis sans postérité; et que m'importe après tout de transmettre le sceptre à la princesse Anne ou au prince de Galles? Mais mille obstacles s'opposent à l'accomplissement de ce dessein; d'abord mes sujets croiront-ils cet enfant Anglais, véritablement Anglais par le cœur, lui qui a été élevé à Saint-Germain et sous l'aile de Louis xiv , le plus constant ennemi de ce royaume? Ensuite, comment le prince de Galles sera-t-il roi ? quels principes lui ferat-on enseigner sur la prérogative royale et sur la religion ? sera-t-il catholique ou de la religion réformée? Duc de Berwick, vous me direz sans doute que je suis absolu par le cœur et que je ne suis pas anglican ; tout cela est vrai , vous voyez que je vous parle avec franchise; mais au moins ne fais-je pas de déclarations sur le droit divin de ma prérogative ; j'avoue hautement que je tiens
mon pouvoir de la nation et du parlement, sauf ensuite, lorsque ce pouvoir m'arrive, k l'exercer de fait et autant qu'il est en moi ; ensuite, autre chose est pour l'Eglise anglicane que son souverain soit d'une secte dissidente; autre chose est qu'il soit papiste:
tous les sermens qu'on m'a imposés , je les ai prêtés, j'ai pu les prêter; je n'amènerai avec moi ni moines ni jésuites; je ne blesse pas les intérêts de la noblesse qui a acquis les abbayes confisquées et les biens des monastères; je puis faire des mécontens, mais je n'ébranle pas le sol : vous avez de la raison, duc de Berwick ; faites sentir au roi Jacques sa position et la mienne; offrez-lui un grand Etat en dehors de ce royaume ; le trône de Pologne est vacant; le roi de France et moi pouvons le faire élire par des efforts communs. Je sauve la couronne à sa race ; qu'il se résigne à sa destinée; il vise à une autre
grandeur que celle de la terre; il Tatteindra.
— Si c'est au nom de la paix et des intérêts de l'Angleterre, pour votre repos même, que Votre Altesse Royale garde la couronne, répondit le duc de Berwick , qu'elle voie dans quelle crise la révolution a jeté ce pays; partout des mécontens, des conspirations, des guerres; le sol que Votre Altesse croit
avoir affermi tremble sous vos pas Une
restauration répare tout.
— Le sol tremble encore, s'écria le roi GuiDaume, mais il s'aiFermira, soyez -en sûr! Des guerres* je m'y attendais. Tsà changé le droit public en Europe; je reconnais la souveraineté du parlement, je dois combattre pour la faire triompher : quelques victoires du pavillon britannique, et je ré-
{)oilds de l'Europe. Les factions, j'aurai beaucoup à faire ^ mais j'en viendrai à bout à force de sollicitude et de sueurs pour le pays. tJn jour viendra peut-être, Milord, où vous le reconnaîtrez »
tlû bruit se fit entendre; on annonça la reine Marie; Guillaume alla lui présenter la main ; elle salua sa sœur et le duc de Berwick. Marie ne fit point comme la princesse Anne des amitiés au jeune duc ; elle ne parla ni de son père, ni de son enfance ; le duc de Berwick fut même très-frappé de l'air, sec et dur de cette princesse toujours maladive , et que la mort devait bientôt atteindre.
c( Je suis bien aise de votre venue. Madame, dit Guillaume, parce que vous confirmerez au duc de Berwick notre résolution absolue de conserver la couronne d'Angleterre.
Et à qui pourrions-nous la remettre?
répondit la reine-
— A qui elle est due ! s'écria le duc de Berwick avec quelque vivacité.
— A qui elle est due, Milordj à qui le parlement Ta déférée.
— Et votre père? Madame.
— Mon père a droit à mon respect; mais je ne puis lui feicrifier ni les biens de ITglise, ni les droits de TAngleterre.
Et vous portez cette couronne sans.
— Vous votùez parler de remords; oh non! Milord, dites-le bien à mon père; car je remplis un grand devoir.
— Et vous vous coucherez dans le tombeau sans recevoir leur bénédiction ?
— S'ils me la refusent , j'aurai celle de l'Eglise.
— Ah ! ma sœur , s'écria la princesse Anne, quelle douloureuse idée! elle me poursuit et me tue ; nous n'aurons pas la bénédiction de nos parens...., de nos parens ! »
Le roi Guillaume mit fin à cette conversation animée.
a Duc de Berwick , vous connaissez toute ma pensée ; maintenant mettez votre vie en sûreté et quittez l'Angleterre; vous êtes condamné par les cours régulières; votre tête est à prix! il n'est pas en mon pouvoir de vous sauver, et si votre nom
était prononcé dans ce palais, tous seriez perdu. 9
Lord Sunderland ajouta :
a Mais personne ne connaît Milord ; il n^a qu'à passer par la pièce où ses deux compagnons l'attendent, puis à prendreles appar^ temens de la reine : je conduirai Sa Seigneu* rie. »
Et il ouvrit la pièce où se trouvaioit miss Anna Perkins et Tom; Tom s'approcha du duc de Berwick :
«1 £h bien ! que t'a^t-il dit , ce Samuel maudit ? f a*tpil annoncé ses tourmens et pouvonsnous espérer la délivrance de l'Angleterre? »
Lord Sunderland indiqua du doigt leâ ap-
partemens de la reine. Deux femmes étaient assises attendant le retour de Sa Majesté; Tune d'elles regarda avec des yeux de feu le duc de Berwick, et successivement le duc et Anna, puis s'écria d'une voix altérée :
a Yoilà James de Berwick le proscrit ! et toujours avec lui Anna Perkins, sa concubine! »
Milady Arabella, car c'était elle, s'évanouit.
€3ncmVxt.
Dans le palais retentirent bientôt ces mots :
a James, duc de Berwick, le proscrit, est ici; que vient-il faire? n'est-il pas régulièrement condamné par les cours de justice? »
Les soldats de la garde, pour avoir les 1 0,000 livres promises par le lord-maire, cherchaient la tété à prix; bientôt tout le palais fut sur pied, les sentinelles prévenues ; le duc de Berwick tenait dans ses bras lady Russell évanouie, lorque Tom le tirant par son justaucorps, lui dit :
« Tu veux donc te faire pendre comme tes douze compagnons? laisse cette femme et suis-moi.
— Moi! abandonner une femme mourante.
— Ses servantes la feront bien revenir; mais sauvons-nous , sauve-toi ! »
Tom prit violemment le duc de Berwick par la main. Et le duc de Berwick hésitait en-
core ; il retrouvait cet être puissant auqud scm existence était attachée, et il le retroaTait le dén<Hiçant encore à la meurt sans qa'il put détromper cette âme jalouse, et qui se cramponnait à tout son corps pour le persécuter.
Tom n'abandonnait pas le duc de Ber-
wick.
« On vient! s'écriait-il; dépecdie-toi et sépare ton âme de cette âme impure. »
En effet ou entendit dans le palais un bruit sourd ; de toutes parts les officiers de Sa Majesté étaient debout, il circulait mille rumeurs: «r LeducdeBerwickesticille ducde Berwick est caché ! qu'est41 venu £dre? y at-U quelques nouveaux projets contre le roi? »
Tom d'un bras vigoureux avait saisi le duc
de Berwkk et il s'était précipité à travers l'escalier dérobé. Miss Anna était restée, soutenant milady Russell évanouie.
Le duc de Berwick avait traversé la première cour où Georges Barclay attendait ses compagnons.
a Milord, dit sir Georges, nous sommes entourés, impossible de nous sauver.
-*-> Impossible ? dit Tom en souriant; tu ignores donc que rien n'est impossible aux vigoureux compagnons de la foret, aux dignes membres du club de la Tête de Veau ?
Je n'ai qu'un signal à donner pour que la grande catastrophe royale commence, ajou-
ta-t-il avec uijï^sourire infernal.
— Silence ! dit sir Georges Barclay, on s'a-
vance , j'entends le pas d'une compagnie des gardes.
— C'en est fait!» dit Tom; et il tira de sa poche un gros pistolet d'arçon; il fit feu à deux reprises, et aussitôt quelques fusées partirent, et l'on vit une épaisse fumée s'élever du bâtiment du centre du palais.
« Au feu! au feu! » s'écria-t-on de toutes parts , et la grande cloche du château sonna le glas de l'incendie, vieille coutume des Normands *.
a Être infernal! s'écria le duc de Berwick,
* n y eut un grand incendie à cette époque à Wittehall. Le duc de Saint-Simon , dans ses Mémoires y le place à l'année 1698, tom. ii ^ pag. 104.
tu veux donc mêler le nom des Stuarts à tes exécrables projets ! , Wittehall incendié ! Et par qui? par le fils de Jacques ii !
— Valait-il mieux que le fils de Jacques ii fût livré au bourreau et avec lui Tom, le chef et le dernier espoir de la république d'Angleterre I Mais pas d'aussi longs discours^ et sauvon&-nous.
— Sauvons-nous ! Et nous laissons là une femme que j'aime et notre jeûne compagnon , et nous assistons à la ruine de cet immense édifice qu'avait élevé la magnificence de mes ancêtres !
— Le beau lieu de plaisance de Charles ii , ajouta sir Georges Barclay.
— Et de ses impuretés » , répéta Tom.
L'incendie se propageait avec une ra* pidité effrayante^ en serpentant d'un bâti* ment à Tautre; horrible spectacle que la destruction d'un de ces grands palais que tant d'efforts ont élevés ; ces femmes écheveléesy ces courtisans effrayés; et au milieu de cela une clarté comme dans les fêtes ^lendides , des girandoles de feu tout comme au bal : c'est beau comme cette gravure du festin de Balthazar, sublime conception de Martin!
Le duc de Berwick restait immobile.
« Que fais -tu là, James Stuart? reprit Tom ; tu vois comme la main de Dieu s'appesantit sur cet ouvrage de la débauche; Jehova n'a-t-il pas écrit que tout ce qui serait élevé par la main de l'iniquité, serait détruit par le feu? »
£t Ton entendait des voix confuses.
«Je ne sais ce qui me retient, s'écria Georges Barclay , d'en finir avec toi , vieux diable incamé! et il lui montra le bout de sa dague.
— Sans doute encore pour me récompenser de favoir sauvé une seconde fois?
— Malheureuse Arabella! » s'écriait le duc de Berwick.
Et Ton entendit distinctement la voix de miss P^kins : « Du secours ! du secours!
une femme se meurt! »
Au milieu de ce grand tumulte , on ne récoutait pas, la pauvre fille! Et ce fut à la lueur de l'incendie que Georges Barclay l'a-
perçut portant sur ses épaules un corps de femme inanimé.
Quel fiit le douloureux étonnement du duc de Berwick, lorsqu'il reconnut Arabella Russell!
Sir Georges posa la main sur son cœur :
« Elle respire encore, dit-il; ce n'est qu'un évanouissement.
— Grâces en soient rendues au Ciel ! »
La foule devenait grande dans le parc; Tom pressait toujours le duc de Berwick.
«Tu veux donc te faire pendre comme un Saxon, et donner au prince d'Orange la satisfaction d'égorger le fils de Jacques ii? attache -toi à cette femme; jusqu'ici elle
t'a porté bonheur, ajouta-t-il avec ironie.
Viens, suis ta destinée; cette femme, d'ail* leurs , je réponds .de sa vie. Mes amis ne sont pas loin.
Tom la prit dans ses bras, s'approcha de la foule, fit un signe dHutelligence à deux hommes qui saisirent Ar^bella Rusaell et la dé* posèrent sous un arbre.
Puis il revint en toute hâte. « PartOM, il en est temps encore; dans deux minutes nous serions aux mains dès gardes. »
Et il entraîna ses compagnons.
Cependant le château devenait la proie de l'incendie. Tous of s riches lambris pleuvaient en cendres; le roi Goillaume et les princesses s'étaient réfugiés dans le parc; on n'était