‹ Jacques II. à Saint-GermainChapitre 3 sur 7 · II · texte numérisé non relu

II

point maître du feu y et des cris confus présageaient une grande et inévitable destruction.

Le roi Guillaume ^ la tête toute pesante de soucis 9 s'était assis sur la terre ^ entouré d'une compagnie des gardes hollandaises; Télmotion des deux princesses s'épanchait par des larmes; la reine paraissait même éprouver de cruelles douleurs, lorsque deux hommei^ apportèrent à ses pieds Ârabella RusselL

<c Arabella, ma fidèle amie> est donc morte?» s'écria la reine.

Elle se précipita sur elle, et bientôt les secours les plus tendres lui furent prodigués : lady Russell revint , et ses premiers regards se portèrent sur cette scène d'incendie qui dévorait le château.

Elle poussa ce cri :

«r Où est donc, James, duc de Berwick, le proscrit ? où est donc Anna Perkins , sa concubine? »

La reine, qui ne comprenait pas ces paroles, s'imagina que les cris qui avaient retenti dans le château avaient troublé l'esprit de la jeune milady; elle la calma peu à peu; elle était elle-même si troublée !

Quand tout espoir de sauver le vieux palais fut perdu, le roi ordonna de conduire les princesses à Hyde-Parck; la reine Marie était si fatiguée, si émue qu'en arrivant à son appartement une grande crise la saisit; tout à coup ses jours furent en danger ! U jEsillut appeler assistance à l'Eglise d'Angleterre.

€t ^trmmt

J'aime une vieille cathédrale! Quelque chose es^il comparable à ces merveilles dentelées ^ images de la Jérusalem céleste, avec ses saints, ses pontifes, ses vierges et ses

confesseurs? J'aime ces tombeaux où le vieux baron, sur un marbre de mort, porte encore son faucon sur le poing, où le saint abbé, avec sa mitre en tête, donne encore sa bénédiction avec ses deux doigts de pierre, raides et mutilés! Depuis quelques années on badigeonne tant les douzième et treizième siècles! on écrit tant sur les ogives et les vitraux, on abrutit tant l'époque la plus poétique, la plus colorée, que je m'abstiendrai de toute description avec une rigueur aussi grande, aussi scrupuleuse que de ce style de regards de femme ^ de soyeuses chevelures ^ pour lequel, je vous l'ai déjà dit, j'ai très-peu d'admiration.

Dans le vieux palais attenant à la cathédrale, autour d'une table assez frugalement servie, se trouvaient l'évêque de Londres et quelques chanoines qui parlaient dû pa-

pisme, de llrlande et du roi Jacques mainte»

nant à Saint-Germain.

a Quelles que soient ses iautes et ses persécutions, disait l'évéque, Jacques n'en est pas moins notre roi légitime ^ et les évé^ ques ont été dans le droit en refusant le serment à Guillaume d'Orange.

-^ Nous ne devenus point de serme&t, reprit avec yivacité le |;rand diantre, à qui manque aux siens. On nous avait promis la protecticm de nos biens et tous nos privi* léges : que sont-ils devenus?

— L'Eglise n'en doit aucun, ajouta le doyen des chanoines dont le nez ronge de dîmes et de bordeaux , comme le dit Dryden, projetait une ombre vaste dans son assiette. C'est par les statuts tyranni-

ques de Henri viii et d'Edouard vi que l'on nous a impo^ pe tribut impie* d

Et l'évêque sourit en signe d'approbation ;

« Le serment n'est pas dû par le supérieur à l'inférieur, selon les paroles de saint Paul ; il est bien assez de le prêter au prince légitime ! ajouta-t-il.

— A ce prince qui ^t mettre les prélats d'Angleterre à la Tour! s'écria Jle grand chantre.

— Chose oubliée ! reprit l'évêque de Londres; et que n'oublie-t-on pas en faveur d*un roi mi^hmireuxl L'év^qup Laud bénit le saint roi Charles i", qui avait pourtant persécuté ses cheveux blancs!

— La question du serment est résolue, reprit le doyen; il n'engage pas; un pouvoir nul annule tout serment qu'on lui prête.

— C'est ce que les bons et loyaux jacobites ne veulent pas comprendre : ils se refusent au serment, ajouta le théologal; s'il n'en avait pas été ainsi, nous aurions un meillem* parlement.

— Les torys ont des consciences droites et sévères, répondit l'évéque; ils ne s'abaisseront jamais au parjure.

— On ne se parjure pas en subissant une nécessité.

— Le chrétien peut-il adorer de faux dieux !

— Quand, vrais ou faux, les dieux gou-

vernent , il faut bien reconnaître leur pouvoir. Et comment agir dans l'État, si Ton se met hors de l'État? Les jacobites ne savent pas qu'ils ne peuvent servir la cause du roi légitime que par le serment à l'usurpateur.

Qu'est-ce qu'un serment d'ailleurs à un usurpateur, si ce n'est d'obéir tant qu'il aura la force de régner?

— Milords! la princesse d'Orange se meurt, dit en entrant en toute hâte un clerc de l'église.

— Marie se meurt, continua l'évêque de Londres, en lisant une charte sur du blanc parchemin; Guillaume me l'écrit et me demande la bénédiction !

— Je réponds : Dieu ne peut bénir celle qui n'a pas été bénie par son père! »

D'autres lettres appelèrent bientôt l'évèque de Londres auprès du Ut de la malade, et Taustère prélat s'y rendit

£t là étaient réunies une multitude de femmes , tristes et désolées; partout l'image de la mort Ëiuchant des têtes royales dans un palais de marbre et sur des lits de soie : Févéque de Londres entra et s'approcha de Marie.

a A ce moment suprême I Madame, avezvous quelque repentir de votre conduite envers votre père? s'écria le prélat.

— Tai appris de nos ibéologiens, répondit:

la reine avec un sourire de fierté et de dédain y qu'il ne faut pas garder ses repentirs pour la mort. Je n'en ai aucun. »

Elle expira 7 cette femme forte, sans ma-

nifester le moindre regret; elle avait dans sa pensée l'avenir de l'Angleterre; elle était préoccupée d'une haine profonde contre le catholicisme; elle le personnifiait dans Jacques II. Froide princesse, elle n'eut du cœur que pour l'Église anglicane; elle avait quelque chose de la théologie despotique de Henri viii, et Burnett put dire d'elle, dans son oraison funèbre : « Marie , femme d'Is- « raêl, tu sauvas le peuple de Dieu de la c( ruine en face des tentes amalécites, où (c étaient ton père et ta mère! »

^V0\tt» poiitïqm».

Guillaume, triste, pensif, s'en revenait des funérailles de Marie dans les sombres caveaux de Westminster; une nombreuse cour de deuil l'accompagnait; et pourtant, dans la préoccupation de mort qui se pei-

— gagnait sur son visage, des hommes pojiti* ques devinaient d'autres pensées, des soucis plus graves encore. Arrivé dans son cabinet, il retint avec lui Sunderland, et s'assit la tête appuyée sur les deux mains. Sunderland s'attendait à l'orage, et se tint de* bout dans la contenance d'un caractère préparé à tout.

a Eh bien, vous le voyez : êtes-vous assez convaincu, Sunderland, de l'impossibilité d'une transaction avec les partis? La trahison se multiplie autour de moi ; vous l'avez vue à la Hogue sous le pavillon amiral; Marlborough, Shrewsbury, John Russell conspirent tout haut contre ma couronne; les jacobites ont voulu m'assassiner ; ils ont incendié mon palais; ils ont causé la mort de cette reine qui repose là froide sous la pierre de Westminster. Le duc de Berwick est passé en

Ecosse pour soulever les montagnards. Les évéques protestent contre le serment; dans ces circonstances, Sunderland^ les ménage^ mens seraient pusillanimités : on m'attaque par la force, je répondrai par la violence; j'ai fait envoyer ce matin à la Tour John Russell et le duc de Marlborough. Voilà l'oi^ dre ; il me £siut un contre-seing ministériel. Voulez-vous me le donner? »

Sunderland prit la plume , signa , et rendit l'ordre au roi, un peu étonné de ce zèle et de ce dévouement sans observations.

a Vous avez signé Et votre avis , Sunderland ?

— C'est que Votre Majesté a dû longtemps réfléchir avant de prendre une me-

sure aussi grave; elle est capable d'ébranler rÉtat. Les circonstances sont au*-dessus des conseils, et je ne doute pas que la tête habituellement si rationnelle et si froide de Votre Majesté n'ait mûri une telle résolution.

— ' Fatit-il proclamer l'impunité ?

— Non , mais il faut bien frapper, et surtout prendre garde de frapper sur soi-même.

— Marlborough est un traître !

^-^ Je ne le nie point ; mais dans ces temps de révolution qui n'a point été traître? et si mon dévouement peut faire excuser ma franchise , la couronne n'est-elle pas arrivée sur votre tête par une grande et inévitable trahison? Je parle à Votre Majesté comme

à un homme de portée et d'avenir. Je ne le flatte point; l'arrestation des lords Russell et Marlborough est une faute.

— La justice serait-elle jamais une faute !

— Et savez-vous, Sire, que cette arrestation est un acte arbitraire , et que la chambre des lords va réclamer; que voilà un embarras nouveau pour votre gouvernement ! Savez-vous qu'un procès de trahison aux lords Marlborough et Russell retentirait dans les trois royaumes!

— Que faire enfin , Sunderland? faut-il me laisser déborder? On pourra donc tout impunément !

— Suivez une simple maxime d'Etat :

dans un pays comme l'Angleterre , s'attaquer

aux lords y à ceux qui vous ont donné la couronne est un contre-sens , une folie.

Russell et Marlborough sont deux grandes têtes; les faire tomber, c'est tenter une révolution. U faut les avoir pour vous, les ménager sans les craindre. Vous avez besoin de la princesse Anne; elle est héritière de ce royaume : vous l'avez blessée; que Marlborough serve d'intermédiaire à votre réconciliation. Sire, signez l'ordre de la liberté, et je réponds du reste.

— Et la conspiration , Sunderland !

-^ Attaquons-nous aux têtes sans consistance; frappez ce tas d'intrigans, de petits agens subalternes , qui remuent les trois royaumes; mais gardez-vous de toucher à l'épiscopat, aux lords, au parlement; tout cela doit vous servir, viendra à vous, avec

Page 1