II. i
. — Quand ooi a beaucoup péché dans $a jeuA^sse, U faut de grandes expiations; et que de saints roi» ont quitté la pourpre des cours pour la solitude du cloître! il y en a plusieurs exemples en Angleterre^ »
Et le roi Jacques paraissait plongé dans une méditation profonde; il jetait le& yeux sur un gros chapelet à l'image de saint Ignace y qui pendait à sa ceinture, absorbé scHis une niuta:i4;ude de scapulaires.
a Vous avez déjà un pied dans notre ordre, Sire; achevé» Fœwvre sainte à laquelle Dieu vous appelle! vous avez tant péché ! So!uvene3&-vous de vos concupiscences, de lady Churchill et des nombreuses concubines qui ont souillé votre couche ! Vous êtes environné des fruits de ces unions iltégitknes :
mUord Henri) , le duc de Berwick sont des reproches vivans! »
Jacques 9 sanglotant, se frappait fei pcntrine
' et s écriait :
« Miséricorde y Seigneur ! »
Péters s'était jeté à genou^K et entoi>»nait d'une Toix liegubfe le beati chant grégwie»
du Miserere. ♦
Jaicques FaYait imiM et répcmdait k cfaa<|mr vw'se* : Miserere mei ,. miserere mes.
Le jésuite se leva , s'écriant d'une voix solennelle et comme d'inspiration :
ce Sire 9 I^u: vou» aiin<Mice qu'il faut sib^ diquer la ee)<iaroiine en Éaretir cfe Giaii-
laume m, et suivre l'exemple du roi de France, en reconnaissant son pouvoir! »
Et alors Jacques 9e releva avec non moins d'énergie :
«Jamais! Cette couronne , je l'ai reçue de Dieu; elle ne m'appartient pas; je la transmettrai à mon fils le prince de Galles. Le duc d'Yorck, le compagnon de Gfndé et de Turenne ne se déshonorera pas par une lâcheté; mon bras est encore ferme pour l'épée; je saurai la tirer du fourreau , Dieu aidant , avec mes fidèles sujets d'Irlande ^ d'Ecosse et d'Angle- . terre. »
Péters, un peu étonné de cette brusque réponse, craignant d'être découvert, reprit son air d'hmnilité et d'élancement :
• 197 — « Que la volonté du Seigtieur soit Éaite !
— Révérend Père, repondit Jacques avec une douce voix, je ne fais de reproches qu*à moi; vous avez rempli votre devoir :
vous savez si j'aime votre ordre ; Dieu me fera la grâce d'y finir ma vie, mais avec la couronne sur ma tête; car je ne veux reconnaître de légitime successeur que mon fils.
— Votre fils légitime ! reprit Péters; hélas ! Sire, il m'en coûte de rappeler de tristes confessions ! M. de Laùzun ! la reine ! » '
Et Péters se prosternant de nouveau, s'écria :
<c Pardonnez-leur, Seigneur, car il y a dans cette race bien de la concupiscence ! »
Go.ogle
Le roi continuait à s'entrenir gâintement avec le P. Péters, lorsque M"* de-Maintenon s'avaoçg dans Le parc pour déranger la pieu^ conversation , et l'on contimia la visite de Saint^Cyr^ causant toujours du salut ^ des propositions de Jansenius, tandis que Racine, les larmes aux yeux, suppliait Madame d'obtenir pour lui un regard de Ix>uis xiy; ce regard lui manquait a comme le soleil à la pauvre plante , qui nait froide et obscure tant que les rayons bienfaisans ne l'ont pafi réchauffée. »
€0n(ttpmtmt.
La cérémonie étant finie, M"** de Maintenon ramena le roi Jacques dans son carrosse. Péters, monté sm* une mule, suivait les allées de la foret de Saint-Germain qui conduisent de Saint -Cyr au château. Au
fond d'une de ces vertes et sombres allées ^
*.^.rrL, ^M, ^^iM.jL
ce spectacle. Quelle bonne fortune, pour qui est soumis à une continence publique, qu'une femme endormie, et dans un lieu écarté! Tout voir, tout contempler à l'aise, et n'avoir besoin que de retenir son haleine et de marcher à petits pas! De tout voir à tout saisir, le passage est glissant; et déjà les yeux brillans de Péters détaillaient ce beau corps depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds.
Vous souvenez-vous de l'Arioste, de cet ermite, enchanteur décrépit, qui endort Angélique pour salir ses appas de ce baiser amoureux d'un vieillard, semblable à la bave d'une limace sur une rose ? Le désir sous une tête blanchie est comme le feu qui couve sous la neige : il éclate pour s'éteindre sous les flots de la première avalanche. Le père Péters s'avançait tou-
ni
jours davantage : à la fin il imprime ses lèvres flétries sur cette boudie haletante.
La jeune femme se réveille en sursaut ^ s'écrie :
« Tu n'es pas lames de Berwick ! »
Vous eussiez vu le pauvre Père Péters confus 9 interdit; tout dans sa figure, dans son vêtement, supposait du désordre; et surtout ce costume de jésuite qui allait à la situation comme ces madones toutes surchargées de scapulaires , de chapelets aux grains de verres, que les filles aux yeux noirs de Tcrfède ou de Naples placent au chevet du lit où elles sacrifient.
Arabella recula d'effroi en voyant cette figure d'humilité qui s'effiiçait dans les plis de sa robe :
« Que me veux-tu, vieillard? qu'âi-je de commun avec toi?»
Et le Père Péters, rejn^enant ses esprits^ lui dit :
« M^ulame , je recueillais les paroles de votre âme; vous avez nommé le duc de Berwick ! vous connaissez Son Altesse?»
Arabella , qui avait frémi d'indignation et de mépris , se rapprocha à ce nom de Berwick :
« Si je le connais!
— ' Madame y le duc de Berwick est arrivé hier au château , et demain il se promène à cheval dans ces sombres allées.
— Daps ces allées !»
Et Arabella prit son front des deux mains, comme s'il lui pesait de remords et de pensées.
Péters ayait deviné qu'il s'agissait dune grande passion de l'âme; il ayait épié et surpris ce secret.
«Et qui êtes-vous, Madame , pour vous intéresser au fils de Jacques ii ?
— Si vous voyez le duc de Berwick, dite^lui qu'Arabella , plus malheureuse que jamais, est encore sur ses pas! Qu'il se souvienne de sa trahison au château de Russdl. Arabella n'a plus rien, ni honneur, ni pitié, ni larmes; elle a goûté du sang, et cela altère, vois-tu!
-^ Russell! dit Péters à voix basse; cela explique bien des événemens. »
Et le révérend jésuite se livrait à mille réflexions, tandis qu'Àrabella, agitée , s'élançait comme par une convulsion sur son alezan y et s'éloignait à toute bride.
«Ceci, continua Péters, se lierait-il à la trahison de Russell à la bataille de la Hogup? Serait-ce cette Arabella qui aurait révélé le secret de cette défection?
Un désespoir d'amour l'aurait- il entraînée?»
Savoir un secret était tout pour l'espion de Guillaume ni.
Préoccupé de ces pensées, Péters s'avançait vers le château de Versailles , ce
jo«r-là animé de faxi£sires comme dans un jour de fête. On voyait ça et la des piqueurs à grande livrée; on avait marié le drapeau britannique k la bianebe coukiir de FVance; le menmrare des gra»des eaox se mêlait à de délicieux concertsi de mmsique,, et je crois même que la troupe de Mcdîère était invitée à jouer quelques uns de ces intermèdes où chaq^oe mot »t nxi ein^tème de la grandeur de Lom» xiv , ou le génie peirt à peine vau& faire oublier cer vocabulaire de glorieux^ de victorieux j qui retombe à chaque vers sur votveadmiiration rassasiée.
i'^mbaa»A^tuK.
ce L'avez-vous yu ^ moD' cher duc? îl a toutà-fait bon air!
-r^ On iii'a pas de pluâ mai^nifiques manières f un plufi bdi équipage ^ l'ovdre de kL
Jarretière lui sied à merveille : il est d'excellente maison ; son origine se mêle à celle des anciens comtes de Hollande !
— J'ai remarqué ses beaux chevaux de main; ils sont de pure race anglaise , et Lauzun n'en a pas de meilleure encolure.
— Le roi veut que partout on l'accueille par de grandes et belles fêtes !
— Jamais ambassadeur n'a été reçu avec une si grande faveur !
— Savez-vous que le roi lui a donné à tenir le bougeoir à son coucher ?
— Et qui plus est, il l'a fait entrer dans la balustrade de son lit hier matin, le jour que Sa Majesté avait pris médecine.
— Il chasse demain au loup , à Meudon , avec Monseigneur.
— M. le Prince lui prépare une fête à Chantilly. »
Telles étaient les conversations de Ver-* sailles à l'occasion de Farrivée du comte de Portland, ambassadeur extraordinaire du roi Guillaume in; ce n'était partout qu'engouement , qu'honneur à rendre au nouvel envoyé ; les causeries de courtisans ne roulaient plus que sur milord Portlaud, sa bonne mine, ses largesses^ ses équipages magnifiques; les seigneurs, prenant exemple sur le roi , se piquaient à Tenvi de lui préparer de somptueux galas.
Vous connaissez le grand escalier qui de
la belle et grande façade de Versailles vous