II. i
condiût aux jardins 9 monotone et Êistueux monument où tout vous ^int la grandeur et Fennui; de cet escalier descendait Tambasi^deur à la mode , milôi*d Portknd en équipage de chasse : larges bottes jaunes, chapeau à grandes plumes flottantes, fouet à la main; à ses côtés était M. de Torcy; tous deux causaient d'une manière fort animée à l'écart de tous les courtisans.
<c La chose est impossible, disait M. de Tôrcy, jé^ ne vous conseille pas, M. l'ambas* sadèi:\r,.de vous en ouvrir au roi; indép^ida!Q(iment d'un rçfiis certain , vous pourriez, en insistant, mériter sa di$gi^ce et rendre ainsi votre ambassade fort pénible et fort ennuyeuse; le roi pourrait vous défendre la cour et ne plus vous recevoir qu'en audience particulière et pour af&ires.
-^ Cependant, M. de Torcy , le roi mon maître trouverait un nouveau gage d'amitié et d'intii^ité ei^tre les deux couronnes par cette concession ; je n'insisterai pas pour que le prétendant soit renvoyé de France; mais on pourrait le reléguer dans quelque^ provinces plus éloignées du théâtre politique, et délivrer ainsi l'Angleterre des intrigues que les jacobites font jouer depuis l'avènement de Guillaume m. ,
— N'insistes pas, M. l'ambassadeur; je connais le roi : ses opinions sont bien arrêtées sur ce point, et rien ne pourra l'en faire changer. Il croit son hojineur engagé à protéger une royauté malheureuse. .
— Malheureuse, sans doute, mais intrigante et toujours prête à troubler FAngleterre! » ;
Et Ton entendait le bruit du cor dans la vaste cour du château de Versailles^ d'élégans équipages y des dames à cheval; toute cette troupe s*était réunie autour de l'ambassadeur ; la chasse se -dirigea du côté de la foret de Saint-Germain , où d'épais taillis et d'impénétrables sentiers protégeaient le loup , le sanglier et le cerf agile.
L'intention du comte de Portland était de demander, en passant, à M. de La Rochefoucauld, grand veneur, la meute royale de Saint -Germain que l'ambassadeur désirait connaître et essayer. Lord Fitz-Gerald se chargea d'en faire la demande à M. de La Rochefoucauld, vieillard inflexible.
« Faites-moi l'honneur de dire à Milord , répondit M. de La Rochefoucauld, que la meute royale de Saint-Germain est à la dis-
position, mais à la seule disposition de Sa Majesté Jacques II, roi d^ Angleterre, d'Ecosse €t d'Irlande, et pas au service d'aucun autre. » Et comme si la brave meute avait voulu protester contre l'usurpation, TaiUot et FanÊœot firent entendre leur jappement de joie.
LordPoftland fut profondément blessé de ce refus; que pouvait-il contre ce sentiment d'honneur et de loyauté de gentilhomme?
M. de Noailles offrit la propre meute de ses beaux domaines autour de Versailles , qu'il avait acquis par son mariage avec M"' d'Aubigné; et l'on arriva ainsi au rendez-vous de chasse de la foret.
Avez-vous assisté quelquefois à ces vastes chasses où se déploie le luxe brillant des grandes maisons? Ces diiens de piste et
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d'arrêt, ces troupes de valets dp pied k livrée d'or, ces piqiieurs galonUés, des b^ux chevÈtux de main, ces calèche relut- $antes ; ^t puis la Saiiit-Hubert, ré[ouissaiite &ttfa?e ; ce m^uvesteAt extraordinmre daAs la forêt silencieuse, tout cela fait hondirle cœur, exalte les têtes, jusqu'à ce bon déjeuner des rendez-vous de chasse où les pâtés de gibier croulent, démolis par les voraces appétits des chasseurs.
Il y avait donc grand fracas, et le roi Jacques y de son château de Saint^^rérmain , voyait ce mouvement sans com{H*»idre qui pouvait chasser ainsi dans la fprêt royale.
Un de ses officiers vint lui annoncer que tout cet appareil était pour l'honneur de lord Portland et des gentUshonunes anglais à la suite de l'ambassade du prince d'Orange auprès du roi de France.
C'était une habitude de Jacques n, toutes les fois qu'il voyait des gentikhommes anglais , de s'approcher d'eux, de les interroger; il avait un goàt décidé de prosélytisançen poKtixjue œndnè en ^religion; il monta donë à chev^v spi^i duduo de Berr wiok, et se dirigea du côté ijlé I9 focét Dès qu'il apercevait un Anglais de disUnction^ tl cherchait à lui parler; mais tous avaient reçu l'ordre de l'éviter, et quand ils le reconnaissaient, ils s'empressaient d'obéir en te fuyant. Cependant lord Fitz-Gerald, trop jeune pour avoir Gonnu Jacques en Angleterre, > se laisjsa appiïocber, et le roi oommenfa ainsi à causer.
a Cette foret est propice pour la chasse , Milord; mais voUl souveiiez*vous àQ Wodstook et des grands boi$ . de Cantorbery ?
— Oui, Monsieur^ F Angleterre ne cède rien aux plus belles forêts de France.
— - L'Angleterre ne cède pour rien à la France! dit le roi Jacques avec chaleur, et je donnerais tout ce que je possède encore de vie pour quelques heures d'existence dans les Trois^Royaumes. »
Lord Fitz-Gerald le prenant pour un ré* fiigié lui dit :
ce Une amnistie va être proclamée à la suite de la paix de Ryswick, et pourquoi n'en profiteriez -vous pas, si l'Angleterre vous est si chère ?
— Une amnistie de Guillaïune! vous n'y pensez pas , Milord : je me résigne à la volonté du Seigneur; mais demander par-
doû! je suis trop fier gentilhomme pour cela, »
Le roi Jacqpes prononça ces mots avec tant de dignité que lord Fitz-Gerald soupçonna à qui il parlait.
c< Qui êtes-vous donc? s'écria-t-il avec un air de respect qui semblait deviner la réponse.
— Votre père me connaissait bien , Milord ; vous portez ses traits sur votre physionomie ; il me devait un peu sa fortune ^ et ne Tavaisje pas élevé au titre de lord chambellan ! p
En entendant ces paroles , Fitz-G^rald descendit de cheval, mit un genou en terre : telle était alors la puissance de la royauté, même déchue, sur le cœur des gentilshomn^es.
c< Le» ordres sont précis ; Sire; il feut que je m'éloigne; la fortune m'a jeté dans une cause opposée; je dois la servir avec honneur et loyauté; <pie Votre Majesté me pardonne^ Sire, si je ne puis rien pour soii service.
— Servir l'Angleterre , dit Jacques, c'est me servir moi'-méme. Allez. »
Et lord Fitz-Gerald s'éloigna au pas de course.
Pendant ce temj^sle duc de Berwick s'était élancé dans la forêt, suivant les rentiers divers, pour voir, s'il était possible, ce comte de Pbrtland dont le nom retentissait à Saint- Gertnàln cdmnieà Versailles. Tandis qu'il prenait la direction du rendez-vbus de chasse, au détour d'une allée, il aperçoit une femme
à cheval; elle portait en noir un de ces costumes d'amazone que les maîtresses de Charles ii avaient introduit à la cour. Sous un chapeau oraé de plumes sombres, on apercevait une de ces physionomies altérées par le chagrin, et qui cherchent vainement des dissipations dans im monde bruyant et futile ; il y avait dans ses yeux je ne sais quoi d'égaré et de triste; elle avait pénétré dans le plus épais de la foret comme pom* se dérober à une joie de cour qui produisait sur son âme l'effet d'une musique éclatante sur la tête d'un malade; cette femme jeta ses regards sur le cavalier qui s'approchait, et d'un ton de voix funèbre elle s'écria :
<c Enfin je te retrouve, duc de Beryâ^! »
€tpiuation.
Il y a quelque chose qui émeut profondément après les grands orages de la vie , c'est de retrouver dans une rencontre inattendue l'objet d'une passion puissante : qu'on
s'imagine donc le duc de Berwick en face de iady Arabella Russell; cette femme qu'il aimait, et pourtant sa persécutrice, attachée à ses pas comme le bourreau de Séville , bien paré de sa crépine rose, à la tête d'un malheureux libérales.
a Vous ici, Arabella?
— Oui, partout sur tes pas! Il est un dernier défi que je porte à ta vie ; seras-tu aussi lâche que tu as été traître à tes' ser*mens sur la couche adultère d'une femme?»
Elle jeta à ses pieds un gros pistolet d'arçon, et saisit l'autre comme pour commencer un combat à armes égales : c< Allons , James, un peu de courage; prends encore ce qui me reste de cette triste existence !
— Milady, écoutez-moi !
— Va! je suis bien vengée, dit-dle avec un de ces sourires de femme jalouse et satis- Êtite par le sang, et je te dois réparation : la dynastie de toi) père ne règne plus; puis je t'ai dénoncé; j'ai g^né^ bien gagné la prime de dix mille livres; à la Hoguev c'est moi qui rappelai dans le cœur de quelques traîtres l'honneur national qu'ils oubliaient, et ce fut ton image encore que je poursuivais ! Maintenant te voilà fugitif , mendiant quelques secours étrangers; c'est par mes. efforts que la psàx de Ryswick a été précipitée : la France a reconnu Guillaume, grâce à M. de Hariai que j'ai s^ mettre dans mes intérêts; quand on ^'est prostituée une fois, n'estce pas, James, que coûte -t -il de se prostituer mille pour se venger de celui qui vous rendit criminelle et flétrit votre vie ! »
Le duc de Berwick restait comme interdit devant cette femme,
« Eh quoi ! Arabella , les malheurs de la maison des Stuarts sont en partie votre ouvrage? Votre haine a servi la fatalité »
-^ N*as-tu pas causé tous les miens?
n'as-tu pas déchiré comme à plaisir ce cœur et cette tête?
— Arabella, la jalousie vous égare.
— Non, ne l'ai-je pas vu de mes yeux, peut-être?
— Qui ! Anna Perkins ?
— Anna Perkins ! la concubine!
que j'ai seulement persécuté, mais encore elle!...
— Juste ciel! qu'avez- vous, Milady? une pâleur de mort couvre votre front.
— Duc de Berwick, vous n'aimiez donc pas Anna Perkins ?
-^ Jamais, Milady, un tel sentiment n'est entré dans mon cœur ; Anna était trop chaste : elle me suivait cottime une bannière , comme l'image des Stuarts que sa famille défendait par le sang !
— Qu'ai-je donc fait , juste ciel ! vie épouvantable, fatalité, malheur ! répéta milady Russell; Anna Perkins!...
— Eh bien , Anna Perkins?