II. i
à ton parti ; quand les ordres arrivèrent , tu avais quitté TÉcosse; on ne trouva plus que Barclay, Tom et Anna Perkins. Que dirais-je encore? tous trois furent jugés par la cour et déclarés coupables. Je m'en souviens; c'était la veille du jour où je quittai l'Angleterre avec Portland; un écbafaud était dressé devant le palais; et sur les ruines encore fumantes , il y avait écrits ces mots qui me reviennent à la mémoire comme en lettres de feu : Anna Perkins coupable de haute trahison et d'incendie, A trois heures je vis s'avancer les condamnés, car il faut te dire que je portais la cruauté jusquà ce point d'assister aux dernières pulsations des victimes; Anna était calme et belle ; ses cheveux noirs tombaient épars sur ses épaules; le peuple paraissait s'attendrir; moi seule je contemplais sans pitié cette belle proie du bourreau ! A ses
côtés Georges Barclay riait, chantait comme un franc et joyeux cavalier; Tom récitait les imprécations de Samuel contre les rois, et s'écriait de temps à autre : « Peuple stupide ! a tu viens voir comment les tyrans mangent c< les têtes humaines! » Tu frémis, James? ce n'est pas tout. Le bourreau s'empara des.vêtemens d'Anna, et posa sa tête sur le billot; je ne sais si mon imagination jalouse me créait des fantômes ou si c'est réalité, la jeune fille semblait appeler ton nom et l'invoquer ! ce nom fut sa dernière parole , et sa tête roula par terre au pied de l'échafaud!... Te dirais -je ime dernière vengeance? eh bien , je trempai un mouchoir dans son sang pour te l'envoyer... Ce mouchoir, le voilà!
ajouta lady Arabella Russell, pâle, échevelée, les yeux égarés.
- — Horreur!! s'écria le duc de Berwick.
— Trois fois horreur et malédictions»!
répéta lady Arabella Russell en se roulant dans la poussière.
Et l'on entendit au loin un bruit de chevaux; le duc de Berwick releva Milady Russell , l'assit au pied d'un arbre. Alors un piqueur passa annonçant l'arrivée de sa seigneurie le comte de Portland.
Et les fanfares proclamaient que le cerf était forcé ; et la foule des courtisans se pressait dans le rendez-vous de chasse.
« Ce n'est point tout, ce n'est point tout, disait M. de Torcy tout plein de joie; le roi mon maître veut conduire Milord au camp de Compiègne. »
Et lord Bentinck répondait par un gra-
deux sourire qu'il serait très-heureux de voir les escadrons des gentilshommes français.
« Au camp de Compiègne, au camp de Compiègne » ! répondirent les courtisans qui suivaient la chasse; et les chevaux de poste furent préparés pour le départ.
r^fréîiitr.
Tandis que tout retentissait à Saint-Germain du nom de Portland, un simple carrosse de ville, à deux chevaux, pénétrait dans la cour du château; quelques gardesdu- corps de la compagnie écossaise Fen-
aine.
Louis XIV s'avança , fit signe qu'il voulait être seul avec le roi d'Angleterre , tira vers lui un fauteuil , et les deux princes se couvrirent.
« Torcy a dû expliquer à Votre Majesté , dit le roi de France, les circonstances impérieuses qui m'ont forcé au traité de Ryswick. Mes armes avaient été heureuses, mais moï3^ peuple était épuisé ; un cri puissant s'est fait entendre pour la paix ; je n'écoutais
à ma cour, dans la chaire, que des plaintes contre les maux de la guerre et les conquêtes entreprises pour l'éclat de cette couronne; on m'accusait de tout sacrifier à une vaine gloire; la famine désolait le royaume ; les mémoires de mes intendans peignaient sous les plus noires couleurs l'état des finances dans les provinces. Tous mes ministres m'ont conseillé la paix; je l'ai souscrite et ratifiée contre mon cœur; j'éprouvais le besoin de me justifier et de la justifier à vos yeux.
— Je dois trop à Votre Majesté pour qu'il me soit permis de juger sa politique dans cette circonstance, répondit Jacques.
— Vous pouvez la juger, Sire, reprit Louis XIV, car je la condamne au fond de mon cœur; Votre Majesté croit-elle que
je ne sente pas une profonde douleur du sacrifice de principe que j'ai fait à Ryswick?
— Cette paix, en effet, ébranle toutes les couronnées, car la reconnaissance du prince d'Orange est contre le droit. J'ai bien étudié la question des prérogatives royales ; le traité de Ryswick les détruit toutes; désonnais ce ne seront plus les rois qui ré* gneront, mais les parlemens.
— Et qui le sent plus vivement que moi! reprit Louis xiv; il faudra une main de fer pour arrêter ce mouvement de résistance populaire : on jette l'Etat dans des périls infinis ; mais on m'en a fait une nécessité , j'ai dû la subir.
— Votre Majesté n'échappera point à la guerre , continua Jacques ; Ryswick n'est
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qu'une trêve ; les haines subsistent. Souvenez-vous, Sire, qu'un des grands griefs qu'on m'a opposés au parlement, c'est mon alliance avec Votre Majesté. La famille des Stuarts seule pouvait maintenir l'union entre les deux couronnes; la révolution, qui porte Guillaume sur le trône est l'expression d'une antipathie nationale , et contre votre pouvoir et contre votre peuple !
— J'ai prévu cet avenir, Sire, et c'est à ce sujet que je viens vous communiquer un article secret du traité de Ryswick , qui a besoin de la ratification de Votre Majesté, lisez, Sire, et jugez avec maturité et sagesse la condition qu'il impose dans l'intérêt de votre race. »
Et Jacques prit le parchemin, le par-
à rendre la couronne après sa mort à Monseigneur * ?
— Cependant il faut tenir compte de la nécessité; Votre Majesté peut par sa persistance consolider à tout jamais sa couronne dans des mains étrangères.
— Qu'importe! je conserverai au moins dans toute son intégrité un grand principe^ sauve-garde des rois; ce ne sera pas Jacques , souverain catholique des trois royaumes, qui reconnsutra un usurpateur hérétique; il est quelquefois nécessaire, Sire, que l'exemple de fermeté vienne du malheur.
— Mais, répliqua Louis xiv, une abdica-
* Cest ainsi qu*on nommait le dauphin ou héritier de la couronne de France.
puis porter d'autre couronne que celle qui m'appartient par le droit légitime. J'estime les Polonais; niais le peuple anglais est le mien. Ce n'est point à un trône et à une vaine pourpre que je vise. Votre Majesté sait mieux que personne combien le pouvoir est pesant 9 et quels sont ses soucis; je veux conserver intact le principe de l'hérédité que les rois voient de toute part s'ébranler. Dans l'exil comme en Angleterre , le prince de Galles ne me succédera qu'à ma mort; car s'il en était autrement, ce serait reconn£Utre la souveraineté du parlement à mon préjudice : je ne peux le souffrir. »
Puis il ajouta d'un air ir<mique : « Et ce Guillaume qui prétendait n'être venu en Angleterre que pour la délivrer de l'oppression , qui a fait faire des pamphlets contre la légitime naissance du prince de Galles !
comment pourrait -il justifier ce nouvel arrangement en faveur de mon fils? Homme sans parole et sans pudeur^ il se ploie à toutes les circonstances; je veux lui montrer en face un prince fidèle à sa foi et à la hauteur de sa dignité. Sire , la nécessité vous a commandé le traité de Ryswick; je ne le discuterai pas; je le subirai comme vous; mais que Votre Majesté se souvienne bien que parmi tous les sacrifices que la guerre lui a imposés, celui-là est le plus grand, celui qui retentira le plus dans la postérité. La révolution de 1688, par cela même qu'elle a créé un ordre dans un désordre, une légitimité dans l'usurpation, attaque dans son essence la ligne régulière.
Les rois qui portent encore couronne sont aveugles, s'ils ne voient pas que le diadème n'a plus l'éclat de ses feux et de ses prestiges, et qu'il peut toujours y avoir im parent au-
près du trône pour s'en saisir avec le moins de bruit et de dérangement possible , à l'aide d'une majorité corrompue de son parlement ou d'une populace égarée. »
Et Louis XIV serrant encore fortement la main du roi Jacques ^ lui dit : a Je vois comme vous^ mais ce n'est pas moi qui ai voulu le traité de Ryswick; ce sont mes ministres et mon peuple ! »
€t €amp îif €0inpiè^nt.
Louis xiv, renonçant à l'éclat des batailles , voulut se consoler dans la splendeur d'un camp ; le maréchal de Boufflers reçut l'ordre de réunir quatre-vingt mille hommes de toutes armes à Compiègne ; le roi semblait
ainsi dire à Tétranger : « Si je ne fais pas la guerre , ce n'est pas que les moyens me man<* qiient^ mais l'Europe doit la paix à ma modération;» c'était encore de la vanité, titte traduction du nec pluribus impars
Ave»* vous quelques souvenirs de Com* piègne, royale demeure avec ses beaux bois^ ses vastes plaines coupées de ravins , ses petite» hauteurs qui varient et forment admirablettient un champ de bataille? Eh bien, imaginesi-vous cette gt^ande plaine toute remplie de troupes; les dragons avec leu^s hmx& I^onn^is, l^ur culotte de peau, leurs habits, longs et pendans ; M^ de Tessé , Goloriel^général , honteux d'une grande mésaveriture. C'était une espièglerie de M. de Lanzun; il avait persu^é à M. de Te^sfé qu'une des. prérogatives de sa> charge de co* lonel^général des dragons, était de porter un
chapeau gris lorsque le roi passait la revue de ses troupes; or, Louis xiv avait dit en le voyant ainsi accoutré : « Tessé, envoyez votre chapeau au général des moines Prémontrés; » et Tessé était encore tout rouge de ce mot qui avait circulé parmi les courtisans.
Puis, venaient vingt régimens d'infanterie, avec les couleurs distinctives d'orange, violet, vert et bleu , le chapeau à cornes, les moustaches à crochets; l'artillerie avec ses grosses pièces immobiles sur leurs affûts; mille pavillons et tentes, devant lesquels chaque officier avait déployé tant de luxe ! Les colonels s'étaient endettés, les pauvres capitaines ruinés. Louis xiv avait dit : « Je veux que mes troupes soient belles »; et que' n'avait-on fait pour que le roi fut content!
tous les uniformes étaient neufs , les brandebourgs d'or et d'argent renouvelés ; M"* la duchesse de Bourgogne aimait les beaux
unifornles. M. de Boufflers avait pourvu à tout avec une profusion merveilleuse; on ne voyait que tables pleines de mets délicats, servies avec un soin et une attention plus délicats encore.
C'était vers quatre heures du soir, au mois de septembre ; les troupes étaient rangées en bataille par divisions; le roi voulait donner le spectacle de la guerre à M"^® de Maintenon : voici le singulier tableau que présentait le groupe royal, et tous les courtisans en étaient plus préoccupés que du camp de Compiègne ; M"' de Maintenon se tenait dans sa chaise ; le roi debout, appuyé tout auprès des glaces; M""* la duchesse de Bourgogne, assise sur le bâton de devant , faisait des signes d'intelligence à M""' de Maintenon, qui lui répondait également par signes sans ouvrir les stores de sa chaise. Le roi n'avait
d'attention que pour Ifi fayorite; il ne causait qu'avec elle ou avec quelques officiers pour donner ses ordres; M"** de Maintenon baissait les vitres de deux pouces toutes les fois que le roi lui parlait ; souvent Sa Majesté était obligée de frapper à la glace pour se faire ouvrir. A côté de Louis xiv était Jacques II, également debout; pâle, fatigué, il paraissait regarder avec une attention trisite ces belles» trpupes , et particulièrement le corps d'infanterie irlandaise et écossaise qui brillait au milieu de tous les autres dans la plaine, A quelques pas derrière les deux rois se trouvaient les ducs et pairs , les cordons bleus j chuchotant tout bas sur l'attitude de Louis XIV, s]ir ses prévenances pour M"* de Maintenqji, et sur ce petit manégç de conversation qui devait lui casser les reii^s; il n'y avait d'yeux que pour Madame; à quel degré de faveur n'était- elle pas
montée! Le comte de Portiand s'était confondu dans la foule pour n'être pas aperçu du roi Jacques.
Sur le côté droit de la plaine se trouvait, à la tête de sa compagnie, le brave capitaine Ogilvie , revenu naguère des bords du Rhin; sa longue rapière, en main> il attendait les ordres pour les grandes manœuvres. Le mouvement des troupes s'était iiti instant arrêté-, et deux Écossais vêtus de bleu, à brandebourgs blancs, appuyés sur leur longue carabine, causaient avec leur capitaine.
a Ma foi, voilà de bons et braves camarades !
— Belles troupes en effet, mais à quoi servent-elles?
— A quoi servans-nous? reprit Ogilvie.
— Mieux vaudrait les voir se déployer sur la ïoyne, ou planter le drapeau du roi sur les montagnes de nos klans.
« Poui* ne plus la revoir, ma belle, pour ne plus la revoir. »
— Silence, camarades; ne voyez-vous pas le roi Jacques et le duc de Berwick qui s'approchent pour passer la revue de notre brave troupe?
— Silence ! » reprit le colonel Dundee ; et les deux soldats rendirent les honneurs milin taires au roi de la Grande-Bretagne, qui marchait souffrant, soutenu sur le bras d^ son fils.
Tout le corps irlandais , la belle compa* gnie écossaise, étaient réunis dans leur brillant costume , et le duc de Berwick se mit à leur tété pour défiler devant le roi Jacques , qui saluait courtoisement le moindre soldat, l'appelait par son nom, disant tout bas :
ce Le P. Péters a raison, il faut que Dieu a s'oppose dans sa providence à la restaura- « tion du trône d'Angleterre , car avec de a telles troupes ne devrais-je pas être à louer a le Seigneur dalis la cathédrale de Saintce Paul! Mais qu'est-ce qu'un trône ici-bas,, ce auprès de la couronne céteste !»
— Dix mille deux cent cinquante Irlandais tout compté, dit le duc de Berwick, et huit cent soixante-dix Écossais, y compris la compagnie des gardes; eu voilà assez pour repiuer Guillaume et tous ses orangistes.
— Sans doute, répondit le vicomte de Dundee , mais avec un roi qui se donne en spectacle aux genoux d^une vieille femme, que peut-on espérer? »
Et le vicomte de Dundee regardait fixer ment Louis xiv, qui continuait son petit manège avec M""' de Maintenon, ouvrant et refermant les glaces de la chaise pour lui expliquer les mburemens de Tarmée.
ce Ils sont légitimement mariés aux yeux de l'Église , dit le roi Jacques avec assez de vivacité ; le révérend P. de La Chaise l'a affirmé au P. Péters ; la reine d'Angleterre ne serait pas sans cela à ses côtés:
— Votre Majesté m'expliquerait-elle alors comment, avec de si belles troupes, le roi
de France a pu signer la pt^ix humiliante de Ryswick?
— Que voulez-vous, Dundee, les secrets de la Providence l'ont ainsi ordonné; n'allez pas contre la volonté suprême; Dieu ne veut pas qu'on le pénètre.
— Il y a quelque chose de plus que cela; on parle d'une Anglaise qui ^ séduit M. de Harlai, et a fortifié la haine qu'il porte à la cause de Votre Majesté.
— M. de Harlai, je dois le dire, n'a jamais été pour nous; le Seigneur, qui pénètre dans les cœurs et sonde les reins , peut seul expliquer cette antipathie. »
Le duc de Berwick s'était aloi-s éloigné ,.
et passait sur le front de la ligne.
« Mais qu'ai-je donc fait à cette Anglaise pour ainsi me poursuivre? répliqua le roi.
-^ Je l'ignore.
— Et le nom de cette femme ?
— Elle est déjà tristement connue de Votre Majesté; c'est milady Arabella RusseU!
— Encore milady Russell! il y a là un mystère inexplicable ; n'est-ce pas elle qui vous dénonça à Guillaume? dit le roi en rappelant le duc de Berwick.
— De qui parlez-vous , Sire ?
— De milady Russell. »
Et la rougeur éclata sur le front du duc de Berwick :
a Arabella! N'entendrais-je jamais que ce nom-là ! ! !
— Certes, il est bien fait pour exciter votre indignation, Milord, continua Dundee, et si jamais la bonne cause triomphe, il faut exterminer jusqu'à la dernière trace de la famille des RusselF, à laquelle elle s'est unie.
— Et confisquer ses biens au profit de l'Église catholique, ajouta le roi Jacques, en expiation de tant de péchés.
— Qui sait? reprit le duc de Berwick avec chaleur, peut-être cette femme a-t-elle quelque motif légitime pour détester la race des Stuarts.
mmmmmmm
— Fanatisme politique, areugle dévouement pour la défunte princesse Marie et pour Guillaume, dont elle ne quitte pas la cour, dit le vicomte de Dundee.
— Et rien de plus élevé? répliqua le duc de Berwick.
— Impossible, s'écria l'Ëcosâais : la dénûnciatioai est toujours une démarche basse , ignoble.
.—7 Et ai oettefemme était jalouse, ctpeutçtjtfB justement indignée? si régarmnent d'une passion terrible l'a entraînée ?
— yous^étes géi]féreu:$,.duc de Berwick, vous défende^i celle qui ^yous livra!,..
— Dundee, l'action qui vient du cœur
peut être criminelle, elle n'est jamais basse ou ignoble.
— Toute passjon doit être réprimée^ mon fils, reprit le roi Jacques avec une expression d'humilité religieuse; et je n'ai en que trop de passions dans ma jeunesse : je les expie aujourd'hui* Je ypus.engage à écouter sur ce point les saintes exhortations duP. Péters.
— -fiacpr^ Péters, toujours Péters, <lit le duc deBerwick; je soupçonne quelque arrière-pensée dans ces beaux renoncemens aux grandeurs humaine^ dont il nous entretient Si Guillaume le paie pour cda, il joue bien son rôle !
— Quelle idée, mon fils! s'écria Jacques en faisant un grand signe de croix; le démon seul a pu vous l'inspirer ! »
Le roi d'Angleterre se rapprocha du groupe où se tenait Louis xrv.
a Et sait-on^ Dundee, continua le duc de Berwick avec inquiétude, ce qu'est devenue Arabella Russeli ?
— Après avoir en quelque sorte bravé Sa Majesté jusque dans son exil , la misérable est aujourd'hui disparue, et l'on ignore quelle cause l'a fait ainsi fuir, sans indiquer sa retraite.
— • Arabella a disparu ! s'écria le duc de Berwick : où la fatalité a-t^elle pu l'entraîner, la malheureuse!.... »
Un roulement de tambour annonça que Louis XIV allait donner ses ordres pour la petite guerre; Jacques, pensif et la figure
altérée (il avait eu de si grandes émotions pendant cette revue ! ), se replaça à ses côtés ; le duc de Berwick se mit à la tête des Irlandais et des Ecossais, pour se préparer au défilé devant les princes.
On riait beaucoup autour de Louis xiv.
c< Canillac , disait le roi de France , a perdu la tramontane, je n'ai pas compris un mot de tout ce qu'il m'a dit. »
Canillac , en effet , colonel du régiment de Rouergue, était venu prendre les or-r dres du roi pour les manœuvres; et l'aspect éblouissant de Louis xiv et de sa cour l'avait tellement interdit qu'il avait complètement perdu la parole.
Ce fut un beau spectacle que ces armées
livrant un simulacre de bataille; ces gentilshommes à cheval faisant manœuvrer des masses d'inÊmterie et de cavalerie; ils portèrent l'honneur militaire à ce point , qu'aucun des deux corps qui simulaient la bataille ne voulut faire la retraite; il fallut Tordre précis du roi pour forcer Cointy, lieutenant-général , à céder le champ ; ce qui fit dire à Louis XIV :
« Cointy n'aime pas à faire le rôle de battu. » Et le brave officier en pensa mourir de joie.
M*"' de Maintenon avait quitté le camp de Compiègne quelques momens avant la fin du combat : le roi appela lui-même les porteurs de Madame^ qui ennuyée, fatiguée, avait été plus maussade ce jour-là que de coutume. Louis xiv vint dîner, accompagné du roi Jacques, chez M. de
Boufflers. Le mar)êcha| ^e ruin^jf çn pâtés de gibiers , volailles g}f\cées , jet déyqrait se^ yasjtes fiefs dans ying|;7f:ipq tailles copr tinuellement servies. Jacques ii fut reçu sous la tente; il but beaucoup de vin de Champagne y car il avait entièrement fini à Saint-Germain le panier que l'archevêque de Reims lui avait envoyé. Monseigneur se faisait prier pour en donner une provision nouvelle, parce que le bon vin était rare, et qu'on en buvait beaucoup à sa table archiépiscopale.
Et tout ce beau camp de Compiègne se fondit, sans qu'il fut question le moins du monde de la restauration des Stuarts et de nouvelles tentatives pour leur rendre la couronne. Le brave capitaine Ogilvie, brisant son épée de dépit à la tête de ses Ecossais, s'écriait :
a Dire qu'on a vu une si belle armée, et que S. M. Jacques ii, roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande , est encore dans l'exil ! »
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ie bevûBivtlft-^amt.
Toutes les institutions périssent ; la royauté s'en va ; le monde politique s'agite dans des convulsions de mort ; au milieu de ce désordre moral, un fait immense siu*vit encore, c'est la puissance du catholicisme , puissance
de mystères, de pompes, de famille, d'arts et de saintes mémoires. Vains spectacles du monde, qu'êtes- vous àx;ôté des pieuses cérémonies de l'Église , de cet encens qui fume devant l'autel où brille la croix , de ces psau-' mes de pénitence, de cet orgue qui accompagne les beaux chants grégoriens , de ce de projundis de la mort, de ces antiennes de réjouissance , sainte expression de toute la vie de l'homme ! Je lié stiîS jatiiîlîs entre dans une vieille église, avec sa. vierge, ses saints, ses vitraux qui reflètent en mille couleurs l'enfance de Jésus , sa fuite en Egypte ou son sublime sacrifice , sans que mon imagination m'ait reproduit l'immense mouvement qu'imprima au monde là ^fédicaliôti chrétiehne.: Toute, une civîlisajimi' est dkris cette croix de bois qui maJrqlie sur lâ^ terre le triomphe de l'égalité des races et de Ui Uberté politique.
Et ces cérémonies de la semaine sainte , qui ont fait tant réfléchir mon enfance } cette journée de Pâques fleuries , dont parlent tant nos vieux chroniqueurs; ces rameaux parsemés ; ce Jeudi-Saint avec ses autels de fleurs et ses croix voilées de crêpes; ces ténèbres qui reproduisent le chaos! Malheureux pyrrhoniens que nous sommes, quelle émotion nous reste- 1- il? nous creusons, nous doutons pour trouver au fond de tout le vide et le néant.
Devant un de ces autels de deuil , le roi Jacques priait avec ferveur : «Je te rends 'grâce, ô mon Dieu, s'écriait-il, de ce que tu m'as ôté mes trois royaumes; tu m'as ainsi réveillé de la léthargie du péché : si ta bonté ne m'avait pas tiré de cet état de misère, j'étais à jamais perdu; j.e te rends aussi mes très-humbles actions de grâce de
ce que par ton infinie miséricorde tu m'as exilé dans un pays étranger où j'ai appris mon devoir et le moyen de le* pratiquer.»
Et le choeur de l'église répétait avec le son rauqué du serpent l'hymne antique :
f^exilla régis prodeunt.
Derrière le roi se prosternaient la multitude des prêtres irlandais , malheureux exilés qui venaient, comme leur roi, chercher un refuge aux pieds des autels. Et Jacques n continuait sa fervente prière; et le chœur commença les lamentations de Jérémie, expression poignante d'une vie de misères et de déception ; l'église était tendue de noir relevé par des lames d'argent qu'éclairaient çà et là quelques cierges jaunes , lesquels peuplaient les sombres nefs de fantômes et d'ombres
vagues et vacillantes. Le roi Jacques s*unissant aux chants solennels , récitait à pleine voix ce verset : «Rappelez- vous, Seigneur, ce qui nous est arrivé ; considérez et voyez notre opprobre! notice héritage est passé aux étrangers, et notre maison à ceux qui ne nous sont rien. »
Alors on entendit tout à coup un cri de douleur; Jacques était tombé sur le sol froid de l'église, au pied de la croix voilée, tout à côté d'une tombe relevée par quelques débris d'armoiries , vanité mondaine sur la poussière et la mort ; le roi restait sans connaissance , et la paralysie avait atteint un de ses membres; les gémissemens de sa famille vinrent se mêler aux chants de deuil , et l'on entendait les pleurs d'une femme et d'un fils se mêler aux hymmes du Christ sur la croix.
Cependant le roi revenait à lui; sa première parole fut une expression de joie d'être appelé à Dieu le Vendredi -Saint! Il répondait aux sanglots de la reine par des paroles de résignation et de piété !
« Sire, que deviendrons-nous si vous n'y êtes plus ?
— Madame , Dieu prendra soin de vous et de nos enfans. Que suis-je? un homme faible et misérable, incapable de rien faire sans lui, tandis qu'il n'a pas besoin de moi pour accomplir ses desseins.
— Sire, disait-on de toute part, vous n'êtes point menacé encore; vos jours sont précieux ; n'affligez pas la reine et vos enfans.
— Et ne faut-il pas les préparer ? ne dois-
je pas mourir le premier, aujourd'hui, demain peut-être? Je puis regarder maintenant la mort en face. »
Et on déshabillait Jacques de ses premiers vêtemens, et les prêtres furent puissamment édifiés lorsqu'ils virent sur sa chair un dur cilice , une discipline aiguë. Ils s'écrièrent : «Il sera saint aux yeux de Dieu, et le Seigneur permettra des n^iracles sur sa tombe. ».
Triste caractère des rois dévots! ils oublient leur famille ; le peuple et souvent l'humanité, sûrs de tout racheter par quelques coiips dé discipline et la pensée du salut.
B^rnim f^cm.
La cloche de l'égl^e de Saint -Germain sonnait le triste glas des agonisais; il régnait une grande agitation dans ce vieux palais 9 sur le front vénérable de ces confidens du malheur qui avaient suivi la royauté
exilée. On consultait des yeux les personnages plus élevés en naissance qui pénétraient jusque dans la chambre retirée où sur un lit de douleur gissait Jacques u agonisant; depuis huit jours, des spasmes continuels se succédaient, et le roi d'Angleterre voyait venir la mort.
Au dievet de son lit était la reine éplorée; elle aimait le roi de la vieille habitude d'une longue vie commune; elle tenait le prince de Galles sur ses genoux; le duc de Berwick était debout un peu plus loin; puis se groupaient les lords Melfort et Midletton, le chancelier et quelques officiers du palais qui venaient rendre les derniers hommages à la royauté légitime en face du tombeau.
Pour finir ce tableau de dévouement par
une ombre, le P, Péters, agenouillé, demandait à Jacques sa confession générale à haute voix; il insistait particulièrement sur le mérite aux yeux de Notre Seigneur Jésus -Christ d'unç renonciation . à la couronne terrestre pour la couronne du ciel.
c< Et Dieu me pardonnera- 1- il les faiblesses de mon jeune âge?
— Oui, Sire, tous vos désordres seront pardonnes par ce grand sacrifice.
— Et l'enfer ne s'ouvrira point devant moi?
— L'enfer ne peut s'ouvrir devant vous, car vous aurez donné un trône pour votre foi. »
Et tous I^s assistans récitèrent à haute voix la prière des agonisans.
«Mon Dieu! recevez- moi, disait le roi Jacques, dépouillé de cette couronne terrestre. »
Et le père Péters répondait : mjmen^ digne successeur de saint Edouard »
Puis le roi, se relevant un peu sur son oreiller, appela dune voix faible : « Midletton , Midletton. » Et le lord s'avança tristement :
« Sire, que voulez-vous de moi ?
— Midletton^ mon ami, vous voyez quelle puissance donne en face de la mort , le catholicisme?
— Sire, Votre Majesté a toujoui*s montré dans les batailles qu'elle ne la craignait pas.
— Ce n'est pas cela , Midletton ; c'est la foi qui m'inspire cette force , et vous ne l'avez pas, mon ami; voulez-vous me donner un dernier témoignage de votre dévouement, Milord?»
Et Midletton, les yeux baignés de pleurs, baisait la main du roi, jaune et maigrie.
Midletton, rentrez au sein de l'Eglise romaine ; renoncez à l'hérésie imposée à l'Angleterre par Henri vui. » Et malgré sa faiblesse, le roi commença à disserter sur la grandeur de la foi et sur l'origine de l'hérésie.
Midletton l'écoutait dune manière grave.
puis s'attendrissait lorsque le roi invoquait sa vieille amitié.
(c Ne refusez pas ; Milord , la dernière
prière d'un mourant , de votre roi! votre
parole, Middleton, que vous rentrerez dans le sein de l'Église romaine.
— Vous le voulez, Sire ; vous l'exigez
de mon dévouement ; eh bien , je suis catholique.
— Douce victoire! s'écria Jacques; maintenant je puis mourir tranquille. »
Au milieu de ces scènes d'agonie , on entendit un bruit dans la cour; à l'agitation de tous les Anglais, on s'aperçut qu'il se passait
quelque chose d'extraordinaire; peu d'instans après, les deux portes de l'appartement
s'ouvrirent, et Ton annon^ Louis xiv. Le roi de France avait cette haute dignité qu'il savait prendre lorsqu'il s'agissait des grandes affaires de la vie; il était accompagné de Monseigneur et du duc de Bourgogne; en pénétrant <kns ceVûe lugubre assemblée ^ Louis XIV se découvrit et s'approcha du lit où se mourait le roi Jacques.
« J'ai appris, Sire, votre état; j'ai partagé vos douleurs; je viens vous dire que si Dieu dans sa sainte volonté vous enlève de ce monde, mon intention est tjue M. le prince de Galles «oit reconnu et salué comme roi d'Angleterre. »
Et le roi Jacques, qui ne pouvait parler, remercia Louis wv àe ses yeux mourans.
ce Le roi de France reconnaît le prince de
Galles, murmura à voix basse le P. Péters, ma mission est manquée ! que puis-je écrire À Guillaume?»
Tous les Anglais et Écossais ramercièrent le roi de France, en se prosternant devant lui.
« Monsieur, dit Louis xiv au dauphin , embrassez l'héritier de la couronne d'Angleterre »; et Monseigneur s'approdha et pressa dans ses bras le prince de Galles. Il le pouvait dignement, car le dauphin s'était prononcé dans le conedl pour la reoonnaissance de Jacques m. Tous les ministres avaient parlé contre, lorsque Monseigneur s'écria :
« C'en est Êiit des rois, si le prince de Gulles n'est pas reconnu »; et Louis xrv avilit dit : <c< Je suis de l'avis de Monseigneur, d
Cependant le râle de la mont se faisait en-
tendre; le P. Péters ne quittait pas le lit du malade 9 tâtait son pouls, mettait sa tabatière sur ses lèvres, image de ces mauvais anges que les livres catholiques placent au chevet du mourant pour saisir l'âme .qui se détache de la vie corporelle.
a Le moment suprême ^proche » , dit-il; et quelques minutes après il ajouta d'un ton solennel : «cMilords, le roi n'est plus. »
Toute l'assistance fondait; en larmes; le duc de Berwick, calme, résigné pensait à cette triste destinée qui vous prend un homme ou une. race , et vous l'accable de douleurs et de catastrophes jusqu'au tombeau; la reine désolée était soutenue par Monseigneur. Le roi de France s'était approché du lit de Jacques ii, et de ses
mains lui fermait les paupières ; car la vieille famille des Bourbons ne craint pas ces spectacles de deuil, ces frissons de la dernière scène de la vie.
« Le roi d'Angleterre est mort, Messieurs, s'écria Louis xiv avec émotion ; voilà votre nouveau monarque», et il présentait aux assistans le prince de Galles.
God saifc the king^ répondirent les Anglais, un genoui en terre et levant les mains. Le capitaine Ogilvie s'approcha du prince de Galles, et lui dit : «En Ecosse, Sire; que votre Majesté paraisse, et le tyran tremblera dans Hyde-Park. »
Et un jeune homme à la blonde chevelure, qui s'était caché parmi la foule, s'agenouilla tout à coup devant un portrait
qu'il tenait suspendu sur sa poitrine^ couvert d'un crêpe :
« O mon père , noble Monmouth , ton ombre est vengée ! Angleterre, tu triomphes; Jacques est mort dans l'exil!»
On entourait le jeune homme, tandis qu'au coin d'une table le P. Péters écrivait :
« Sire, Jacques n'est plus, et je me hâte « de vous en donner la preanière nouvelle; « mais le prince de Galles est reconnu mal- «f gré nos efforts. »
Ai-je besoin de dire à qui cette lettre était adressée ?
Le duc de Berwick, après ces spectacles de
la mort, résolut de se retirer quelques jours à la Trappe, demeure chérie du roi son père; il y arriva vers la fin d'octobre, au moment où les arbres dépouillés présagent une nature funèbre. Le pieux abbé de l'austère désert vint l'accueillir, et lorsque le duc de Berwick franchit le seuil des cellules, l'église était tendue de noir, et les armoiries d'une grande maison d'Angleterre relevaient ces lugubres tentures qui entourent les cerceuils.
« Vous avez éprouvé les grandes passions de la Vie , dit l'abbé de Rancé au duc de Berwick ; nous rendons les derniers devoirs à une femme qui les a subies puissantes et terribles! Vous la connaissez, duc de Ber* wick ! elle nous avait caché son sexe , et ce n'est qu'au moment suprême qu'elle nous a dit son nom.
— Et quel est encore ce nom? reprit le duc de Berwick en poussant un profond soupir.
— Arabella Russell est là sous ce froid sépulcre», et Fabbé releva le linceul qui cachait ces traits décomposés.
a Arabella !.... »
Le duc de Berwick n'en put dire davantage.
« Rassurez- vous, duc de Berwick, elle est morte catholique et dans le sein de Dieu ; elle avait commis de grandes fautes , mais le Seigneur est miséricordieux !
— Que me reste-t-il au monde ? s'écria le duc de Berwick.
— Une grande cause à venger! reprit Fabbé de la Trappe.
— Je vous comprends : en appeler à Dieu et à mon épée !....»
Cette épée fut puissante pour la Francp; mais elle oublia l'Ecosse et l'Angleterre.
Les annales du pays disent assez ce que fit le maréchal duc de Berwick, et serait -il permis d'ajouter quelque chose à la grande parole de Montesquieu!
Quelqu'un n'en avait pas appelé à Dieu et à son épée , et se trouva convenablement placé entre tous ces événemens; j'entends parler de M. Lloyd. Quelques temps attaché à la cour de France, il passa en Angleterre sous la grande amnistie de la reine Anne, et devint l'un des conseillers influens de la prin*
cesse : caractère de transaction , il sauva sa tête et sa fortune. Aussi , si vous avez jamais un fils , je vous conseille de le faire homme politique}
La famille des Stuarts s'est éteinte dans l'exil. Le dernier fils de la grande race écossaise est mort sous la pourpre romaine , pensionné de quatre mille livres sterling par Georges m. L'histoire a dit quel concours de fautes et d'événemens empêcha la se-
conde restauration. Les partis et les dynasties se perdent comme à plaisir. Si les torys et les jacobites purs s'étaient entendus , et ne s'étaient pas laissés emporter par des répugnances et des récriminations; s'ils n'avaient pas fouillé le passé pour se jeter des reproches à la tête; si tous s'étaient soumis au serment^ avaient marché haut et ferme à la conquête et à l'exercice des droits politiques 9 alors majorité dans le pays, ils auraient imposé à la minorité le roi de leur affection et le principe de leur fol héréditaire.
Les jacobites oublièrent la grande loi du succès; divisés au temps des prospérités, ils se morcelèrent en poussière dans le malheur ; ils s'épurèrent pour le combat comme s'ij s'était agi de partager les dépouilles après la victoire; et puis les entétemens de Jac-
ques II i son espèce, de vocation céleste; de vaines théories sur la prérogative, et cet esprit ergoteur qui s'agrandit dans l'exil et emprunta à l'infortune je ne sais quoi de plus tenace; ce refus d'abdication en faveur du prince de Galles , concession qui replaçait sur une tête légitime cette couronne qu'on ne pouvait plus disputer les armes à la main à Guillaume d'Orange; toutes ces causes condamnèrent la dynastie des Stuarts à dormir loin de ce trône sur lequel une autre race s'était assise. Et pourtant elle ne disparut pas .sans éclat; il y a dans les familles de rois qui s'éteignent un dernier reflet de gloire , et Charles-Edouard se chargea du grand legs de sa dynastie.
Après la mort du roi Jacques ii, le prince de Galles , reconnu et salué par Louis xiv, prit le nom de Jacques m; il fit ses pre-
mières armes en Flandre sous le due de Bourgogne et à Técole de ViUars. On le nommait alors le dievalier de Saint«Geonges.
Guillaume venait de mourir^ et Anne, qui avait tant £Eiit de promesses à Jacques n y saisit la couronne sans ranords. Un psu^lement, dominé psu* les whigs, passa l'acte de succession dans la ligne protestante, et Louis xiv fat obligé de le reconnaître par le traité d'Utrecht; le chevalier de Saint-Georges, exilé de France, cacha sa tête mise à prix ; car dans cette lutte des races royales , on en est encore au droit public des barbares, on se proscrit froid^ient; on tue ses prisonniers. La rébellion de FÉcofôe en 171 5 montra la nullité du chevalier de Saint- Georges. U ne parut un moment parmi les highknders, que pour fuir devant les Écossais de lord Argyte; le comte de Mar,
qui arait relevé la bannière des Stuarts, n'avait rien des grandes ombres de Montross et de Dundee. AccueiHi à Rome, asile de toutes les grandeurs frappées de la foudre 7 Jacques m commença oette série d'aventures rouMuafôsques qui abou* tirent à son maria^ avec Clementtne Sobieska, la jpetite*fille de Sobieski, exilée comme le prince, et qui toia*a»eata par sa vie chevaleresque les paisibles habitudes du prétendant.
C'est de Fiuiion de ces deux grandes races que naquit Otiarles^douard*. Son éducation fut confiée d'abord au dievalier Ramsay, et cehii*ci, écarté par une intrigue de oour, eut pour remplafçant lord Mur-
* Consultez , pour les détails , la savante et curieuse histoire èe Charles- Edouard , par M. Amenée Pichot.
ray. A Page de dix-sept ans, Charles-Edouard parlait correctement l'anglais , l'italien et le français, lorsque, voyageant sous le titre de comte d'Albany, il jeta les yeux pom* la première fois sur cette mer dont les flots inunenses lui rappelaient les triomphes britanniques. L'émotion qu'il en éprouva lut indicible, et toutes les impressions de son voyage s'e£tacèrent devant les nobles souvenirs de l'Angleterre et de l'Ecosse.
En 1 745, après avoir vainement supplié les secours de M"*' de Pompadour, Charles- Edouard seul débarqua parmi les montagnards, et planta son étendard royal dans la terre des Macdonald. Le voilà, le jeune prince, d'abord froidement accueilli, puis réunissant autour de lui les braves klans, couchant sur la dure, enveloppé dans le plaid des montagnes, brandissant sa bonne claymore pour guider les vaillans highlan-
ders, qui au son de leurs cornemuses, marchent sur les canons du général Cope, s'en emparent et menacent Londres.
Toute cette campagne de Charles-Edouard tient du merveilleux. C'est une épopée digne de cette première époque des peuples où tout est encore sous une forme grossière mais grandiose ; on se croit aux héros d'Homère. A Culloden, la fortune se prononce encore contre les Stuarts. Les Hanovriens du duc de Cumberland mettent en fuite les montagnards, comme les Hollandais de Guillaume ni dispersèrent les Ecossais de Montross. Les étrangers maintinrent en Angleterre une dynastie étrangère.
Charles-Edouard né trouva plus cet enthousiasme chevaleresque qui avait secondé
les tentatives de restauration sous Charles ii. II. 19
Sauf les Mans des montagnes, tout resta froid autour de lui, et le peuple, sans se prononcer pour l'un ou pour l'autre parti, attendit la victoire. La doctrine des intérêts avait marché; l'Angleterre, commerçante et industrielle, n'avait plus de ces dévouemens de race, cpn aux temps de dievalerie* soulevaient des populations ^[itières; quelques hardis compagnons se présentaient encore dans la lice , mais les masses demeuraient en dehors. Cette situation des esprits dans nos époques modernes ne doit point échap{^r à tous ceux qui révent de grandes entreprises politiques; il n'y a plus de noms assez magiques, d'affections assez profondes pour remuer ce poids immense d'intérêts matériels qui se groupent autour d'un fait protecteur et accompli contre un droit légitime et aventuré; tout vient échouer contre cette paix bourgeoise qui laisse à chacun la
paisible jouissance de ce qu'il possède. La place publique et le champ de bataille sont Tépouvantail de cette génération d'ordre et de poltronerie sociale.
Charles-Edouard finit sa vie en s'oubliant lui-même dans les excès de l'ivresse; jeune et vaillant cavalier, il prit son siècle à mépris, quand il se vit abandonné et proscrit la couronne en tête. A quel point d'abjection était tombé le cabinet de Versailles , lorsque Louis XV signa Tordre d'arrêter l'héritier légitime du trône d'Angleterre et de l'enchaîner avec des cordons de soie, pour le transporter à la Bastille! La royauté commençait alors à s'en aller; les trônes sont solidaires en révolution : une couronne ne peut être ébranlée sans que toutes en ressentent le contre-coup, et l'époque de la mort de Charles-Edouard ne précède que d'une an-
née la prise de cette Bastille où un prince avait été enfermé pour le crime de légitimité.
La révolution d'Angleterre s'est consolidée parce qu'elle fut un grand fait d'ordre, de propriété et de religion. Les fautes des jacobites, le caractère de Jacques ii, et pardessus tout l'habile et froide conduite de Guillaume ni , le plus puissant caractère de ce siècle , servirent à consacrer une usurpation qui ne venait point de la place publique, mais de la terre, du sol qui ne remue pas. Je prie qu'on ne fasse aucune comparaison absolue avec ce qui npus entoure; ni les choses, ni les hommes ne peuvent se rapprocher. Personne n'aura l'orgueil de se comparer à Guillaume m ; et le malheureux Charles x ne fut ni le compagnon de Turenne et de Condé , ni le prince instruit des
lois et de l'histoire politique de son pays.
Il y a quelque chose qui se ressemble plus profondément 9 ce sont les partis , parce que les passions sont toujours les mêmes, et qu'elles entraînent toujours vers les mêmes fautes et les mêmes abîmes. Jacobites, que fîtes- vous après la révolution de 1688? royalistes, qu'avez-vous fait, et que faites-vous encore aujourd'hui?
^4IB]LIS 0)13 Stm^l^ElS
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