ENDE
[j]ovF^ Elisabeth Iordaens haere dochter sterf den
18 october a° 1678
Christus is de Hope
ONSER HeERLYCKHEYT.
[coLOss. I : 27J. (i)
(i) Ci-gît // Jacques Jordaens, peintre // à Anvers, décédé le // 18
En 1845, après que l'administration communale d'Anvers eût demandé à pouvoir rétablir la pierre tombale, le roi Guillaume II fit exécuter ce travail. En 1877, à l'occasion du troisième centenaire de Rubens, une commission composée de Belges et de Hollandais, fit édifier, avec le concours de l'administration communale d'Anvers, un modeste monument sur la tombe de Jacques Jordaens. Sa pierre tombale ainsi que celle d'Adr. Van Stalbemt, et de G. de Pape, peintres anversois protestants, enterrés aussi à Putte, fut encastrée dans le monument et le tout couronné par un buste très vivant de Jordaens, par Jef Lambeaux, le sculpteur flamand apparenté de très près au grand peintre flamand.
Ainsi s'écoula la vie de cet homme, simple et calme, sans événements extraordinaires, sans grands faits ou gestes, mais exclusivement et entièrement vouée à la pratique de son art. Quel contraste entre cette paisible existence bourgeoise et celle de Rubens ! Celui-ci, courtisan, diplomate, fraya avec les plus grands princes de l'Europe, non seulement comme peintre mais aussi comme ambassadeur, comme favori chargé d'importantes missions. Pas une branche des connaissances humaines à laquelle Rubens n'ait touché. Il s'intéressait aux lettres, à l'histoire, à la science ; il entretenait une vaste correspondance en cinq, six langues avec divers savants, sur les sujets les plus variés ; sa vie fut étroitement associée à l'histoire de son pays et de son temps. Chez
octobre 1678 // et // l'honorable Catherine Van Noort // son épouse décédée le // 17 avril lôSg // et // Mademoiselle Elisabeth Jordaens // sa fille décédée le // 18 octobre 1678 // Christ, en Vous l'espérance de la gloire // Coloss. I : 27.
Jordaens on ne trouve presque rien d'analogue : il vécut relativement isolé dans un cercle d'amis et de commensaux. Il ne quitta sa ville natale que pour faire quelques voyages en Hollande. Il n'alla guère plus loin, et tandis que Rubens faisait grand étalage de son catholicisme, sans jamais mettre un bien profond sentiment religieux dans ses tableaux d'église, Jordaens se crut obligé d'abjurer une religion qui ne concordait plus avec ses convictions intimes et qui ne satisfaisait plus ses aspirations idéales.
Ce ne fut ni un « Uebermensch » à la Nietzsche, ni un Titan dans sa vie et dans son art, comme ce Rubens, devant qui les générations successives éprouvent chaque fois une surprise frisant la stupéfaction. Lors même que la plus noble expression de son génie demeure incomprise, Rubens ne cesse d'imposer l'admiration pour son œuvre formidable.
Cette auréole d'une essence quasi-surnaturelle ne rayonne pas autour de Jordaens. Il n'en est que plus humain, il ne s'en trouve que plus rapproché de nous, et il parvient à nous émouvoir d'autant plus. Chez lui comme chez tant d'autres grands artistes, une harmonie complète régna entre sa vie que nous avons résumée en ses grandes lignes et son œuvre que nous entreprendrons d'étudier de plus près.