‹ JacquesChapitre 4 sur 6 · LE BERCEAU · texte numérisé non relu

LE BERCEAU

Plus que les marronniers et leurs grappes de fleurs Plus que le tiède vent tout pénétré d'odeurs, Les filles dont on voit la nuque un peu plus nue Annoncent des beaux jours la saison revenue. Sentant tout le printemps comme un souffle passer Au milieu de la nuit, plus d'une a repoussé La chaude couverture en bonne laine brune Vers ses pieds, sans ouvrir, au calme clair de lune Dont les murs de la chambre étaient tendus, ses yeux Clos sur la ronde d'or des songes amoureux. Elles ont plus longtemps souri devant leur glace. Le vieux jardin public de la petite place N'a pas assez de bancs pour leurs couples, ce soir.

Elles vont, elles rient, partout on peut en voir Sur le mail et le long du chemin, vers la gare, Où muets dans un coin, lorsque le train démarre, Les tristes voyageurs regrettent de partir. — « Rapides passagers, pourquoi, pourquoi nous fuir, Semblent-elles leur dire, ici la vie est belle, Et chacune de nous est blanche et demoiselle. Si nos pères voulaient vous donner notre main, On joncherait le seuil de l'église, demain, De frais lilas frisés et de ramure verte. Notre lit est tout près de la fenêtre ouverte; Arrêtez-vous ici, devenez nos maris, Nos tabliers sont clairs et nos corsets fleuris, Nous savons préparer des gâteaux pour les fêtes, Chanter de grand matin comme les alouettes. Laver les linges bleus et soigner la maison. La fraise au bois joli va rougir le gazon, Nous irons la cueillir, et nos bottines blanches Ainsi que des pigeons sauteront sous les branches. Gomme les chasselas d'ambre et les muscats noirs Que nourrissent la pluie et le sang des beaux soirs, Le lait pur de la lune et les perles lucides

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