LA REVOLUTION
Créateur et propagateur d’un style nouveau, excessif, outrancier comme tout ce qui réagit, chef d’une école plus enthousiaste des principes du maitre que le maitre lui-méme, David, s'il n’a pas tout inventé, s'il n’est qu’une résultante, tout cependant, dans les arts et jusque dans la mode, tourne autour de lui, se réclame de son nom.
Il est jeune encore, illustre par dela les frontiéres, escorté d’éléves déja glorieux qui l’aiment et l’entourent d’hommages familiers, repas champétres, odes en son honneur. II est recu chez les grands, vit dans la société de célébrités telles que Volney, Talleyrand. II dirige les fétes ‘organisées par M™* de Genlis ot il traduit la Fable en tableaux vivants.
Les Nantais, voulant faire exécuter le portrait de leur maire Kervegan, l’appellent dans leur ville du 26 mars au 26 avril 1790 et le recoivent avec de grands honneurs. Didot lui confie Villustration de sa célébre édition de Virgile dont a son tour il charge ses éléves Girodet et Gérard.
Et quatre ans plus tard, le 13 thermidor an II... Ecoutons Delécluze: « Le représentant du peuple, le peintre David était a la tribune ot il balbutiait quelques paroles sourdes qu’il cherchait, mais en vain, a opposer a la fureur de ses collégues, acharnés a le faire décréter d’accusation. II était pale et la sueur qui tombait de son front roulait de ses vétements jusqu’a terre, ot elle imprimait delarges laches... »
En cette heure terrible se résume tout le bénéfice que David a tiré de la Révolution. Sans doute, toujours attaché au parti le plus avancé, il a, pendant - quatre ans, dirigé les arts et gouverné, protégé les artistes. Mais voici les jour-
nées d’angoisse. A ses ennemis déchainés contre lui, transformant ses
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moindres propos en chefs d’accusation, le mettant a dessein sur le méme rang que Carrier de Nantes, il répond : « Robespierre m’a trompé! »
Non, Robespierre ne I’a pas trompé. Pourquoi l’aurait-il fait? Il ne semble pas que l’Incorruptible ait jamais pris son adorateur au sérieux. II s’est trompé lui-méme. I] croyait en Robespierre comme il avait cru en Plutarque, comme il croira en Bonaparte. Ame simple, esprit sans vertu critique, 4me de peintre, tout occupée d’apparences, psychologie sans repli. Dans la Mort de Socrate, cette Céne des philosophes, il n’a méme pas songé a donner place a la joie dissimulée du mauvais disciple.
« Si tu bois la cigué, crie-t-il a Robespierre, le 8 thermidor, aux Jacobins, . je la boirai avec toi! » Robespierre n’était pas Socrate, et d’ailleurs aucun des disciples de Socrate ne demanda a partager sa coupe. Parole on peut dire puérile.
Une autre fois, quand Marat est décrété d’accusation, il hurle en bégayant : « Je demande que vous m/assassiniez... Je suis aussi un homme vertueux... la liberté triomphera. » Apostrophes délirantes oti se déchargeaient les coléres que sa difficulté d’élocution le forcait a contenir.
Alexandre Lenoir, qui le connut de prés, écrit, et sa premiére phrase nous demeure une énigme : « David éprouva de grands chagrins domestiques que je ne rapporterai pas. Fortement affligé, il cherchait un soulagement a ses peines par une distraction peu ordinaire a ses gotits; ses amis le firent nommer député; il eut la faiblesse d’accepter... »
De toutes fagons, par son ceuvre, par son caractére, David était voué a la Révolution. C’est miracle que Saturne n’ait pas dévoré un enfant de si bonne lignée.
Aux premiers troubles, rien ne lui était plus facile que de se réfugier en Italie ott sa réputation était grande. Il y eft attendu paisiblement l’arrivée de Bonaparte vainqueur et serait rentré en France avec lui.
Au contraire, nous le trouvons toujours a la ligne extréme du danger. Et
s'il n’a pas toujours défendu ses amis au péril de sa vie, si le 9 thermidor ila
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été ou il a feint d’étre malade, disons-nous que le courage tranquille d’un Malesherbes, secondé par le grand Age et la philosophie, est d’autant plus admirable qu'il est exceptionnel. Il faut louer ces historiens de cabinet impitoyables aux défaillances, mais tachons a nous figurer les nuits passées les yeux ouverts dans le noir, sous le signe de la lunette et du triangle, le pas des patrouilles, la porte heurtée...
Il n’est pas sans grandeur, ce dévouement a une cause dont on connaissait déja tous les dangers, ce dévouement d’un homme qui n’en peut rien atlendre, dont toute la vie est déja solidement installée dans son art et qui porte en soi tout son devenir. Et l’on ne saurait taxer de lacheté celui qui, lorsque la réaction semblait devoir reprendre le pouvoir et préluder aux sanglantes représailles, répondait non a Bonaparte quilui proposait de venir le joindre en Italie.
Nous, cependant, félicitons-nous de ceci que David ait vécu ces heures terribles. C’est de ce temps que vient le meilleur de son ceuvre. Le factice, la froideur archéologique empruntés de Rome devaient fondre devant la plus ardente des flammes, s’évanouir devant la vérité poignante, la terrible actualité. Il n’est plus question de bas-reliefs, de statues, ni de beau idéal. Plus de raisonnement, l’enthousiasme allant jusqu’a la fureur et l’angoisse quoti-
dienne de vivre ou de mourir.
Le 7 septembre 1789, M™ David faisait partie d’un groupe de femmes de peintres et de sculpteurs qui, se présentant al’Assemblée nationale, firent don de leurs bijoux 4 la Nation et furent de ce fait admises aux honneurs de la séance.
Mais cette union dans les grands sentiments ne devait pas durer. Dés le mois de novembre de la méme année, plusieurs académiciens réclamérent la révision des statuts de l’Académie royale.
Cette querelle oti David prit aussit6t parti, ne ful pas un des moindres motifs
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de son entrée dans la vie politique. Les politiciens, de leur cété, accueillirent avec plaisir un artiste déja illustre.
David se flattait sans doute de pouvoir ainsi aider au réle éducatif et moralisateur des beaux-arts. I] dira le 29 mars 1793 a la Convention : « Chacun de nous est comptable a la patrie des talents qu’il a recus de la nature; si la forme est différente, le but doit étre le méme pour tous. Le vrai patriote doit saisir avec empressement tous les moyens d’éclairer ses concitoyens et de présenter sans cesse a leurs yeux les traits sublimes d’héroisme et de vertu. »
Et puis, cette Rome qu’il connaissait, comme la plupart deses contemporains, surtout a travers Rollin, et dont, hier encore, il admirait les vestiges surgis des cendres, il se figurait la voir renaitre, vivante cette fois, autour de lui. Quel honneur plus grand que d’en retracer Vhistoire par le pinceau!
L’occasion ne se fit pas attendre. Le Serment du Jeu de Paume était certainement l’acte le plus désintéressé, le plus grandiose des temps nouveaux. Une nation prenant conscience d’elle-méme par ses représentants et résolue a se rendre maitresse de sa destinée... Le 28 octobre 1790, Dubois-Crancé propose a la Société des Jacobins de confier a David le soin de retracer cette scéne. II dit, et ces propos méritent d’étre rapportés pour marquer une fois de plus la distance qui sépare le réve du réel : « Le lieu qui recut les serments d’une grande nation qui a voulu étre libre doit étre 4 jamais voué au silence. Mille fois plus fameux dans sa simplicité que ces Pyramides dont les ruines immenses attestent lantiquité du despotisme, les voyageurs viendront y admirer sa destruction... se reposer sur sa tombe... et c’est la quils prendront la plus grande lecon que jamais ait offerte un monument...
«... Eh bien! messieurs, que le plus énergique pinceau, que le burin le plus savant transmette a nos arriére-neveux ce qu’aprés dix siécles d’oppression la France a fait pour eux..:
«... Disons-leur : nous avons choisi, pour animer notre pensée sur la toile, lauteur de Brutus et des Horaces, ce francais patriote dont le génie a devancé la Révolution... »
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La souscription devait étre lancée par les Amis de la Constitution (Jacobins).
David accepta avec enthousiasme. Il abandonna tous ses travaux pour s’adonner uniquement a cette tache.
Au Salon de 1791 ou, par son intervention, tous les artistes, méme étrangers a Académie, avaient été admis, David exposa & nouveau les Horaces, Brutus, Socrate, puis, pour la premiére fois, les portraits de M™* de Sorcy-Thélusson, celui de sa sceur, M™° d’Orvilliers, enfin un grand dessin & la sépia (H. 0,65 L. 1,05) du Serment. Une note accompagnait ce dessin. « L’auteur n’a pas eu Yintention de donner la ressemblance aux membres de l’Assemblée. » Plusieurs cependant sont reconnaissables.
Pour lexécution du tableau, l’église des Feuillants fut transformée en atelier. La toile mesurait 7 m. 35 de haut sur 10 m. 68 de large.
Bien que le 27 septembre 1791 l’Assemblée nationale efit décidé « que le tableau serait exécuté aux frais du Trésor public et qu’il serait placé dans le lieu destiné aux séances », David cessa d’y travailler dés le mois d’octobre suivant, la plupart des personnages étant devenus des suspects. La toile resta dans l’église des Feuillants, alors occupée par Topino-Lebrun, jusqu’au 25 juillet 1803. Recueillie alors dans les dépéts du Louvre, elle y demeura jusqu’a Vannée 1820, date & laquelle elle fut remise au fondé de pouvoirs de David et déposée dans l’atelier de Gros. Elle fut acquise par l’Etat & la seconde vente de Yatelier du maitre, le 11 mars 1835, pour la somme de 2400 francs. Nous voila loin du discours de Dubois-Crancé.
La partie centrale du tableau (4m. x 6m.50), coupé aumoment de l’adjudication, est conservée au Louvre. Les personnages y sont dessinés nus, les vétements indiqués au crayon. Les tétes de Mirabeau, de Dubois-Crancé, du pére Gérard et de Barnave sont peintes et leur ton trés monté fait prévoir que le
tableau achevé aurait été fortement coloré.
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Tout ce qui touche aux beaux-arts reléve alors de David. On lui confie l’éducation des jumeaux Franque en qui un député a découvert deux prodiges promis ala peinture. A la délivrance des Suisses de Chateauvieux (15 avril 1792), c’est David qui est chargé d’organiser la cérémonie oti paraissent pour la premiére fois les Tables de la loi, les bustes des grands hommes, les vierges vétues de blanc et agitant des palmes. Autour du char de la Liberté, dessiné par le maitre, marchaient les soldats de Chateauvieux, dans leur costume de galériens.
André Chénier qui, peu de temps auparavant, avait dédié & David son ode
Le Jeu de Paume :
Aux lévres de David, roi du savant pinceau Porte la coupe d’ambroisie...
ne peut admettre qu’on glorifie des soldats rebelles :
Arts dignes de nos yeux, pompe et magnificence Dignes de notre liberté,
Dignes des vils tyrans qui dévorent la France, Dignes de l’atroce démence
Du stupide David qu’autrefois j’ai chanté,
« Stupide » est une injure de circonstance. Plus justement, Chénier aurait pu dire que David n’était pas né pour la politique. Ce qui le prouve, c’est quil n’en tira aucun profit.
Il eat pu, sans se compromettre, agir avec plus de prudence. Mais il était entrainé. Prompt a l’enthousiasme, ce qui n’est pas toujours une preuve d’intelligence, peut-étre flatté d’étre distingué pour d’autres qualités que celles qu’on lui reconnaissait communément, il eut, comme dit justement son ami Alexandre Lenoir, « la faiblesse de se croire propre a défendre les droits du peuple. »
A vrai dire, il défendit assez bien les droits des artistes, les prérogatives de
lart, et si les cérémonies tinrent unesi grande place dans ces années troublées
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et contribuérent a faire vivre tant de peintres, de sculpteurs, de graveurs, d’architectes, voire de danseurs, c’est incontestablement 4 David, membre du gouvernement, qu il faut en savoir gré.
On en trouve la preuve dans les paroles que lui adressa Bosio lorsque, le 25 mai 1794, il fit part au Club révolutionnaire des Arts des projets de travaux engagés sur la demande de leur confrére par le Comité de Salut public : « L’expression me manque pour peindre & mes camarades ce que je ressens dans ce moment. C’est un sentiment qu'ils partagent avec moi. Je demande que le président donne l’accolade a David. »
Mais c’est avant la Révolution, et en quelque sorte involontairement, que David, par ses trois grands tableaux, préserva les beaux-arts du contre-coup que leur auraient fait subir les événements populaires. N’oublions pas qu’a cette époque, le commerce des tableaux n’existant pas, les amateurs ayant disparu, les artistes ne pouvaient vivre que par le secours deI’Etat. La peinture, grace aux grandes toiles de David, fut encouragée comme patriotique, républicaine, éducatrice. Au point ot l’avaient fait descendre Boucher et l Académie,
elle efit été considérée comme « un vestige de la tyrannie. »
La renommée grandissante de David le fit élire, le 17 septembre 1792, député a la Convention pour la section du Louvre par 450 voix sur 583 suffrages.
Sa vie politique devait durer vingt-deux mois.
A peine élu, il est nommé, le 2 octobre 1792, membre du Comité de lInstruction ; le 18 du méme mois, il fait partie de la Commission des Arts.
Dés le 26, il monte a la tribune pour demander que soient honorées publiquement les villes de Lille et de Thionville qui ont repoussé les altaques des Autrichiens.
A la séance du 11 novembre 1792, un groupe d’artistes assez peu connus,
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avec ce gotit de l’action en commun qui distingue les médiocres, demanda a la Convention la suppression des académies. David ayant appuyé cette demande, on la transmit au Comité de I’Instruction. I] ne s’ensuivit rien de grave. Le peintre Suvée, qui représentait les idées de ancien régime, fut méme envoyé a Rome parle ministre Roland pour remplacer a la direction de lAcadémie de France Sauvageot, démissionnaire. Mais cette nomination ne fit qu’exciter les coléres. Voulant agir révolutionnairement, les artistes, plus nombreux cette fois, envahirent les locaux occupés par l Académie.
Celle-ci tenta une supréme démarche afin de fléchir David. Elle le nomma adjoint a professeur et invita par lettre 4 venir exercer sa fonction. David
répondit ala romaine :
« Je fus autrefois de lAcadémie »
Davin, député a la Convention nationale.
Le 8 aott 1793, sur un rapport de Grégoire inspiré par lui, | Académie était définitivement supprimée. Le {4 aout, lesscellés étaient apposés sur ses appartements.
Jules David consacre de nombreuses pages pleines de documents a cette querelle. Seuls les historiens de l’Académie peuvent aujourd’hui s’y intéresser. Que la conduite de David n’ait pas été Veffet d’une longue rancune datant de ses premiers insuccés, il est bien difficile de le nier. Mais on peut affirmer aussi que, toute question personnelle écartée, il détestait « le virus académique ». Non sans raison il accusait ’ Académie de perpétuer une tradition faussée et de favoriser les médiocres. C’est le vice commun a toutes les assemblées ott les intrigants finissent toujours par l’emporter et, se dissimulant derriére quelques noms illustres dédaigneux des combinaisons, travaillent a s'agréger des confréres peu dangereux, d’autant plus reconnaissants qu’ils s'attendaient moins a étre distingués, et finissent, a la faveur du nombre, par
mettre la main sur les honneurs et sur les commandes.
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L’Académie royale de peinture et desculpture devait renaitre, le 22 aot 1795, sous la forme d’une section de l'Institut, puis en 1803 sous le nom d’Académie des Beaux-Arts. Suivant le cours ordinaire des choses, elle devait retomber dans les erreurs de sa devanciére et en arriver de nos jours a des résultats sur lesquels il est inutile d’insister.
Ce dont il faut blamer David, ce n’est pas d’avoir abattu celte institution vieillie et malfaisante. c’est, deux ans‘plus tard, d’avoir des premiers accepté dentrer a l'Institut soi-disant régénéré. Il ne devait dailleurs pas s’y trouver plus 4 son aise et, peu de temps aprés sa nomination, il cessa d’assister aux
séances.
Quelques mois avant la suppression de |’Académie, David avait accompli Pacte qui devait marquer toute sa vie, charger sa mémoire et l’atteindre jusque dans sa gloire d’artiste. Le 17 et le 18 janvier 1793, il avait voté la mort du roi. Le peintre de Brutus et des Horaces ne pouvait agirautrement sans mentir a son oeuvre.
Deux passages de Michelet suffisent 4 justifier sa conduite : « Les Conventionnels savaient qu’en frappant le roi ils se frappaient eux-mémes. » Et encore : « Les Conventionnels pensérent que si, retenus par les circonstances atténuantes qui couvraient Louis XVI, ils pardonnaient en luil’appel a l’étranger, Vinviolabilité de la Patrie serail & jamais compromise. Ils crurent ne pouvoir confirmer autrement la croyance dont vivent les nations : la Patrie est sacrée et qui la livre en meurt. »
Ainsi devait penser Carnot lorsqu’il disait : « Nul devoir ne m’a tant coaté. » C’est ce devoir si difficile, si dangereux & accomplir quidonne aux figures des grands Conventionnels cette beauté singuliére née du sacrifice de soi et qu’expriment ces mots de Saint-Just: « Je voue mon nom a l’exécralion de la pos- EETILG. »
La veille de l’exécution du roi, le 20 janvier, le garde Paris assassina le con-
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ventionnel Lepeletier de Saint-Fargeau. Sur un discours de Barére, la Convention décida que les honneurs du Panthéon seraient décernés a la victime. Marie-Joseph Chénier, David et Gossec furent chargés d’organiser la cérémonie.
Lepeletier fut exposé a la foule, couché demi-nu, sa blessure visible, sur le piédestal de la statuede Louis XIV renversée, place Vendéme.
David demande alors « qu’un monument en marbre transmette a la postérité la figure de Lepelelier comme on I’a vu quand il a été porté au Panthéon », puis, quand le buste sculpté par Fleuriot est offert a la Convention par Félix Lepeletier, il fait voter que ce buste sera placé dans la salle des séances, a cété de celuide Brutus.
Un mois aprés, le 29 mars, il offrait a la Convention son tableau représentant Lepeletier mort. Le conventionnel y était représenté tel qu’on l’avait vu a laplace Vendéme. Dans le haut du tableau, nous dit Coupin, était cette inscription :
L’an 1793, 2° de la République A Mice. LEPELLETIER Assassiné pour avoir voté la mort du tyran
J.-L. Davin, son collégue.
Une épée fleurdelisée était suspendue par un fil sur le corps de la victime, traversant une feuille de papier ov se lisait: « Je vote la mort du tyran. »
Le député Sergent, plus connu sous le nom de Sergent-Marceau, demanda que le tableau fait gravé et la gravure « donnée aux peuples qui viendront demander secours et fraternité & la nation francaise. »
Puis l’ceuvre de David fut accrochée dans la salle des séances.
Aujourd’hui plus rien ne reste du tableau. Seul nous en donne une idée un unique exemplaire « d’état », déchiré, de lagravure, conservé a la Bibliothéque nationale. Cette estampe fut exécutée quelques mois plus tard et d’assez mau-
vais gré, d’aprés le dessin de Devosge, par Tardieu, 4 qui David avait donné
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achoisir entre Marat et Lepeletier, et qui opta pour le moins compromettant des deux.
La fille de Lepeletier, que la Convention avait adoptée, devenue par la suite M™° de Mortefontaine, passa dans le camp des ultras, et voulant, non sans quelque naiveté, effacer toute trace de la conduite de son pére, elle acheta a lamort de David le tableau pour la somme alors énorme de cent mille francs. Depuis, l’ceuvre a disparu. Est-elle, comme d’aucuns I’affirment, murée dans le chateau de Saint-Fargeau ; a-t-elle été, comme on|’a aussi prétendu, détruite dans un incendie?
Tous les exemplaires de lagravure furent aussi anéantis et la plaque détruite. Maislaseule épreuve subsistante, reproduite depuis lors & des milliers d’exemplaires, a rendu vains tous les efforts tentés pour faire oublier le régicide. Si le tableau existait encore, il pourrait maintenant revoir le jour sans porter
atteinte a la mémoire a jamais compromise de Lepeletier.
Pendant qu’il peignait — avec quelle fiévre, lui qui d’habitude avancait si lentement! — pendant quwil « enlevait » cette ceuvre, travaillant avec passion d’aprés la nature et son tempérament, lui qui jusque-la s’était efforcé d’ennoblir Pune et d’étouffer Pautre, pendant qu'il bataillail contre l’ Académie ; qu'il organisait la Commune générale des Arts; qu’il réorganisait le Museum; qu’il obtenait la libération des artistes lyonnais Rater et Chinard, emprisonnés par Inquisition romaine au fort Saint-Ange; qu’il faisait ordonner la destruction a Académie de France & Rome de tous les symboles de la tyrannie, mesure qui devait souleverla foule romaine et entrainer la mort de notre représentant Basseville; que, sur l’ordre de Carnot, il dessinait des caricatures contre les Anglais, il ne négligeait pasde peindre en quelque sorte dans la rue, de rendre tangibles et concrets & la foule les événements, les mouvements d’opinion les
plus marquants de cette époque si féconde.
FANS
Translation de Voltaire au Panthéon (11 juillet 1791) ot Vatelier de David figura, vétu a la romaine.
Féte de la Liberté (Les Suisses de Chateauvieux) (15 avril 1792).
Féte dela troisieme Fédération (14 juillet 1792).
Féte de Unité et de l’Indivisibilité de la République ou Féte dela Régénération (10 aotit 1793).
Féte des Victoires (25 décembre 1793).
Féte de l’Etre supréme (8 juin 1794).
Féte de Bara et de Viala (prévue pourle 10 thermidor et dont le programme seul fut publié).
Et les obséques, et les plantations d’arbres...
Le programme de la Féte des Victoires, le moins compliqué de tous, suffira a donner une idée de ces manifestations grandioses quiencombraientsi souvent
les rues de Paris.