‹ Jacques Marquette et la découverte de la vallée du MississipiChapitre 2 sur 4 · LA ROUTE DU MISSISSIPI · texte numérisé non relu

LA ROUTE DU MISSISSIPI

Commençons par rappeler brièvement les faits qui sont certains et incontestés dans l'histoire de cette importante découverte 1 .

Les premiers Européens qui aient vu le grand fleuve furent des Espagnols, sans contredit. Il figure sur une carte espagnole de 1521, sous le nom de rivière de V Esprit-Saint. Un conquistador, Hernando Soto, l'explora depuis son embouchure jusque près du confluent avec le Missouri ; Soto mourut sur ses rives en 1542. Il faut avancer de près d'un siècle pour en trouver une connaissance directe chez les Français du Canada. C'est à Jean Nicolet, interprète, qui vécut près de vingt-cinq ans (1618-1642) au milieu des sauvages voisins des grands lacs du Saint-Laurent, qu'appartient l'honneur d'avoir, le premier de notre nation, approché de très près, peut-être vu leMississipi, Les missionnaires jésuites, dont les relations ont seutes conservé la mémoire de cet humble explorateur, conclurent de ses récits que son grand fleuve allait se jeter dans l'océan Pacifique. Voici, en effet, ce que le P. Le Jeune écrit de Québec, en 1640 :

« Je diray en passant que nous avons de grandes probabilités, qu'on peut descendre par le second grand lac des Huron3 (le lac Michigan), et par les peuples que nous avons nommés dans cette mer (qui est au nord du Mexique). Le sieur Nicolet qui a le plus avant pénétré dedans ces pays si esloignés, m'a assuré que s'il eust vogué trois jours plus avant sur un grand fleuve qui sort de ce lac, il auroit trouvé la mer. Or j'ay de fortes conjectures que c'est la mer qui répond au nord de la Nouvelle -Mexique, etque de cette mer, on auroit entrée vers le Japon et vers la Chine 3 . »

* Voir l'excellent résumé de M. Shea, p. vii-xxxix de son bel ouvrage : The discovery and exploration of the Mississipi valley, with the original narratives of Marquette ', Allouez, Membre, Hennepin [and Anastase Douay, by John Gilmary Shea, with a fac-similé of the newly discovered map of Marquette. New-York, 1852.

3 Relation de ce qui s'est passe en la Nouvelle- France en Vannée 1640 en-

On voit, dans ces paroles, poindre le rêve généreux qui va préoccuper durant longtemps tout ce qu'il y a d'esprits curieux ou entreprenants dans la Nouvelle -France, mais surtout les missionnaires. Les projets de découverte naissent en même temps; car le P. Le Jeune continue :

« Néantmoins, comme on ne sçait pas où tire ce grand lac, ou cette mer douce, ce seroit une entreprise généreuse d'aller descouvrir ces contrées. Nos pères qui sont aux Hurons, invités par quelques AJgon- . quins, sont sur le point de donner jusques àces gens del'autre mer, dont j'a,y parlé cy-dessus (les peuplades à l'ouest et au sud du lac Michigan, notamment les Illinois). Peut-être que ce voyage se réservera pour l'un de nous qui avons quelque petite cognoissance de la langue algonquine. »

Ce voyage était réservé au P. Marquette, qui venait de naître à Laon (1637). En attendant, les informations sur le grand fleuve et les chemins qui y conduisent s'accroissent et se précisent lentement ; on en peut suivre le progrès d'année en année dans les relations de la Nouvelle-France. Bornons-nous à relever les faits les plus saillants.

En 1665, le P. Jérôme Lallemant décrit, d'après les Iroquois, le pays des Ontouagannha, qui habitent le long d'un beau fleuve (l'Ohio), qui les porte jusqu'au grand Lac (leMississipi), où ils ont commerce avec les Européens 1 .

C'est le P. Claude Allouez, « l'apôtre des Outaouacs », qui le premier, donne le nom indigène du Mississipi, dans le récit d'un voyage de près de deux mille lieues qu'il fit sur les bords des lacs Huron, Supérieur et Michigan, de 1665 à 1667. Parlant des Nadouessiouek (lesSioux), qu'il a rencontrés à l'extrémitédu lac Supérieur : « Ce sont, dit- il, peuples qui habitent au couchant d'icy (du lac Supérieur) vers la grande rivière, nommée Messipi. » 11 avait déjà mentionné cette « grande rivière » en parlant des lllimoueho uAlimouek (les Illinois), et il émet,

voyêe au R. P. Provincial de la Compagnie de Jésus de la province de France, par le P. Barthélémy Vimont, supérieur de la résidence de Kébec, ch. x, p. 135 de 1 édition originale (Paris, 1641); p. 36 dans l'édition publiée à Québec, sous les auspices du gouvernement canadien, en 1858. Le P. Vimont a consacré une notice sympathi-

que à Nicolet (Relation de 1643, ch. i).

i Relation de 1661-1662, p. 3. (Nous citerons désormais l'édition de Québec, ou chaque Relation a une pagination spéciale.)

JACQUES MARQUliTTE 1

à ce propos, la conjecture qu'elle « se décharge en la mer vers la Virginie 1 . » Trois ans plus tard, au mois d'avril 1670, cet infatigable missionnaire s'en allait à l'ouest du lac Machihiganing (Michigan), évangéliser les Mascoutins; pour les trouver, il descendit une belle rivière, qui va au sud-ouest, et conduit dans la grande rivière nommée Messi-Sipi 2 . » C'était le Wisconsin qu'il avait descendu; du point où il s'était arrêté, « il n'y a, lui dit-on, que six jours de navigation » jusqu'à la grande rivière.

Le P. Jacques Marquette, qui est venu, en 1668, aider le P. Allouez dans la mission des Outaouais, prend, en septembre 1669, la charge de la mission du Saint-Esprit, vers l'extrémité occidentale du lac Supérieur. Il y reçoit de nouveaux renseignenents, plus étendus, notamment sur le pays des Illinois, sur la grande rivière qui traverse ce pays du nord au sud, et va si loin qu'on n'en sait point l'embouchure (c'est Tlllinois, qui se mêle au Mississipi), enfin sur « une autre grande rivière, qui est à six ou sept journées plus bas que les Ilinois » (le Missouri). Dans la lettre où il communique ces informations, et qui a été écrite au printemps de Tannée 1670, il nous apprend qu'il se prépare à aller, l'automne prochain, commencer une mission chez les Illinois; il a employé ses loisirs de l'hiver à étudier leur langue; en même temps qu'il leur portera la foi, il n'épargnera rien pour éclaircir enfin le grand problème du Mississipi. Le P. Marquette écrit à ce sujet :

« Il est difficile que cette grande rivière se décharge dans la Virginie; et nous croyons plutost qu'elle a son embouchure dans la Californie. Si les sauvages qui me promettent de faire un canot, ne me manquent point de parole, nous irons dans cette rivière tant que nous pourrons arec un François et ce jeune homme qu'on m'a donné, qui sçait quelques-unes de ces langues et qui a une facilité pour apprendre les autres ; nous visiterons les nations qui les habitent, afin d'ouvrir le passage à

4 Relation de 1667, ch. xi-xii, p. 21-23. Ce n'est donc pas en 1670 seulement « qu'on trouve dans les Relations le nom du Mississipi », comme dit M. Gravier (La route du Mississipi, p. 23).. Il y a d'autres erreurs dans son résumé. Avertissons-le que « le P. de Groseilles » (p. 16) n'appartient pas aux jésuites ; c'était un « coureur des bois », dont le vrai nom est, parait-il, Des Groseillers ou Desgrozeliers (Margry, Découvertes; 1. 1, p. ^5 et 84).

* Relation de 1670, p. 99-100.

tant de nos pères, qui attendent ce bonheur il y a si longtemps. Cette découverte nous donnera uneeniière connoissance delà mér ou du S ai, ou de l'Ouest 1 . »

Le P. Marquette ne put exécuter son plan aussi tôt qu'il l'aurait désiré. La crainte des Sioux détermina une transmigration des peuplades qu'il évangélisait ail lac Supérieur; le missionnaire dut suivre son troupeau, en 4671, daus l'île de Missilimakinac (aujourd'hui Mackinac),près du détroit qui jôiut le lac Huron au lac Michigan. Cependant le P. Claude Dablon, supérieur de toute cette mission lointaine des Outaouais, qui avait vivement encouragé les projets du P. Marquette, en commençait lui-même la réalisation, en accompagnant, le P. Allouez dans un second voyage aux Mascoutins ( 1670 -1671J.G3 voyage lui permit d'évangéliser une tribu des Illinois ; en même témp* il recueillit d'abondants renseignements sur cette nation, . ainsi que sur le « Mississipi », dont il décrit le cours jusqu'à la mer d'une manière aussi fidèle que détaillée 2 . En 1672, le P. Dablon fut appelé à Québec comme supérieur générai des missions de la Compagnie de Jésus, dans la Nouvelle-France. Cette nomination devait heureusement bâter l'exécution du grand dessein du P. Marquette. C'est aux efforts du P. Dablon qu'est due, sans aucun doute, la résolution prise par l'intenlànt royal Talon, peu avant son départ du Canada, d'envoyer une expédition officielle à la découverte de la mer du Sud, en suivant le chemin depuis si longtemps indiqué par les missionnaires '. D'ailleurs, l'expédition sera des plus modestes : à cette reconnaissance de tout un nouveau monde, on n'enverra qu'un jeune voyageur hydrographe, Louis Jolliet, de Québec, comme chef, avec cinq hommes montés sur des canots 3 .

i Môme Relation, p. 91 ; cf. p. 80. Cette relation n'a pas été rédigée par le P. De champs (Gravier, La route* etc., p. 19), mais par le P. Dablon.

« Relation de 1871, p. 4347.

3 Voici en quels termes M. de Frontenac, qui était arrivé au Canada au commencement de l'automne de 1672, annonce le départ de Jolliet à Colbert : « AI. Talon a aussi jugé expédient pour le service d'envoyer le sieur Joli et à la descouverte de la mer du Sud, par le pays des Maskoutens et la grande rivière qu'ils appellent Mississipi, qu'on croit se descharger dans la mer de Californie. C'est un homme fort entendu dans ces sortes de descouvertes et qui a desja esté jusque s auprès de cette grande rivière, de laquelle il promet.de descouvrir l'embouchure. Nous en aurons des nouvelles certaines cet esté. » (Mar-gry, I, p. 255.) Louis Jclliet, né en

Dans la commission donnée à Jolliet, il n'est pas question des jésuites : le nouveau gouverneur, M. de Frontenac, est.trop peu leur ami pour demander ouvertement leurs services. Il était bien sous-entendu, cependant, qu'on appellerait l'un d'eux à prendre part à l'exploration, pour l'éclairer de ses lumières. De fait, si Jolliet était le chef officiel, c'est le P. Marquette qui allait être comme le chef intellectuel, c'est-à-dire le guide et le porte-parole de l'expédition. Il n'y eut, du reste, jamais l'ombre d'une compétition entre ces deux honames également droits, désintéressés, qui ne s'inspiraient tous deux que du désir de propager l'Évangile et de l'amour de la patrie.

Jolliet part de Québec, vers le milieu de l'année 1672, pour se rendre à la pointe de Saint-Ignace, où était le P. Marquette. Ils passent ensemble tout l'hiver, occupés à tracer la carte du chemin qu'ils comptent prendre, et à mettre la dernière main aux préparatifs. Enfin, le 17 mai 1673, ils s'embarquent dans leurs canots d'écorce sur le lac Michigan. Suivant la route déjà parcourue plus d'une fois parles PP. Allouez et Dablon, ils pénètrent au fond de la baie Verte et remontent la rivière des Outagamis (Fox river) jusque près de la tête du Wisconsin. Ils transportent leurs canots dans cette rivière, que les missionnaires connaissent depuis 1669 comme un tributaire du Mississipi. Le 17 juin, ils entraient dans le grand fleuve lui-même, « avec une joie qu'on ne peut exprimer. » Après une entrevue d'une poésie touchante avec les Illinois 1 , ils passent successivement l'embouchure du large Pekit a noui, aux flots rapides et bourbeux (le Missouri), et celle de la grande rivière qui vient des Chaounaons (KOhio). Descendant toujours au sud, ils arrivent au village des Arkansas, par 33* environ de latitude. Là ils sont obligés de s'arrêter malgré eux ; car tout leur annonce le voisinage de la mer et des Européens. En poussant

1645, avait été employé par Talion à la recherche des mines de cuivre du lac Supérieur, en 1669. 11 ne trouva pas les mines, mais il sut profiter de son voyage pour explorer le haut Saint-Laurent, dans la région des lacs Érié et Ontario qui était encore peu connue. Voir la Relation de l'abbé de Gallinée, qui se rencontra avec lui près de l'Ontario (Margry, t. I, p. 143-144).

* Cette rencontre a inspiré à Longfellow une des plus belles scènes de Iliawatha (xxn), mais le simple récit du P. Marquette n'est pas moins touchant que les vers du grand poète américain. « Que le soleil est beau quand lu viens nous voir, ô homme blanc! » tel est le salu* par lequel nn chef illinois accueille nos voyageurs.

plus loin, ils s'exposent à tomber aux mains des Espagnols de la Floride, qui sûrement les retiendraient prisonniers, et les empêcheraientde faire jouir laFrancedes fruits de leur découverte. Au reste, le but de l'expédition était atteint. Donc, le 17 juillet, nos voyageurs reprennent en sens opposé leur navigation de plus de 400 lieues. Arrivés à l'embouchure de la rivière des Illinois, ils entrent dans cette rivière et la remontent jusque dans le voisinage du lac Michigan. En septembre, ils étaient rendus de nouveau à la baie Verte. Peu après, Marquette reprenait simplement les obscurs travaux de sa mission de Missilimackinac. Jolliet le quitta au printemps, pour porter à Québec le journal et les cartes qui contenaient les résultats de l'expédition. Un terrible désastre engloutit toutes ces pièces dans le Saint-Laurent, et ne laissa au voyageur que la vie. Cependant., dès le mois de novembre 1674, le gouverneur, M. de Frontenac, pouvait envoyer à Golbert l'annonce de la grande découverte, ainsi qu'un rapport sommaire et une carte, reconstruits de mémoire par Jolliet. Il dut envoyer Tannée suivante la copie du journal de voyage et de la carte qu'avait conservée le P. Marquette 1 .

Les ministres de Louis XIV ne paraissent guère avoir compris la valeur du champ immense que cette exploration ouvrait au génie français. Du moins, ils ne se pressèrent pas d'en tirer un parti quelconque. L'heureux découvreur de 1673, Jolliet, ayant demandé, en 1677, la permission de fonder une petite colonie chez les Illinois, se la vit refuser 2 : et il n'avait encore reçu aucune récompense !

Cependant, le 12 mai 1678, Robert Gavelier de la Salle, seigneur et gouverneur du fort Frontenac, au lac Ontario,

* M. Margry (Découvertes, t. I, p. 257-270) donne la lettre de Frontenac (elle avait été publiée pour la première fois par M. Shea, Discovery, p. xxxiii) ; le rapport de Jolliet ; une relation rédigée par le P. Dablon, aussi d'après les récits de Jolliet, pour la Relation de la Nouvelle-France de 1673, qui ne put être imprimée (elle ne Ta été qu'en 186'*, à New York, et en 1861, dans les Relations inédites de la Nouvelle-France, publiées à Paris, par les PP. Félix Martin et de Montézon, en 2 vol. in-12). Une lettre de Jolliet sur son voyage, datée de « Quebek le 10e octobre 1674, » qu'avait signalée M. l'abbé Faillon, est reproduite dans les Notes pour servir à l'histoire, à la bibliographie et à la cartographie de la Nouvelle- France et des pays adjacents (1513-1700), par l'auteur de la Bibliotheca Americana velustissima (Henri Harrisse), p. 322-<fe3 Pari*, 1872).

* Réponse de Colbert, dans Margry, t. I, p. 329.

obtenait, sur la recommandation du comte de Frontenac et du prince de Conti, un ample privilège pour former des établissements et faire des découvertes dans la partie occidentale de la Nouvelle-France jusqu'à la Floride et au Mexique 1 . Qu'avait-il fait jusqu'alors pour l'exploration de la grande vallée du Mississipi? La première de ses entreprises dans cette direction, sur laquelle on ait des données positives, c'est le voyage qu'il fit en 1669-1670, aux lacs Ontario et Érié, puis sur l'Ohio. D'après les récits de3 sauvages, conformes à ceux qu'avait reproduits le P. Lallemant dès 1662, La . Salle conjecturait alors que l'Ohio se jetait dans la mer Vermeille, et ainsi ouvrait le passage tant désiré vers la Chine et le Japon 8 . L'honneur lui appartient, croyons- nous, d'avoir, le premier des Français, reconnu et suivi cette grande rivière dans une partie considérable de son cours. Nous aurons à examiner s'il y a quelque raison d'admettre, avec M. Gravier, qu'il l'ait suivie jusqu'au Mississipi, soit dès cette première expédition, soit dans les années suivantes, de 1671 à 1673.

^Après la découverte de Jollietet de Marquette, LaSalle tourna toute son activité vers le grand fleuve. Arrao de la carte et du journal de voyage de ses deux prédécesseurs 3 , il entreprend de répéter et d'achever leur exploration. Une première expédition, assez mal combinée, en 1679-1680, ne lui valut guère que des échecs ; le seul résultat de quelque importance fut la reconnaissance par un de ses compagnons, le P. Hennepin, d'une partie du haut Mississipi, depuis l'embouchure de 1 Illinois, au sud, jusqu'aux chutes de Saint Antoine, au nord. La Salle, qui ne se décourageait jamais, recommença ses efforts en 1681. Après avoir descendu la rivière des Illinois, il atteignait enfin le Mis-

1 Demande de la Salle et permission, ibid. p. 329-338.

2 Op. /., p. 330. La date de ce voyage et son but sont indiqués avec précision dans la Relation de l'abbé de Gallinée, qui consentit, sur la demande du gouverneur, M. de Courcelles, à accompagner La Salle avec l'abbé Dollier, prêtre de Saint-Sulpice. Tous trois partirent de Montréal, le 6 juillet 1669. Dès le 1 er octobre, La Salle étant tombé malade et paraissant désireux de retournera Montréal, les deux Sulpiciens le quittèrent pour aller visiter fErié et les lacs supérieurs (Margry, I, p. i\2- 147). Voir aussi deux fragments de lettres envoyées à Colbert par Talon et son sec: étaire Patoulet (ibid. 9 p. 81 et 87).

3 La preuve qu'il possédait ces documents, ce sont ses lettres sur son expédition aux Illinois (1679- 1630), qui sont émaillées de critiques contre la relation et la carte de Jolliet. (V. c ?» lettres lans Ma-gry, t. II, p. 3? et suiv.),

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sissipi, le 6 février 1682; cinq semaines plus tard, il était rendu au pays des Arkansas, où s'étaient arrêtés ses deux prédécesseurs. Enfin, le 6 avril 1682, il arriva aux trois canaux par lesquels le fleuve se décharge dans la mer. Le 9 avril, après avoir fait élever une colonne aux armes de France et une croix, « à environ 27 degrés d'élévation du pôle septentrional, » Robert Cavelier de la Salle prenait solennellement possession, au nom de Louis XIV et de ses successeurs, du pays de la Louisiane, compris entre l'embouchure de l'Ohio dans le Mississipi et l'embouchure de celui-ci dans le golfe du Mexique *.

En 1684, La Salle revient en France pour soumettre au gouvernement royal un hardi projet, celui d'aller, par l'embouchure qu'il a découverte, enlever aux Espagnols la Nouvelie-Biscaye (le Texas), afin de se mettre en possession des mines de métaux précieux que renferme cette province. Cette conquête, suivant le mémoire qu'il soumit à M. deSeignelay 2 , devait être facile ; c'est surtout avec l'aide des sauvages qu'il comptait la faire. Pour donner un point d'appui à la petite armée qui serait chargée de l'expédition, il proposait de construire un fort à 60 lieues au-dessus de l'embouchure du Mississipi. Louis XIV et son ministre entrèrent pleinement dans ces vues et donnèrent à La Salle trois navires chargés de tout ce qu'il jugeait nécessaire pour exécuter son hardi coup de main. Nous n'avons pas à raconter ici cette expédition, qui se termina pour le malheureux découvreur, après bien des déboires et des souffrances inouïes, par une mort violente reçue de ses propres compagnons (19 mars 1687).

Voilà donc les faits certains de l'histoire de la découverte du Mississipi. La part du P; Marquette et des jésuites en générai serait encore bien grande, on le voit, même s'ils n'avaient pas pu s'élancor les premiers sur les flots du grand fleuve. Si d'autres ont vu le Mississipi avant eux, eux seuls l'ont fait connaître à la France dès 1640, trois années avant la naissance de La Salle. Puis, enregistrant chaque année dans leurs Relations . lès renseignements fournis, soit par les sauvages, soit par les

1 Procès -verbal de la prise de posses.ioj, contenant un résumé du voyage, dans Margry, t. I!,'p. 18c-193.

* Margry, t. JI, p. 359-3G9.

(( cQpréurs des bois» français, s'informant par eux-mêmes avec zèle dans ees missions qui les rapprochaient d'année en année de la vallée du Mississipi, enfin combinant avec intelligence toutes les indications, ils sont arrivés, dès 1670, au moment où La Salle tente son exploration de TOhio, à savoir décrire presque tout le cours du fleuve et plusieurs des routes qui y conduisent, avec une précision à laquelle, l'exploration directe ellemême ajoutera peu. Après avoir ainsi montré, et, dans un. sens très vrai, frayé la « route du Mississipi», ils pourraient saiis chagrin céder à La Salle l'honneur secondaire que M. Gravier revendique pour lui. Voyons cependant si cette revendication est fondée. ,

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