‹ Jacques Patru (volume 2)Chapitre 11 sur 39 · LA VEILLE DE LA RCIIIE · texte numérisé non relu

LA VEILLE DE LA RCIIIE

souriante, et se levant à moitié sur son coude, elle s'adressa à un homme de quarante à cinquante ans, Fair grave , insouciant sans froideur, et qui ne paraissait pas tenir à étaler ses connaissances en médecine.

— Docteur, lui dît-elle , je m'étonne que vous ne parliez pas sur le sujet que ces messieurs traitent; vous êtes cependant plus à même que personne de nous donner des renseignements positifs. Toute votre vie ne s'estelle pas passée à étudier les causes de la folie?

— C'est précisément, dit le docteur, parce que j'ai beaucoup étudié la folie que je n'en dis rien. J'ai eu des systèmes dans ma vie qui tous se sont trouvés faux, et j'ai pris le parti de n'avoir plus de système, crainte de me tromper encore.

— Au moins, reprit madame de Vas Concellos, pourriez-vous nous raconter quelque chose?

— Je ne sais que des histoires , dit le docteur en souriant ; vous pouvez avoir mieuxw

— Quoi donc? demanda Alfred de ITstorade.

— Des contes. Voyez-vous, je connais trop

ia folie sous toutes ses faces et dans toutes ses phases pour aimer beaucoup à en parler. Je ne me plais pas aux sujets qui arrêtent l'intelligence court ; je répugne à me lancer dans une route, quand j*aperçois la barrière au bout, barrière infranchissable.

— Mais, docteur, dit Alfred de FËstorade, n'avez-vous jamais guéri de fous ?

— J'en ai vu se guérir, répondit le docteur ; je ne sais pas si j'en ai guéri.

— Vous n'êtes pas charlatan.

— J'ai de quoi vivre.

n se fit un moment de silence après cette réponse. Le salon commençait d'ailleurs à se dé^rnir, le cercle se déformait. Il était minuit. Le docteur semblait plus pensif qu'on n'eût été en droit de l'attendre d'un homme qui avouait son dégoût pour le charlatanisme.

— On m'a amené, reprit-il , il y a six semaines environ, un fou assez singulier, et auquel je m'intéresse. Il est jeune, sa figure est douce et mélancolique ; il parle peu , et , contre l'usage des fous , il est poli avec tout le monde. Aussi je le laisse se promener, sans gardien, avec quelques autres fous d'une

Page 1