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de l'inconnue glissant entre les cheveux de Jacques fut le seul signe de sa présence; celui-ci se retourna , se leva et se tut aussi : seulement il contempla avec une sorte d'agitation contenue cette femme qu'il ne reconnaissait pas, et qui pourtant ne lui semblait pas tout à fait étrangère ; il n'était pas encore assez maître de sa raison, son rayon visuel n'avait pas encore assez recouvré de lucidité pour qu'il pût au premier coup d'œll appliquer un nom à cette éblouissante image, qui comme par enchantement se trouvait en face de lui :
— Qui étes-vous? lui demanda-t-il d'une voix douce.
— Je me nomme Claudine, dit madame de Vas Goncellos.
Jacques Patru la contempla avec une indicible expression de bonheur , et dit :
-^ Votre vue me fait du bien ; mais pour^ quoi suis-je ici? pourquoi avec vous? que se passe-t-il dans ma tète?
Madame de Vas Goncellos, sans répondre, lui prit le bras et l'emmena avec elle dans la chambre voisine d'où elle était sortie. Jacques trouva dans cette chambre le même esprit
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d'ordre , le même sentiment de calme extérieur et d'aisance modeste qui l'avaient déjà tant frappé dans l'autre. Au milieu de la chambre était dressée une petite table ronde couverte d'une nappe blanche , et garnie de deux couverts complets ; au milieu s'étalaient deux ou trois plats remplis de ces riens qui forment le prélude d'un déjeuner; le tout préparé avec un soin minutieux, avec la patience orgueilleuse d'une' fermière du Vexin qui tient à se faire honneur de ses qualités de méiiagère.
— Voulez-vous que nous déjeunions? dit madame de Vas Concellos.
Jacques conservait toujours la. -même expression d'indécision et de docilité ; il prit la chaise que son hôtesse lui présenta , s'assit en silence , mais ne mangea pas d'abord.
— Eh bien, dit madame de Vas Concellos, n'avez-vous pas faim? ne voulez-vous pas faire honneur à mon déjeuner? Savez-vous que c'est mal, et je serai très-fàchée si vous persistez ! Tout ce que j'ai pu faire de mieux pour vous je l'ai fait, j'ai dépensé en emplettes toutes mes économies, j'ai vidé pour vous
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faire plaisir le fond de ma l)ourse ; il faut que votre appétit acquitte la dette de la reconnaissance, je l'entends ainsi.
Jacques se mit alors à manger en regardant madame de Vas Concellos. Pendant le déjeuner , celle-ci déploya toutes les grâces simples et faciles d'un esprit souple ; en disant des choses engageantes, elle sut les rendre délicieuses par l'accent qu'elle leur donna ; elle était pour son convive tout attention, elle l'accablait de petits soins, elle le traitait en enfant gâté ; elle imagina toutes les mignardises qu'une pensionnaire peut dire à son cousin, toutes les provocations innocentes et naïves qu'une fille de seize ans peut adresser à son amoureux,-en y joignant la prévenance grave et discrète d'une mère pour son enfant malade.
— Je vous ai ménagé une surprise pour le dessert, lui répéta-t-eile plusieurs fois, vous verrez.
Au dessert, en effet, elle se leva avec toute la solennité possible, alla au fond de la chambre , ouvrit une armoire et en tira une bouteille bien lavée , bien luisante, car les femmes n'ont pas encore ce goût des buveurs
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pour les vieilles bouteilles encrassées, et la posa délicatement sur la table.
— Est-ce là votre surprise? demanda Jacques.
— Oui, du Champagne, monsieur, et vous en boirez, n'est-il pas vrai, pour trinquer avec moi ?
Jacques se laissa remplir son verre, et but deux ou trois gorgées de vin de Champagne.
Madame de Vas Concellos prit alors la parole.
— Que diriez-vous d'une semblable vie tous les jours? le matin un petit déjeuner frugal, mais suffisant; non pas du Champagne tous les jours , mais la propreté, l'aisance, et par-dessus tout le calme du cœur, le repos de la conscience , et l'appétit. Dans la journée la promenade au soleil, vous avec moi , bras dessus bras dessous , vous me regardant comme vous le faites en ce moment, moi ne parlant pas trop, afin de vous laisser le temps de penser. A cinq heures le diner, et le soir le tête^à-tète au coin du feu, le farniente, la conversation de l'âme, ou bien l'air frais d'un bois, les courses à travers les grands arbres, et toujours la bonne humeur,
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les petits soins, les prévenances, Famour. Supposez que vous êtes à moi, et que je suis à vous, voulez-vous supposer cela? Oh!
comme j'aurais du génie pour deviner vos désirs, pour ménager vos susceptibilités, pour fermer les plaies du cœur que le passé vous a faites, pour bannir de votre mémoire tous les chagrins, toutes les amertumes. Si je voyais un pli sur votre front, je l'effacerais par un baiser, je m'interposerais entre vous et la tristesse, je vous ferais un rempart de ma personne. Quand vous seriez heureux, vous me diriez : Prends, voilà ta part de ma joie, et je la prendrais pour vous la renvoyer doublée par la mienne. Quand vous seriez nudheureux, je vous dirais : Bonne, je veux nia part de ton chagrin, je veux tout ton chagrin, et je le supporterais en entier, je prendrais votre fardeau sur mes épaules, ou plutôt nous le porterions à nous deux, et il nous semblerait léger. Vous travailleriez, mais pas. trop, et ce travail serait votre plus gnmd bonheur. Assis à votre clavecin, comme les idées vous viendraient faciles et riantes ! Quand je' serais là à vos côtés me mettant de moitié dans vos émotions, comme l'harmonie
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s'échapperait à flots de vos doigts, eomate votre cœur gonflé traduirait son ivresse en douces mélodies ! £t moi , à chaque trait, à chaque note, comme je vous encouragerais, sans mot dire, sans vous troubler, j'attendrais la ritournelle pour vous embrasser. Ne seriezvaus pas heureux ainsi ? dites, me comprenez* vous?
Elle avait prononcé ces derniers mots avec hésitation, car Jacques trahissait sur son vi~ sage une émotion confiante, mais peu distincte, il écoutait cette voix qui lui murmurait de si douces paroles, comme on écoute le soupir du vent dans les feuilles ; il se sentait rafraîchi, mais un nuage couvrait encore sas yeux et sa raison; il ne reconnaisssdt pas encore cette adorable femme qui pour le guérir employait toutes les séductions de son esprit, tous les entraînements de sa beauté, toutes les mélodies de sa voix* Jamais madame de Vas Goncellos n'avait été belle de cette façon, car la beauté est non-seulement une affaire de goût, mais une affaire de temps ; il y a telle femme qui n'est belle qu'une heure en toute sa vie, mais qui pendant cette heure-là atteint les derniers degrés de la per-
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faction ; en ce moment madame de Vas Goncelles était plus belle qu'elle n'avait jamais été; ses yeux avaient une mollesse, une fluidité caressante et mobile qui enveloppait Jacques comme d'une bienveillante vapeur, sa bouche entr'ouverte, et appelant le baiser, communiquait à chacune de ses paroles une indéfinissable expression de volupté chaste à force d'être franche ; il y avait de la foi dans son manège : ce n'était pas une coquette séduisant un jeune homme, c'était un apôtre de l'amour, ouvrant les bras et disant aux incrédules : Venez à moi, et je vous convertirai, et je vous sauverai malgré vous-mêmes. Quand elle eut cessé de parler, la figure de Jacques se contracta, il redevint triste et retomba dans l'abattement, comme un enfant débile privé de l'appui qui le soutenait.
— Oh ! parlez encore, dit-il.
— Ne vous rappelez-vous pas, reprit madame de Vas Goncellos, avoir fait un rêve semblable à celui que je viens de vous retracer? Le bonheur pour vous ne consistait-il pas dans l'amour sincère , dévoué, attentif d'une femme aimée? Dans vos moments d'amertume ne portiez'vous pas vos regards
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vers une consolatrice espérée et qui ne venait pas ?
Jacques Farrèta du geste, et s'écria :
— Gonunent vous nommez-vous ?
— Je vous l'ai déjà dit, Claudine.
— C'est dommage, murmura Jacques à part lui, j'aurais voulu un autre nom.
— Et lequel? demanda madame de Vas Concellos palpitante de crainte et d'intérêt.
Jacques réfléchit quelques instants, sembla chercher dans sa mémoire un souvenir effacé, et répondît :
— Je ne me souviens pas.
Puis il se leva d'un air joyeux et ajouta :
— Attendez-moi, j'ai un moyen sûr de le retrouver.
If passa alors dans la première chambre, et madame de Vas Concellos entendit résonner sur le clavecin une mélodie confuse, interrompue par instant ; on eût dit que Jacques cherchait à rassembler les fragments épars d'un thème oublié ; tout à coup la mélodie devint nette et saisîssable, la formule éclata dans sa pureté logique :
— Je sais son nom , dit alors Jacques en rentrant , je le sais , je l'ai retrouvé , je vais
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VOUS rapprendre ; mais vous ne le direz à personne au moins.
Et se penchant à Foreille de madame de Vas Goncelios, il lui glissa doucement ce nom :
— Emilie !...
Madame de Vas Goncelios étouffa entre ses dents un cri de joie ; Jacques était sur la trace de ses souvenirs , la mémoire lui revenait ; et la mémoire n*est-elle pas lecommencernent de la raison ?
— C'est dommage , dit Jacques , que vous ne vous nommiez pas Emilie.
Madame de Vas Goncelios comprit que c'était à son tour de se taire.
— Vous lui ressemblez tant! ajouta Jacques ; seulement vous avez l'air plus doux qu'elle ; vous avez un meilleur cœur. Ce n'est pas vous qui chasseriez un malheureux jeune honune , parce qu'il n'aurait pas assez d'or à vous jeter ; ce n'est pas vous qui accueilleriez ses prières avec mépris. Vous savez ce que c'est que l'amour , vous en parlez si bien ! (D s'interrompit.) Mais pourquoi lui ressemblez-vous ainsi ? Il me vient une idée ; je vais aller chez un marchand , j'achèterai la robe
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la plus magnifique qu*il aura dans son établissement , une robe de velours avec des festons d'or ; j'achèterai des colliers de diamants , des bagues , des fleurs ; et vous vous parerez de tout cela , vous mettrez les diamants à votre cou, sur votre poitrine, sur vos épaules , vous mettrez les bagues à vos doigts, les fleurs dans vos cheveux , vous prendrez un air de reine , et alors je me jetterai à vos genoux , je vous dirai que je «vous aime , et vous ne me repousserez pas, vous me répondrez d'une voix douce que vous m'aimez aussi, et dans mon illusion je vous prendrai pour elle, et je serai heureu}|^. Voulez-vous? dites, voulez-vous?
Un moment madame de Vas Cencellos eut ridée d'exécuter cette proposition faite avec la naïveté d'un enfant ; mais il y avait impossibilité matérielle, elle n'avait plus sa garde-robe d'autrefois , son luxe était passé aux mains de ses créanciers et des gens d'affaires. Gomment trouver ces diamants, ces fleurs, ces joyaux que Jacques puisait à pleines mains dans son imagination inépuisable comme l'imagination de tous les fous ?
— Vite , vite ^, continua Jacques en tour-
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nant autour d'elle comme un maître des cérémonies qui prépare les accessoires d'une fête, ôtez ce mouchoir qui couvre vos cheveux, parez-vous , feites-vous belle ; vous ne vous nommez plus Claudine , mais Emilie , vous êtes une grande dame.
— La grande dame n'existe plus , dit madame de Vas Concelïos.
— Emilie est morte ! dit Jacques a^'ec un son de voix terrible.
— Non , répondit-elle , mais tout son luxe s'est évanoui , elle n'a plus ni robes de velours , ni fleurs , ni diamants ; c'est maintenant une pauvre fille comme moi , qui porte une robe d'indienne comme moi ( elle prenait entre ses doigts un des plis de sa robe), un mouchoir sur la tête comme moi (et elle montrait son madras à Jacques).
— Ah , dit celui-cr, elle doit être bien malheureuse!
n fît une pause , se rassit , tourna quelque temps ses doigts les uns sur les autres d'un air indécis et égaré. Il y avait halte dans son es* prit ; un moment éveillée , sa mémoire s'endormait de nouveau. Madame de Vas Concelloslevales épaules en frissonnant avec une
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inexprimable impression de désespoir, ses efforts se brisaient devant une barrière infranchissable : la folie. Elle prit dans ses mains la main de Jacques, et la caressa doucement comme si elle eût espéré le réveiller de son assoupissement cérébral , à l'aide d'un courant électrique. Nous ne sommes pas assez sûr de nous pour affirmer qu'elle réussit ^ mais toujours est-il que Jacques Patru frémit brusquement , tic qui lui était habituel lorsque ses idées changeaient de cours , ou que la toile de son cerveau répercutait une image un peu vive.
— Comment savez-vous cela?demanda-t-il, vous la connaissez donc?
— Je la connais, dit madame de Vas Gpncellos , et si je vous ai fait amener ici c'était pour vous parler d'elle.
— Me parler d'elle ! dit Jacques qui décidément paraissait obéir au mouvement en avant que madame de Vas Concellos s'efforçait d'imprimer à son esprit : parlez-m'en longtemps , toujours.
Il approcha sa chaise de celle de madame de Vas Concellos , et posa ses deux pieds sur le premier bâton , dans l'attitude d'un enfant
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qui ft'aiq[>réte à écouter une histoire merveilleuse.
— Causons donc, dit madame de YasGoncelles , en se plaçant directement en face de Jacques pour étudier dans ses yeux l'effet qu'allaient produire ses paroles. J'ai connu comme vous une femme fière, dédaigneuse, impassible dans son orgueil , belle , on le disait , et amoureuse de sa beauté comme d'un trésor , on la nommait Emilie ; cette femmelà n'existe plus; (mouvement de Jacques). C'est-à-dire qu'elle est métamorphosée; de riche qu'elle paraissait être , elle est devenue pauvre , de cruelle elle est devenue bonne. Un jeune homme , un artiste l'aimait , et comme on lui avait dit que cette femme était insensible, et que pour avoir un quart d'heure de son amour , il fallait le payer au prix de l'or , pendant une année entière il se condamna à la misère , aux privations , afin de pouvoir dire au bout de l'année à celle qu'il aimait : Voilà quatre mille francs , fruit de mes sueurs, de mes fatigues, de mon sang ; donnez-moi un de vos jours. Malheureusement cette femme fut trompée , on lui présenta cet incroyable dévouement comme 1. ai
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un piège tendm à sa crédulité , comme un misérable et honteux marché , elle chassa le jeune homme en lui disant : J« ne suis pas à louer» Le jeune homme deviat fou , fou , entendez-vous , Jacques? Vous êtes raisœmable , vous , vous me CMnprenez.
Jacques hocha la tète d'un air de doute , aiiïsi qu'un écolier qui n'est pas bien sûr de eon^prendre le sens de sa teçon ; madame de Vas Concellos continua :
— Emilie fut désabusée , elle apprit la vérité , elle aiima le jeune h<»nme de toute sa force ; elle l'aime enem*e , et elle sera^ bien heureuse si elle pouvait lire dans ses yeux la certitude qu'elle en est entendue , qsu'elte en est aimée.
— Je connais cette histoire , dit gravement Jacques. Emilie aime ce jeune homme ?
— Ne le connaissez-vous pas , vous , ce jeune homme? ne pouvez-vous pas \xà transmettre l'assurance que je viens de vous donner?
— Attendez donc , dit Jacques en se tétant comme pour s'assurer de la nature d'un objet douteux; mais qui suis-je? attendez : — Je me nomme Jacques Patru... J'ai donc.
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été lèu 1 Cette histoire que voiis venee de raconter est la mienne : ah ! je me retrouve.
n prononça ces derniers mots en retirant fortement , sa poitrine était dégagée d'un fardeau , son cœur bondissait à Taise :
— Emilie m'aime , condnua-t-il avec éclat, où est-elle ? conduisez-moi vers elle.
Madame de Vas Goncellos le retint , et accentuant chacun de ses mots d'une voix incisive comme pour les faire pénétrer jusqu'au cœur de Jacques à travers les parois encore rebelles de son cerveau :
— Ne me reconnaissez-vous donc pas? ditelle.
£t par un de ces mouvements de la passion longtemps contenue , qui déborde et édate sans ménagement et sans frein , elle précipita dans les bras de Jacques. Elle passait la main dans ses cheveux, et elle lui disait : N'estce pas que tu m'aimes aussi ? Elle l'embrassait au front , et elle lui disait : N'est-ce pas que tu m'aimes? Elle mettait la main de Jacques sur sa poitrine , et elle lui disait : N'est-ce pas que tu m'aimes ? Sublime refrain , élixir souverain qui tombait goutte à goutte sur le
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cœur de Jacques , et le guérissait de ses
Pour Jacques , il fut d'abord comme pétrifié par tant de bonheur, les mots expiraient sur sa bouche , et sa joie éclatait en exclamations.
— Quoi ! c'est vous! c'est bien vous, est-ce possible? mon Dieu, mon Bleu!... Emilie! Emilie!
Puis avec la frénésie d'un fou , mais d'un fou d'amour , il la serra entre ses bras à la briser , et la couvrit de baisers.
Bans un moment plus calme , madame de Vas Goncellos assise sur ses genoux lui dit d'une voix éteinte :
— Ami , vous ne me demandiez qu'un de mes jours , je vous donne toute ma vie.
— Merci ! dit Jacques qui dans ce seul mot déposa tout son bonheur et toute cette grâce naïve des hommes supérieurs que les hommes médiocres ne comprennent même pas.
Le soir le docteur revint, Jacques lui pressa la main , et madame de Vas Goncellos lui dit :
— Je garde votre malade.
Le docteur comprit que sa présence ne
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pouvait être qu'embarrassante sinon importune ; il se retira presque aussitôt.
— Vous l'avez sauvé? demanda-t-il à madame de Vas Goncellos qui avait voulu le reconduire jusqu'au bas de l'escalier.
— Oui , dit celle-ci , vous voyez bien que vous aviez tort de douter de ma puissance.
— Mais alors, ajouta le docteur , vous avez employé des moyens que la médecine ne connaît pas.
— n le fallait bien , dit madame de Vas Goncellos en rougissant avec l'embarras d'une femme qui avoue sa dernière faiblesse , et la naïveté sublime d'une héroïne qui s'appuie sur son dévouement.