MELINE, CANS ET COMPAGNIE
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Madame de Vas Goncellos régénérée, et Jacques rendu en même temps à la raison et au bonheur, passèrent ensemble un mois de délices. Bu naufrage de sa fortune Emilie avait sauvé quelques débris qui leur assuraient l'aisance à tous deux, au moins pour quelque temps. Ils vécurent dans cette ivresse du premier amour, dans ce calme et cet oubli profond de toutes choses qui constituent le bon-
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heur de )a jeunesse. Emilie trouvait dans sa passion des ressources, des trésors qu'elle n'avait même pas soupçonnés ; chacune de ses paroles était pour Jacques un délicieux breuvage qu'il buvait à petites gorgées , il ressuscitait à son souffle et s'épanouissait. Le matin la petite table était toujours dressée couverte d'un linge blanc, et madame de Vas Concellos savait rendre ces petits déjeuners à deux toujours charmants et nouveaux ; elle combinait avec une intelligence merveilleuse les plaisirs d'un matérialisme exquis et spirituel avec les entraînements de la passion la plus pure et de l'idéalisme le plus éthéré ; elle répandait sur tous les accessoires de la vie ce charme poétique, qui est le secret de certaines femmes admirablement partagées comme cette madame de Maintenon à qui son cuisinier venait dire : Madame, le rôti manque, racontez une histoire à vos convives ; elle comblait toutes les lacunes, dorait tous les détails, accentuait pour ainsi dire chaque plat, et d'iine tasse de thé composait une chose délicieuse, simple et enchanteresse comme certaines imaginations de Wordsworth. Après déjeuner elle prenait Jacques par la main, le conduisait à