‹ Jacques Patru (volume 2)Chapitre 32 sur 39 · L£8 DANGERS DE LA HD8IQUI · texte numérisé non relu

L£8 DANGERS DE LA HD8IQUI

Cette plaisanterie de Giaffar ne fut pas du goût du calife , il lança un regard furieux à son vizir; mais Fainée des trois dames le calma d*un signe, et prenant un magnifique ananas , elle le présenta à Giaffar , qui n'osa y toucher , de peur d'encourir la colère de son maître.

— Je vous demande pardon , mesdames , dit alors le calife , de toutes les inconséquences commises jusqu'ici par mon compagnon ; quoique honnête au fond , et incapable de mal, il a si peu d'esprit que je m'attends toujours à quelque nouvelle gaucherie de sa part. Priez votre convive de continuer son histoire, elle m'intéresse au plus haut point , et je suis curieux de savoir comment votre goût extraordinaire pour la musique a pu amener votre perte.

Le narrateur reprit :

t( La réputation des trois princesses s'était répandue dans l'ile, il n'était question que de leur prodigieux talent ; jamais on n'avait entendu des voix aussi pures , jamais on n'avait rencontré trois musiciennes aussi accomplies; il arriva même que leur nom s'étendit au delà de Candie. La favorite du sultan £1 Ars-

IIS LES OAlffiERS Dl LA HD8IQDE.

lann, Fun des plus riches et des plus puissants souverains de Syrie , apprit par la renommée les merveilles qu'on racontait des trois sœurs. Dés ce moment, le désir lui vint d'en posséder une au moins ^ elle en parla au sultan qui envoya un ambassadeur à mon maître, pour le prier de lui envoyer une de ses trois filles : il promettait de la combler d'honneurs et de richesses, et de la marier à quelqu'un des princes qui relevaient de sa couronne. Quoique cette demande affligeât vivement le prince leur père, il lui fallut céder. La colère du sultan était trop à craindre , et c'eût été folie de s'y exposer. L'aînée des trois sœurs partit donc , non sans adresser à son père et à ses sœurs les plus touchants adieux du monde en musique. Arrivée à la cour du sultan £1 Arslann , elle se vit dès l'abord entourée d'hommages ; son talent merveilleux ravissait tous les cœurs , et la favorite lui témoigna la plus sincère admiration. Elle vécut ainsi trois ans tranquille et heureuse ; et elle était sur le point d'épouser un prince généreux et opulent , lorsqu'un accident terrible vint détruire toutes ses espérances , et changea le bonheur dont elle jouissait en déses-

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poir. Depuis quelque temps le sultaâ avait conçu des soupçons sur la fidélité de sa favorite, et il la faisait épier attentivement. Un jour que celle-ci se promenait dans les jardins du harem avec Amina , elle Fentraina vers un petit bosquet ombragé par des cyprès, et la faisant asseoir sur un banc de gazon à ses côtés :

« — Ma chère Amina , lui dit-elle, j'ai une confidence à te faire, et je compte assez sur ta discrétion pour oser te livrer le secret de ma vie. J'ai rencontré, en allant à ma maison de campagne, un jeune homme beau comme l'aurore, qui m'a suivie de loin , et m'a fait assez entendre par ses gestes qu'il était éperdûment épris de ma personne. Je ne lui ai pas répondu. Mais depuis , quand je sors , il est toujours sur mes pas, et je t'avouerai franchement que sa persévérance m'a touchée. Je lui ai écrit de venir ce soir sous les murs du jardin à un endroit que je lui ai indiqué, et il n'attend que mon signal pour franchir tous les obstacles et tomber à mes pieds. Pour signal, je suis convenue d'une chanson que tu connais ; mais si je la chantais moi-même j'éveillerais à coup sùrl'alten-

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tion de mes gardiens : chante-la donc à ma place, et sois assurée de ma reconnaissance.

<t Amina fut effrayée de ce qu'elle venait d'entendre, elle représenta à la favorite que par une telle démarche elle s'exposait au sort le plus cruel ; mais celle-ci ne voulut rien écouter, tant Tâmour l'aveuglait et la rendait sourdeauxbons conseils. Amina fut donc obligée de céder à ses désirs. A peine eut-elle prononcé les premiers vers de la chanson, qu'en effet un jeune homme s'élança dans le bosquet, et tomba aux pieds de la favorite , en l'accablant de protestations d'amour et de baisers aixlents. Mais presque au même instant des gardes entrèrent d'un autre côté , s'emparèrent de la favorite et de son amant, et emmenèrent aussi Amina qui protesta vainement de son innocence. Le sultan en personne les interrogea tous trois , et après l'interrogatoire, la favorite et son amant furent étranglés. Pour Amina le sultan lui dit :

« Je neveux pas te donner la mort, quoiqu'à coup sûr tu l'aies méritée. Mais tu seras punie par ou tu as péché , et tu apprendras à tes dépens que le talent de la musique peut

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