LBS DANGERS DE LA MUSIQUE. H
quelquefois être nuisible à ceux qui les possèdent.
«( En même temps il ordonna à deux muets d'arracher la langue à la princesse.
«( Voilà comment la princesse Amina est devenue muette, i»
Cette conclusion terrible ne fit qu'inspirer au calife une curiosité plus grande d'apprendre l'histoire des deux autres dames , et comment elles étaient devenues muettes à leur tour. Il en témoigna le désir , que leur introducteur satisfit en ces termes :
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<c Si je ne connaissais pas la princesse Jusana pour la meilleure et la plus humble per^ sonne qu'on puisse voir, je m'abstiendrais de vous livrer le secret de sa vie, etde dévoiler devant des étrangers des malheurs dont le récit la fera peut-être rougir. Mais elle a si cruellement expié son erreur d'un moment , que celui-là aurait un cœur de pierre qui ne s'apitoyerait pas sur son sort. D'ailleurs les trms dames dont je vous raconte l'histoire ont-elles été véritablement maltresses de
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leurs destinées? N'est-ce pas une fatalité invincible qui les a entraînées et poussées à leur perte? Ne sont-elles pas victimes du mauvais sort qu'on leur a jeté le jour de leur naissance? Écoutez done, ô étrangers, et abstenez-vous de toute réflexion amére pendant le cours de ce récit ; souvenez-vous que Dieu est miséricordieux , et qu'il n'est pas permis aux hommes d'être moins miséricordieux que lui.
<c La princesse Jusana n'était pas moins bonne musicienne que sa sœur, et vous pouvez juger par vous-même qu'elle ne lui cédait point en beauté. Un an environ après le fatal événement qui ravit à la belle Amina le don de la parole , le ministre d'un roi voisin vint faire une visite à la cour du prince ; c'était un jeune homme d'une jolie figure et fort agréablement tourné. De plus , il possédait ces talents qui sont le délassement et le charme de la vie : il parlait avec éloquence , faisait des vers à la louange de Dieu , et chantait passablement. Sa conversation piquante avait un attrait toujours nouveau , ses propos étaient variés , fins sans être amers, et on l'écoutait toujours avec plaisir, quoique jamais il ne
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médit de personne. On le nommait Amaki. Lorsque pour la première fois il aperçut la princesse Jusana , il fut ébloui de ses charmes, et confessa qu'il n'avait jamais vu à la cour de son souverain une personne aussi incontestablement belle. Aussi s'empressa-t-il de la comparer très-spirituellement à une rose unique qui entr'ouvre sa robe verte aux rayons du soleil, et attend le baiser du zéphyr. Jusana fut très-satisfaite de la tournure de ce compliment, et lui répondit d'une voix mélodieusement cadencée par ces vers d'une chanson qu'elle avait faite :
Zéphyr dit à la rose: Oh ! prends-moi pour amant , Car je n*aime que toi! Mais d'autres fleurs charmantes S'enlr'ouvrent le matin au bord des eaux courantes; Or, Zéphyr qui les voit, les aime également.
Et la rose qui s'est donnée
Se fane et meurt abandonnée.
u La conversation ainsi commencée ne pouvait manquer de devenir intéressante. Amaki épuisait son esprit à trouver toutes sortes degentillesses et de flatteries, tandis que Jusana prodiguait les plus belles perles de sa voix, et jetait des sons qui eussent rendu les rossignols jaloux. Ce dialogue, mi-partie musique.
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mi-partie déclamation (tous les amoureux déclament au lieu de parler), dura quelque temps encore , après quoi il fut irrévocable» ment décidé que le vizir Amaki était éperdument amoureux de la belle Jusana , et que la belle Jusana, de son côté, ne voyait pas sans plaisirlevizir Amaki. La demande en mariage fut faite dans les formes , et quelque temps après, le mariage se célébra avec toute la pompe convenable. La destinée de la princesse se présentait sous les auspices les plus favorables, et on pouvait croire que les maléfices de la mauvaise fée ne prévaudraient jamais contre un bonheur si parfaitement établi. U y avait deux ans que la princesse était mariée, et son époux en était de plus en plus amoureux ; il lui disait comme au premier temps de leur connaissance les choses les plus agréables, et lui rappelait quelquefois en souriant qu'en dépit du proverbe le zéphyr était fidèle , et la rose toujours chérie. Mais bientôt cet horizon si pur s'obscurcit, et tous ces riants songes s'envolèrent comme une bande de cigognes chassées par un vent du nord. Voici ce qui arriva.
« Un soir, la princesse Jusana prenait l'air