‹ Jacques Patru (volume 2)Chapitre 34 sur 39 · LES DANGERS DE LA ICNQUE · texte numérisé non relu

LES DANGERS DE LA ICNQUE

à la fenêtre de son appartement qui donnait sur le jardin. La nuit était calme et sereine, et la faible clarté de la lune se glissant à travers les cyprès et les grenadiers projetait sur tous les objets sa douce et mystérieuse clarté. Jusana fredonnait à voix basse un air chéri de son enfance, un refrain qu'elle avait coutume de chanter autrefois avec ses deux sœurs. Tout à coup une voix d'homme , sonore et triste à la fois, mais si pure et si belle que la princesse n'en avait jamais rêvé une pareille, envoya à son oreille une plainte harmonieuse, une sorte de chanson d'amour qui la fit tressaillir. Elle écouta : la voix, d'abord voilée et comme contenue , prit peu à peu son essor , et éclata enfin dans toute son étendue et dans toute sa pureté. Chaque son était si harmonieusement filé, si doux et. si pénétrant à la fois, qu'il eût fallu une oreille insensible et une âme sourde pour c'en pas être touché. Les paroles que chantait la voix inconnue semblaient s'adresser à la princesse ; elles exprimaient le désespoir d'un amant obscur qui se plaint d'être trop au-dessous de celle qu'il adore, et de ne pou* voir sans sacrilège élever les yeux ju^u'à

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elle ; le tout entremêlé d'éloges pompeux sur la beauté de la princesse , sur ses talents, et surtout sur les merveilles de sa voix. La princesse éprouvait à écouter un charme dont elle ne pouvait se défendre; de temps en temps même elle penchait sa tête en dehors pour apercevoir dans l'ombre celui qui chantait de la sorte. Mais le jardin était désert, pas une feuille d'arbre ne bougeait, et cependant la voix continuait toujours. La princesse ne songeait pas à se retirer, et peut-être eûtelle resté toute la nuit à écouter le mystérieux musicien , tant était grand le charme qui la possédait , si un bruit qui se fit derrière elle> ne l'eût tirée de sa rêverie : c'était une de ses femmes qui venait l'avertir de la visite de son époux. Aussitôt la princesse ferma vivement sa fenêtre, et eu même temps la voix cessa de chanter.

» Pendant plusieurs jours la princesse fut émue et triste, elle se reprochait comme un crime le bonheur qu'elle avait ressenti pendant sa bienheureuse soirée ; mais malgré elle la curiosité se mêlait à ses remords. Elle demanda à toutes ses femmes si elles ne connaissaient pas parmi h\s gens du palais un honiino

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doué d'un» belle voix et chantant agréableblement ; toutes répondirent négativement à question. Sa curiosité naturellement redoubla, et il n'est pas d'imaginations qu'elle ne se mit en tête. Toute la journée elle murmurait en dépit d'elle-même l'air et les paroles qu'elle avait entendus, au point que le vizir, son époux, s'étonna de ses distractions. Il lui demanda pourquoi elle ne faisait que répéter toujours le même refrain : cet avertissement ne put sauver la princesse de sa perte. Tous^ les soirs il lui prenait un désir ardent d'ouvrir la fenêtre, et d'essayer si le mystérieux chanteur répondrait encore à son appel.

«Plus elle résistait, et plus son ardeur •augmentait. Une nuit, pendant son sommeil, elle vit paraître en songe devant elle un beau jeunehomme magnifiquement habillé. Son turban était garni de diamants , et ses babouches, semées d*une poudre de rubis, brillaient sur le tapis comme deux traînées de lumières. Il se précipita à genoux devant elle, lui prit la main , et en même temps se mit à chanter ; la princesse reconnut cette voix aussitôt : c'était la voix mystérieuse , mais plus douce , pins pure, plus parfaite encore j elle se réveilla en

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