LES DA.IIGKBS DE LA MUSIQUE
sursaut et ne dormît plus de la nuit. Le len* demain elle ne fit que rêver , s'agiter en tous sens, et gronder ses femmes comme pour chasser de son esprit un souvenir importun par une distraction étrangère. Vains efforts ! elle avait toujours devant les yeux l'image du beau et amoureux jeune homme, et dans les oreilles le doux bruit de sa voix. Et puis elle pensait au soir qui s'approchait. Elle eut même l'idée de faire boucher la fatale fenêtre de peur de succommber à la tentation ( c'est d'elle-même que je tiens tous ces détails) , mais sans doute un mauvais génie , acharné à sa perte , éloigna de son esprit cette sage résolution ; elle n'en fit rien , et continua à rêver et à s'agiter jusqu'au soir.
» Le soir venu , elle renvoya ses femmes , ferma la porte et ouvrit la fenêtre. Elle eut soin d'abord de ne pas se montrer ; la voix ne se fit pas entendre. Alors elle se décida , et aussitôt qu'elle se fut avancée , le chanteur commença sa chanson. La princesse redevint tout oreille , les sons qu'elle entendait la remplissaient d'un trouble délicieux, et amollissaient singulièrement son âme ; peu à peu son trouble devint si grand, qu'éperdue, hors
LES DANGEBS DE LA MDSIQCE. 129
d'elle-même , elle se baissa vers le jardin , et dît à voix basse :
u — Quîétes-vous, vous qui chantez ainsi? Venez-vous du ciel pour me charmer? N'êtes-vous pas un puissant génie ou un des satellites du saint prophète? ou si vous êtes un homme, dîtes-moi votre nom, et montrezvous ; car vous devez être le plus beau et le plus resplendissant des hommes (le songe lui revenait en mémoire) !
<( — Je ne suis ni un génie , ni un des satellites du saint prophète , répondit la voix en modulant délicieusement chaque syllabe ; mais je vous aime , et je donnerais ma vie pour passer un seul instant à vos genoux.
« — Montrez-vous donc, répéta encore une fois la princesse.
»( — Je ne le puis ce soir, répondît tristement la voix-, mais si vous voulez demain descendre à cette heure dans le jardin , j'y serai , dussé-je y trouver la mort.
« — Ce serait un crime , dit la princesse.
« — Alors je mourrai donc , dit plaintivement la voix.
<c La princesse m'a cent fois raconté son histoire ; elle m'a dit qu'à ce mot le frisson avait