UNE MAISON DE SANTÉ
bout d\ine grande allée sablée et droite, s''ëlevait une espèce de bouquet d*'arbres : c''était là oîi d''ordinaire se rendaient les fous a qui le docteur laissait la permission de se promener. En arrivant près de cette enceinte, le docteur prit madame de Vas Concellos par la main , l'attira vers un arbre plus touffu que les autres ; et, écartant les branches qui gênaient leur vue, il lui dit :
— Regardez,
Dans une sorte de rotonde , autour d*'une statue en plâtre, étaient groupés sept ou huit hommes presque tous jeunes, et dont Taspect n'eût jamais fait soupçonner la folie; Jacques Patru était au milieu d'eux , sa baguette à la main. Les autres tenaient divers objets dont il eût été difficile de deviner l'usage : l'un avait des morceaux de bois effilés vers le bout qu'il s'appliquait sur les lèvres comme un hautbois; l'autre , assis sur un banc sur lequel il avait attaché son mouchoir, semblait racler du violon a l'aide d'une branche détachée d'un pin
voisin; un troisième enflait les joues et soufflait dans sa main comme dans un trombone ou un cor anglais : chacun d''eux croyait évidemment faire sa partie dans un orchestre, et Jacques Patru semblait un maestro préludant à la conduite d'une ouverture, et expérimentant ses exécutants.
— Voilli le concert qui va commencer, dit le docteur à madame de Vas Concellos.
En effet , Jacques Patru se dressa sur ses pieds, passa la main dans ses cheveux, regarda tour à tour ceux qui Pcntouraient , et avec la baguette donna le signal de Paltaque. Aussitôt ses compagnons se mirent en mouvement ; il se fit un bruit étrange et confus , Pun raclait , Paulre soufflait , le troisième frappait du pied la terre , chacun faisait sa partie avec le plus grand sérieux du monde dans ce concert bouffon. Jacques Patru était en sueur, comme si le feu du génie Pc lit animé. De temps en temps il faisait un mouvement de Pavant- bras pour ralentir ou pour presser la mesura:. Madame de