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A-vec le secours d iin aide allaché a la maison de sanlé , et de loule nécessite dans les opérations chirurgicales, le docteur pratiqua une abondante sai«néc. Les vaisseaux engorgés se dégorgèrent , les artères et les veines reprireut leur mouvcaient régulier. Le soir
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mcme, a la siiilc de raljnllcment cause par la (lisclle de sang , Jacques Patru goûta un sommeil Iranquille. Le lendemain et les jours suivants Talonie continua : cependant le regard était encore fixe, les ycux tires cl caves. De temps en temps Tarlislc agitait son bras en sens divers comme s''il eût marque la mesure, et au bout cFune ou deux minutes le bras retombait d''ejjuisement et de fatigue. Malgré la résistance de madame de Vas Concellos , le docteur refusa positivement de lui laisser voir son malade, ainsi qu'elle l'appelait : pour justifier sa rigueur , les bonnes raisons ne lui manquaient pas. Madame de Vas Concellos ne se rappelait-elle plus que la crise a laquelle Jacques venait d'échapper par miracle , avait été causée par son aspect inattendu ?n''y avait^ il pas lieu de craindre que la même cause n\imenât les mêmes résultats? d'ailleurs le malade avait écliappé a la mort , mais ce n'était pas assez , rien ne prouvait encore que la raison lui fût revenue ; sa figure annonçait tou-
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jours la mciiic mobililc clans les idccs , le même vague qui caractérise les monomanics. Le docteur voulait sauver Tarliste, et pour arriver a une gucrison complète , il fallait un régime doux , suivi , contenu , sans fatigue et sans secousses. Madame de Vas Concellos se paya de ces raisons, elle se contenta d*'cnvoyer tous les jours un domestique demander au docteur des nouvelles de son malade , et de lui faire passer ces mille douceurs, ces chatteries que Timagination des femmes excelle à deviner : des sirops rafraîchissants , des quartiers d'orange confits , des pralines vanillées, tout ce que Tindustrie des confiseurs met à la disposition des enfants et des amoureux.
Chaque jour le docteur envoyait a madame de Vas Concellos, en échange de ces prodigalités féminines, un bulletin détaillé sur la sanlc de Jacques; le malade avait bien dormi, ou son sommeil s''était ressenti d\in reste d'irritation dans les organes pulmonaires; sa respiration se montrait plus libre , ou Topprcssion
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de la poitrine conlinuait h lV'mi)aiTasser; son pouls baltail rci.fjulicrcnicnt ou Irop Foi t ; sa tèle clail irop j'roidc ou trop brûlante. î^elon \e% espérances ou k:s eraintes que ce Ijullclin lui causait, ma<.lamc de Vas Concclios se l,ùssaife emporter à ces douces chimères qui s'claient maintenant enracinées dans son cœur; ou à ce desespoir violent qui resuite pour une pareille femme de sa lullc entre le vouloir cl le pouvoir, entre le désir accre, violent, ai»ju, et les obstacles matériels qui s'^opposcnl Ii la ré;>iisation immédiate de ce désir.
Cependant les forces revenaient peu a peu au malade , et , chose plus encourageante , sa raison paraissait calme et lucide, il parlait peu, mais d''une voix douce , et obéissait aux prescriptions du docteur avec la docilité d"un enfant. Un jour le docteur lui demanda comment il se trouvait, il répondit que jamais la vie ne lui avait paru si douce el si léoère à supporter ; que pourtant il se sentait encore devant les yeux un nuage qui rempcchail de dislinr
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guci' clairement les objets, mais que, ee nuage disparu, et cela devait arriver bientol , il entrerait en pleine jouissance de la vie. Aux moments où le docteur le laissait seul ) i! restait assis tranquillement, la tète penchée dans {'^altitude de la méditation ; ce tic même, qui consistait à marquer la mesure avec îa main, se reproduisait plus rarement. Du reste , de madame de Vas Concellos , pas un mot ; jamais il ne demanda au docleur quelle était cette liîmme qui lui avait apparu dans le jardin et pendant sa maladie ; probablement il ne se rappelait rien, seulement ce nuage qu'il disait avoir devant les yeux indiquait qu"'il avait un sentiment confus de ce qui s''était passé, sentiment impuissant , mélangé comme les impressions d\ui songe effacé par le réveil.
Le docteur ne lui avait pas encore accordé la permission de descendre au jardin. Avec la sûreté de son jugement fondé sur de noiiibreuses observations , il comprenait que les maladies du cerveau sont unies entr'ellcs par
un fluide mafjiictif|ue particulier , cl (\y\c le frotlement de Punc agit nécessairement sui' Tautre; Jacques servait lui-même de preuve de cette incontestable veritc'. Il en est dis fous comme des hommes raisonnables : chez ceuxci la volonté la plus ferme domine la volonlé chancelante ; chez ceux-là , la monomanie la plus intense, la plus fixe, la plus continue, rattache à elle , accapare et absorbe les autres monomanies. Jacques avait obtenu sur ses compagnons cette influence de la force sur la faiblesse , de l'opiniâtreté sur Pindécision. Parmi les malades confiés au docteur, il y en avait de toute nature; a eux tous ils formaient un spécimen complet de la folie dans ses nuances les plus variées , dans ses écarts les plus inabordables à Panalyse. Celui-là , fou par amour, adressaitcontinucUementsesvœux et ses adorations à une étoile qu'il reconnaissait entre toutes, et lui assignait des rendezvous auxquels la bien-aimée céleste ne venait jamais. Celui ci , fou par ambition , se disait
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roi de France, il portait un diadème de pa[)icr doré , et se drapait dans un tablier volé à la cuisine de la maison de santé, comme dans la pourpre d\ui manteau royal. L^ui montait h cheval sur un bâton, et faisait a travers le jardin des courses au clocher dont il se décernait lui-même le prix : dans cette maison de fous , le jokei-club avait son représentant. L''autre commandait des armées, réduisait en poudre d''innombrables ennemis , et dans sa rage déchiquetait à grands coups de bàlon les bouleaux qu''il prenait pour des Autrichiens. Mais cjiiand Jacques paraissait , toutes ces folies si diverses abdiquaient au profit de la sienne ; Iorsqu''il se posait au milieu de ses compagnons , le bâton de chef crorchestrc à la main , tous se rangeaient sous sa domination : Famoureax de Tétoilc soufflait dans un morceau de bois représentant une clarinette , le cavalier agitait un licol de cheval garni de ses grelots en guise de pavillon chinois , le guerrier raclait du violpn ,
le roi de France battait la «rosse caisse , tous les titres étaient abolis , toutes les dislinctions effacées, toutes les nuances se confondaient, il n''y avait plus qu^nie troupe de musiciens et un chef d''orchcstre qui commandait despotiquement : Jacques Patru.
Chose extraordinaire, les fous du docteur ne perdirent pas même la mémoire, ainsi qu'ion aurait pu le supposer; pendant la maladie de Jacques Patru ils venaient tous les jours à la même heure au lieu ordinaire de leur réunion, armés de leurs instruments , et attendaient quelque temps en se demandant entre eux où était le chef d''orchcstre, et si ce jour là il n''y aurait pas concert; puis après quehjue temps d''attente , et n'étant plus sous Pinfluence supérieure qui généralisait leur folie, ils rentraient en possession de leur individualité et reprenaient leurs habitudes personnelles; au despotisme avait succédé Panarchie. Le roi de France se drapait plus orgueilleusement que jamais dans son tablier , Pamoureux faisait de? vers
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pour son étoile, lousjclaient là leurs inslruments et redevenaient fous a leur compte , c''est-à-dire obéissant aux inspirations spéciales de leur esprit en démence. Mais le lendemain, à la même heure, ils revenaient encore au même endroit, et toujours leur impatience perçait dans celte question sans cesse répétée : Oii est donc le chef d'orchestre ?ils le demandèrent plusieurs fois au docteur, qui , selon le genre du malade , échappait à leurs instances par des réponses évasives ; mais les fous ne se lassaient pas; à la fin cette impatience prit un caractère de violence véritable.
Un jour , à Pheure du concert , le roi de France accusa le docteur de leur avoir enlevé leur chef d''orcheslre, et déclara qu''il le ferait juger par une cour martiale, pour lui apprendre à se moquer de sa majesté; cette assertion trouva de nombreux partisans , des murmures on passa aux cris et aux imprécations les plus véhémentes*: le docteur était un traître, un • scélérat , il avait mis le chef d''orehestre en
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prison , il Pavait assassiné pcul-clre, les peines les plus sévères élaicnl encore trop douces pour lui. Le cavalier proposa de le lancer sur un cheval sauvage a travers un désert peuplé de loups , comme Mazcppa. Le roi de France voulait qu''on le mît a la question et qu'il fut écarlelé, et ses cendres jetées au vent comme coupable du crime de Icze-majestc. L''amourcux suppliait son étoile de détacher un des rayons de sa couronne pour le réduire en cendres. Il y en avait un qui se prétendait .Jupiter , et qui dit : Je le foudroirai ; mais un autre qui se croyait très sérieusement le pape, prétendit que Jupiter était un imposteur, et qu''il n'y avait d''autre dieu que Dieu représenté icibas par le successeur de saint Pierre. Donc on nV'tait pas bien d''accord sur la vengeance à exercer contre le docteur, et peut-élre Pensemble de leurs volontés aurait-il été détruit par la divergence des moyens. Jupiter , en effet , commençait a regarder de travers le pape qui Pécvasait sous sa béncdiction ; le roi de France
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parlait de sujets dcsobcissanls et les mcnnrait de sa Bastille; le coureur au clocher avait enfourché son bâton , et le caressait de la main en disant d\iac voix einphatirjac : Ucgardez , messieurs, comme son col est nerveux, comme sa croupe est ficrc, comme toute la membrure est solide et viooureuscmcnt ajjcnce'e; c\'St un Anglais, messieurs, pur sang, il a gagne le prix aux coursesde Newmarket; et en même temps, pour donner la preuve de ce cpi''il avançait , il faisait un tour au trot en criant : Hiip ! hii[) ! nous allons franchir le saut du loup.
11 y avait donc lieu de croire que celte émeute du jour, dirigée contre le docteur, ne produirait aucun résultat , et que toutes ces colères, accumule'cs un instant sur un seul point , sV'par[)illcraient bientôt au gré du caprice de chacun , lorsque le guerrier (un capitaine retraité) vint rallier toutes les colères qui commençaient à dévier de leur route , réconforter les passions qui s''évaporaient comme le jet iVcMx d'une cascade, qui , ne formant qu\m I 1$
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laisccau compacl à sa Ijasc , se rompt à son sommet et retombe en une pluie de gouttelettes détachées , d''ctincelles humides , dérivant au {jré du vent.
— Messieurs, dit il d\m Ion grave, vous avez raison , le docteur est un traître et un scélérat ; oii est noire chef d"'orchestre ? Si on le retient prisonnier, volons a sa défense ; si , par excès de noirceur, on Ta a'^sassiné, il nous faut une vengeance éclatante, je propose d'assiéger le château du tlocteur.
En disant ces mots, le capitaine brandissait un sabre de bois , entouré Ii son extrémité d^m chiffon écailale qui figurait la poignée.
— A Tassant ! ajouta-t-ildu ton d\m paladin du Cirque Olympique.
— A Passant! crièrent les fous en se précipitant sans ordre vers la maison de santé.
Le capitaine haussa les épaules d\m air de mépris , et d'une voix impérieuse arrêta ses recrues indiscij)linées.
Halte \ rtîpétait-il furieusement , halte
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donc ; voulez-vous aller à i\'israul comme un troupeau de moutons ? croyez-vous .(]u''on prenne une place l'orte comme on saule un fosse' ? halle, vous dis-je.
Les fous revinrent sur leurs pas. — Vous n''cntendez rien, reprit le capitaine, aux opérations stratégiques. Où courez-vous? Croyez-vous que des murs soiidcmcnl bàlis et flanques de bastions aillent sV^rouler au seul bruit de votre voix, ainsi qu^iutrefois les murs de Jéricho!... Oii sont vos armes? par quel côté faut-il prendre la place ? Vous ne rcj^ondez pas.
— A Fassaul! répéta le cavalier en faisant caracoler son bâton.
— You ; d''abord , monsieur, dit le capitaine, vous feriez mieux d\avoir votre ])àton entre les mains qu''entre les jambes.
A-t-on jamais vu un cavalier sans son
cheval ? répondit celui-ci en continuant à vollioer sur les ailes du corps de bataille.
— Va\ ranj>' , dil le capitaine , formez vo^