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que celte coruprcssion contiiui(llc de Ja volonté eût réagi sur le corps , toujours csl-il que mademoiselle de Fergusson, a dix-liuil aus, avait à peine atteint le développement ordinaire d'un enfant de quatorze. Sa figure était charmante ,clle avait les yeux d'un bleu céleste, le nez admirablement modelé , la peau blanche , les cheveux d'un blond de cendre délicieux , la main et le pied d'une finesse ex- «juise ; mais tout cela avait un caractère puéril si marqué , que tous ceux qui parlaient d'elle se contentaient de dire que c'était une charmante petite fille. Lorsqu'elle vint à Paris et que M. Talon , son mari , la présenta dans le monde , cette apparence enfantine frappa chacun , on se demandait si le procureur généra au parlement qui, lui, était grand et maigre , n'avait pas voulu en se mariant fournir une preuve vivante en faveur des infiniment petits, alors soutenus par Fontenelle. Celte première impression ne fit que se consolider et s'accroître. Madame Talon était
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ainicc de tout le monde , on l'^invilait partout, on la choyait , on la caressait, on louait sa figure , ses grâces , ses manières ; elle n''avait pas d'ennemis ; les femmes se faisaient devant elle leurs confidences les plus intimes , commes si elles n''eussent eu rien a craindre d^me petite fille qui ne pouvait comprendre ni le sens , ni la portée des paroles. Quand madame 1 alon , pour essayer de se grandir , voulait se mêler h la conversation et donner son avis, on se contentait de lui repondre : Eh bien ! ma petite, est-ce que vous savez ces choses-la? Les hommes la traitaient avec le même sans façon ; ils riaient et badinaient avec elle, sans arrière-pcnsëe , sans prétention ; ilsla caressaient du regard comme un joli enfant, et semblaient dire : Voila une petite fille qui, dans quelques années d'ici, sera une charmante jjcrsonne. Si elle les eut laissé faire , ils Pauraicnt prise sur leursgenoux, Fauraient embrassée, bcrc('e ; — et pas une femme ne se serait avisée iVen médire, — La petite madame Talon était au-
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dessous cran soupçon , elle n''avait pas la taille. Cctlc situation devenait horrible. In jour un mauvais plaisant s^ivisa de raconter très sérieusement dans un cercle que madame Talon était enceinte : ce fut un éclat de rire universel, retentissant, comme le rire des dieux ; hommes et femmes lancèrent leur mot. Le duc de Maillé , qui avait de Tesprit et du plus caustique , affirma que la nouvelle élait sérieuse , et que madame Talon accoucherait incessamment d\ine charmante petite poupée haute de trois pouces. Malheureusement pour madame Talon la nouvelle était fausse , elle n''accoucha pas même d''une poupée ; mais toutes les plaisanteries qu'on faisait sur elle lui revenant aux oreilles, le mot du duc de Maillé s''enfonça dans son coeur comme un poignard ; elle en pleura amèrement. Elle se rappela alors toutes les marques de mépris qu^elle avait reçues , ces femmes qui se faisaient leurs confidences devant elle , ces hommes qui ne lui adressaient jamais un mot de galanterie.
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N'avoir ni des galants ni des ennemis , il y avait là de quoi mourir. Elle ne mourut pas, mais à toute force elle résolut de se réhabiliter, de se rehausser dans Popinion publique, qui la jugeaient à la toise, de s''élever au rang de femme, si bien c]u''on ne put s''y méprendre. Quoiqu''elle eût ële élevée dans les principes les plus sévères , et quV^llc eût même un bon fonds de religion , poussée par le dépit , égralignée , aiguillonnée , furieuse, elle se déclara un soir ;» elic-mcme qu'il lui fallait un amant, qu'un amant lui était nécessaire, indispensable , qu''elle en aurait un à la face du monde , et qu''on verrait bien si elle était femme ou non. Alors , elle se mit a lire les romans Cjui faisaient fortune dans les ruelles et s'imprégna du jargon du temps ; elle ne reculait pas devant un mot leste , soutenait hardiment les regards ma-culins , Fe montrait le plus souvent possible , en dépit de son mari , a la comédie , I» FOpéi a , partout : mais vien ïï'y faisait, ] s 1 ommes ne venaient pas ;
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on (lisait seiilcnient de plus (ju''elle était un polit mauvais sujet.
La pauvre petite madame Talon se clo.scs|u:rait; plus elle faisait et plus on la traitait comme une enfant , pas moyen d'être déchirée, haïe , trompée et malheureuse comme une j>rande personne, loutc la journée elle soupirait cl avait les yeux rouges; on attribuait son chagrin a des causes les plus outraji^eusement puériles : on lui demandait si par aventure elle n'avait pas perdu son (Hcntail, ou son clial , ou ses oiseaux ; personne ne lui faisait la fjalanterie de lui demander si par hasard elle iA''avait pas des maux de cœur^ elle se mourait u la fois des (jueslions cju''on lui faisait, et de celles rpron ne lui faisait pas. Un jeune gentilhomme cependant semblait s'approcher d''elle , et la traiter .'wex: une série de considération , mais c^îtail un enfant de dix-huit ans, un des plus jeunes pages de Sa Majesté ; madame Talon le repoussa avec dédain. Enfin le ciel parut prendre pitié des douleurs do la pauvre petite»
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Un soir à l'Opéra, le coiiilc de Mllly \iiit lui rendre visite dans sa loge, et lui parla fort cavalièrement comme a une femme. Ce premier triomphe Tenivra lilteralement , elle en eut des cbloiiissements toute la nuit , au point c]ii''el]e réveilla son mari qui lui fit un superbe réquisitoire contre les foinnies qui ne doinient pas. Le lendemain elle rencontra !e comle dans un cercle, et le trouva charmant au possible. Il était capitaine des fçardcs , avait de la barbe au ni.nton et six pieds de haut; en voila plus que la petite madame Talon nV'ùt osé. 1 Jle tourna toute la soire'c autour de lui , lui lançant des oeillades , lui jetant a Poreille des a{>'aceiies , des provocations , des défis , agissant en vraie desespérée et brûlant ses vaisseaux. (!e]ui-ci Técouta d^abord en riant, puis lui répondit a moitié sérieusement , comme un pécheur qui après avoir pris un gros poisson , regarde en riant Thablette qui vient de mordre à rhamcçon.
Le comle de Miilv était un roué, un mau-
vais sujet, un monstre, comme on disait dans ce temps-là; après fjuelques pourparlers, il prit décidément madame Talon comme un joujou pour une matinée . N''imporle! madame Talon était sauvée, elle venait de conquérir sa diijnité de femme , elle avait un amant de six pieds de haut, elle était heureuse, fière, triomphante; elle causait dV^ale à e'gale avec les autres femmes, et se cramponnait au comte de Milly avec rénergic d^ni avare qui craint de perdre runi(jue pièce d^or qu'il ait jamais possédée. Au lieu de fuir le scandale, elle Fappelait. Malgré tout cela, elle trouvait encore des incrédules, et plusieurs femmes disaient: Concevez -vous cette petite madame Talon qui veut nous faire croire qu''elle a un vrai amant?
Telle fut l'histoire de ses amours jusqu\^u moment oii commence ce récit, sauf la scène du bal et les paroles insultantes du comte que la Voisin lui avait rappelées. ()uelles étaient ces paroles que la petite madame Talon n^ivait
pas voulu entendre î Oucl e'tait le secret f]u''ellc venait de demander à la célèbre empoisonneuse? La suite de ce récit vous ajiprendra le grand secret de la petite madame Talon.
Or, en sortant de chez la Voisin, nous avons dit qu'elle était troublée au dernier point, et qu'elle avait peine à rassembler les idées qui résultaient de la scène étra:i[je dont elle venait d'être témoin, et des cnjjaoemcnts solennels qu'elle avait pris avec la Voisin. Peu à peu cependant Tair frais qui lui frappait auvisajye rétablit la circulation du sang, et dissipa les nuag^es cpii enveloppaient sa pensée. D'abord, elle se livra tout entière au plaisir de respirer librement, de marcher dans la rue à la clarté du soleil, de n'avoir plus devant elle ces terribles yeux de l'empoisonneuse, c|ui, par une inconcevable puissance d'attraction , semblaient extraire les secrets les plus profondément enfouis dans les entrailles. Insensiblement ses idée"? se classèrent , et elle parvint