DUFRESNY
ARMi les écrivains qui ont joui, jadis, de la plus grande notoriété, et même de la gloire enivrante, il en est beaucoup d'ignorés aujourd'hui. Cet oubli est injuste le plus souvent, en partie du moins, et il nous semble intéressant, à l'occasion, de prendre un peu souci de ces pauvres morts, et de s'appliquer à les remettre en lumière.
Rivière-Dufresny (1648-1724) n'est peut-être pas tout à fait oublié, — mais il ne s'en faut de guère, et cette quasi -résurrection nous tente. Pourquoi? — Par un sentim^t de reconnaissance; nous le déclarons franchement, — et, du reste,
rien n'est plus simple, à coup sûr. Il s'agit de deux chansons de Dufresny, que nous trouvons ingénieuses et charmantes, qui nous reviennent parfois en mémoire, et dont nous voudrions faire juges nos lecteurs, dans le cas où ces bijoux poétiques leur seraient inconnus.
Parlons, d'abord, du vrai Parisien, du maître fantaisiste qui avait nom Rivière-Dufresny. Saluons l'auteur de V Esprit de contradiction , du Double Veuvage et de la Coquette de village.
Jovial et bizarre, Dufresny, toujours endetté, épouse, un beau matin, sa blanchisseuse de fin, — pour ne plus payer son blanchissage! Il prétendait être un arrière-petit-fils de cette fraîche et belle jardinière d'Anet, dont le bon roi Henri, — ce diable à quatre, ce vert galant, — qui aima si passionnément les batailles et les jolies filles, fut très épris pendant quelques semaines, selon la galante tradition. Louis XIV, en souvenir, sans doute, de cette noble origine, fit du joyeux Dufresny l'un de ses valets de chambre, et, plus tard, l'intendant de ses jardins. Dans ces diverses positions, lucratives pourtant, Dufresny, incorrigible, trouva le moyen d'être toujours sans un sou vaillant. Il jouait, il aimait, il buvait!... Pardonnons-lui, puisqu'il a fait quelques comédies attrayantes et des chansons alertes, sans compter les Amusements sérieux et comiques, — un petit livre