DEUX CHANSONS DE DUFRESNY
pétillant de verve, et, parfois, émaillé de haute raison. On connaît (mais pas assez) les délicieux couplets des Lendemains ^ sur l'air : Réveilh/^-vous, belle endormie; ils ne sont certes point endormants. Voyez plutôt:
« Philis, plus avare que tendre, Ne gagnant rien à refuser, Un jour exigea de Silvandre Trente moutons pour un baiser.
» Le lendemain, seconde affaire!
Pour le berger le troc fut bon :
Il exigea de la bergère Trente baisers pour un mouton.
)) Le lendemain, Philis, plus tendre, Craignant de moins plaire au berger, Fut trop heureuse de lui rendre Tous ses moutons pour un baiser.
» Le lendemain, Philis, peu sage, Voulut donner moutons et chien, Pour un baiser, que le volage A Lisette donna pour rien. »
Nous finirons par une autre chanson, moins répandue encore, du même auteur, sur le même air, et, si on la trouve un brin légère, il ne faudra pas perdre de vue qu'elle fut écrite à une époque
OÙ ces gracieux badinages étaient fort en honneur:
a Réveillez-vous, belle dormeuse, Si ce baiser vous fait plaisir; Mais si vous êtes scrupuleuse, Dormez, ou feignez de dormir.
» Craignez que je ne vous réveille, Favorisez ma trahison; Vous soupirez, votre cœur veille, Laissez dormir votre raison.
» Pendant que la raison sommeille, On aime sans y consentir. Pourvu qu'amour ne nous réveille Qu'autant qu'il faut pour le sentir.
» Si je vous apparais en songe, Profitez d'une douce erreur; Goûtez le plaisir du mensonge.
Si la vérité vous fait peur. »
Ces petits vers ne sont peut-être pas absolument orthodoxes, mais quand on songe aux odieuses inepties qui ont envahi les cafés-concerts, les rues et les ateUers : Anatole, c'est une colle, N'y avait que des mufes à cte noclà! etc., on crie, de bon cœur, bravo à Dufresny, dont nos trisaïeules fredonnaient volontiers les spirituels et galants refrains, en posant leurs mouches.