DEUX CHANSONS DE DUFRESNY
C'est à Tauteur de VEsprit de Contradiction que Louis XIV disait un jour, avec bienveillance : « Pauvreté n'est pas vice! » — « Ohl non, sire, » répondit Dufresny, sans hésitation et avec une conviction profonde : « c'est bien pis! »
LE LIVRE DU CRITIQ.UE
LE LIVRE DU CRITIQ.UE
ES ouvrages si nombreux du célèbre critique des Débats, une notable partie vivra, car Tesprit y pétille et la grâce y rayonne. Ne pouvant tout analyser ici, nous nous arrêterons, du moins, quelques
(i) L'aimable ermite de Passy — notre indulgent ami et voisin — nous a dit, à plusieurs reprises : « Les premiers » chapitres de VAne mort (environ soixante pages) me pa- » raissent réussis; j'abandonne le reste. » — Il aimait aussi, très particulièrement, ses Gaîtés champêtres, et, certes, il avait raison. Le tome premier de ce roman, trop peu connu, est délicieux d'un bout à l'autre ; le second renferme quelques longueurs.
Mais le livre de prédilection de Jules Janîn, celui qui résu-
minutes, devant un chef-d'œuvre incontestable, devant ce tableau si mouvementé, si réussi, qui a pour titre : La Fin d'un Monde et du Neveu de Rameau,
Ce beau livre prouve, en effet, avec quel zèle passionné Jules Janin a ressuscité l'époque, vraiment curieuse, justement appelée la fin d'un monde. Les chapitres, pleins de vie, nous montrent tour à tour les physionomies, les grâces, les originaHtés, les coutumes, les faiblesses, les erreurs de ce siècle bizarre, sceptique, élégant, spirituel et frivole. Que de titres riches en promesses toujours tenues, et combien de détails piquants mis vigoureusement en lumière !
Il y a dans ce tome, sur ie xviif siècle, la matière de dix volumes. Et tout cela est vivant, sémillant, finement railleur, poudré, pimpant,
mait, « quinze ans d'études sur le xviiie siècle », — c'était la Fin d'un Monde et du Neveu de Rameau.
Hélas! cet excellent ouvrage a été apprécié des vrais lettrés seulement, et l'indifférence du public, pour sa meilleure production, chagrinait beaucoup l'éminent critique. — « On m'accepte comme feuilletoniste, » nous disait-il, dans un jour de goutte et de mélancolie; — « mais les gens » qui lisent n'admettent guère qu'un écrivain puisse faire à » souhait deux choses à la fois. Hàbent sua fata lihelli! » L'humble poète Terentianus Maurus a parlé d'or. »
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énergique, galant, musqué, amoureux, saisissant, ravissant! Comme l'illustre écrivain a su comprendre ces singuliers types de philosophes, ces mignons abbés, caillettes à petit collet; ces irrésistibles comédiennes, ces roués conquérants, ces poètes enrubannés, ces féroces pamphlétaires, ces adorables duchesses! Comme il a su peindre et raconter les ballets de l'Opéra, les bruits de l'Œilde-Bœuf et ceux de la place Royale, les soupers exquis, le café Procope, plein de discussions orageuses et d'épaisse fumée; les fermiers généraux, pleins de suffisance; l'étiquette et la fantaisie, les magnifiques processions de Saint -Sulpice, les séances de la Sorbonne et le boudoir de M^*"' Duthé, le For-l'Évêque et les racoleurs, l'Almanach royal et les chansons du carrefour, tout ce tumulte, toutes ces malices, toutes ces grandeurs, toutes ces élégances, toutes ces misères, tout ce monde enfin, si complètement disparu!
Tour à tour, avec un esprit infatigable, avec une science profonde, — on jurerait qu'il a vécu de leur temps, — Jules Janin nous parle de Diderot et de Rameau, du Mercure, de V Encyclopédie, de Lantara, de M"^ Hus et du censeur royal, de la Guimard, du financier Bouret et du marquis de Nesle, des romances de Moncrif et des romans de M""® de Graffigny, du lieutenant civil et du poète Gilbert, du prince de Conti, de Jean-Jacques Rousseau, de
la Dugazon et de M""^ de la Popelinière... Le siècle entier y passe, avec ses folies, ses spirituelles gaietés, ses éclairs de génie et le terrible coup de tonnerre final! L'enchanteur agite sa baguette, et tout s'anime : tantôt nous sommes éblouis, et tantôt effrayés.
L'historien, mettant ainsi fort ingénieusement en présence le célèbre neveu du musicien Rameau et le philosophe Diderot, continue et complète, avec un art infini, la création étonnante de Diderot luimême. A côté des pages sombres et énergiques, il en existe d'ensoleillées et de joyeuses, dans ce livre qui nous retrace l'étrange et charmante époque où tant de grâce et de vif esprit ont été mêlés à tant de scandales et de légèretés coupables, hélas ! si cruellement punis !
On voit à merveille, en lisant cette étude puissante et colorée, écrite à l'automne de la vie, que l'esprit du maître est demeuré jeune et pétillant, et que sa verve intarissable n'a rien perdu de son originalité. En vain les années ont marché, en vain ce fervent admirateur des vrais chefs-d'œuvre a blanchi, en vain il s'est courbé^ en vain la goutte impitoyable l'a condamné, lui, l'ami des ombreux sentiers, à rester immobile dans son fauteuil, on peut l'affirmer, son heureuse passion pour les lettres a jusqu'au bout conservé toute sa force. En dépit de l'âge et de la maladie, l'auteur de la Fin d'un
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Monde, fidèle à son passé, donne raison à M. Barbey d'Aurevilly, qui a dit excellemment : « Le brillant » talent de M. Jules Janin n'a jamais été qu'une » jeunesse. Ce talent s'appelle vingt-cinq ans. »
Passy, Avril 1873.
Les premiers hiéroglyphes que Jules Janin nous a adressés sont datés du 8 Février 1855. Ils nous parvinrent à Cher-^ bourg, où nous habitions à cette époque. — En voici les principaux passages, déchiffrés naguère avec une vraie joie !
«... Cette profession des Lettres est rude et difficile, à la longue! A vingt ans on la trouve charmante, mais, trente ans plus tard, quand on compte avec soi-même, et quand on voit les pièges, les abîmes, les calomnies, les dangers, le travail accompli, — et comme on est peu avancé dans ce sentier d'épines, on est bien triste et bien accablé.
» Heureusement que de temps à autre vous arrive une bonne fortune, semblable à l'aimable lettre que je reçois de vous; alors on se sent tout consolé.
» Quand vous viendre:^ à Paris, ne cherche^ pas midi à quator:^e heures pour me venir visiter, — je suis che:( moi tout le jour et tous les jours. »
Jadis étant — un peu — un volume de Mémoires, on nous pardonnera sans doute d'y insérer quelques courts fragments de lettres, ayant trait à .notre livre sur le célèbre critique. Ces citations, d'ailleurs, prouveraient au besoin la complète
exactitude d'un ouvrage accueilli favorablement par la Presse et par le Public.
Madame J. Janin nous a écrit :
« Cher ami, aujourd'hui vous m'ave:( consolée! »
Un académicien, à bon droit regretté des délicats, M. Silvestre de Sacy, qui, durant cinquante ans, fut intimement lié avec l'auteur de Barnave, nous envoya, en toute hâte, son impression :
« Votre livre sur notre cher Jules Janin m'a touché jusqu'au fond de l'âme... C'est un portrait vivant; Janin y respire tout entier!
» Je ne veux et ne puis rien ajouter à cet éloge que mes remercîments les plus vifs, et l'expression d'une reconnaissance qui sera partagée par tous les amis de celui dont vous ave:^ parlé avec tant de bonne et sincère éloquence. »
Le Secrétaire perpétuel de l'Académie Française, M. Camille Doucet, a formulé ainsi son opinion (à propos de la troisième édition, très augmentée) :
« Je vous dois un grand plaisir et un bon dimanche... J'ai tout lu, du commencement à la fin, charmé de tout..- Cette lecture m'a rajeuni. »
Encore deux extraits d'une ou deux lignes seulement, pour ne pas abuser :
« ... Jules Janin ne pouvait être loué avec un art plus
ingénieux et plus délicat.
» Octave Feuillet, y^
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« Ce joli livre fait aimer à la fois, et Jules Janin, et celui qui raconte sa vie avec tant d'esprit, de talent et de cœur.
» Ludovic Halévy. »
Beaucoup de juges éminents ont honoré nos diverses publications de la plus chaleureuse sympathie. Nous leur offrons, à tous, l'expression d'une profonde et bien fidèle gratitude !
Il faut mentionner particulièrement ici les anciens amis de Jules Janin, qui ont loué notre étude sur lui, en pleine connaissance de cause : MM. Alexandre Dumas fils, le comte Armand de Pontmartin, Henry de Pêne, Alphonse Karr, Arsène Houssaye, Joséphin Soulary, Edouard Fournier, Jules Lacroix, le bibliophile Jacob, Eugène Manuel, Louis Ratisbonne, J. Barbey d'Aurevilly, Théodore de Banville, Louis Ulbach, etc.
L'appréciation ci-après, d'un des parrains de J. Janin à l'Académie, nous a notamment rendu très fier et très heureux. Nous l'empruntons à l'un des nombreux articles pubHés au sujet de la première édition du Volume dont il s'agit:
« ... Ce Hvre, touchant et charmant, sera bientôt dans toutes les mains... Nul mieux que M. Piedagnel ne pouvait parler de la vie intérieure, des qualités personnelles, des procédés de travail de notre illustre collaborateur. Il a été longtemps son secrétaire. Il était son ami, son « consolateur » dans les derniers temps, comme l'écrivait M. de Pontmartin (Galette de France) ; et le spirituel critique ajoutait : « Écrivain et poète distingué, M. Piedagnel nous doit un livre sur l'homme dont il a recueilli les dernières pensées et adouci les derniers moments... » Le livre nous était dû; le voilà fait; jamais dette d'amitié et de reconnaissance envers une aimable mémoire n'aura été plus dignement acquittée.
» Cuvillier-Fleury (Journal des Débats) . »
Dans son discours prononcé en séance solennelle, au Palais de l'Institut, le 2 Mars 1876, pour la réception de M. John Lemoinne (successeur de Jules Janin), M. Cuvillier- Fleury, directeur de l'Académie Française, a consacré une note des plus élogieuses à notre ouvrage, qu'il avait déjà recommandé, avec tant de chaleur et d'autorité, dans les Débats du 22 Novembre 1874.